
30.01.2026 à 16:10
Coline Laroche
L’opération menée par Donald Trump au Venezuela au début du mois de janvier a plongé le pays dans une profonde incertitude. Mais au-delà du seul cas vénézuélien, c’est l’ensemble des équilibres géopolitiques latino-américains qui se trouvent bousculés, et plus particulièrement ceux de cet espace charnière qu’est la Caraïbe. Le déclin du programme Petrocaribe, combiné aux risques migratoires et économiques, place les États insulaires devant un nouveau rapport de force, mettant en lumière l’ampleur de leurs dépendances structurelles. Dans ce contexte fragmenté, les enjeux caribéens concernent également la France, tout comme les grandes puissances rivales des États-Unis. Entretien avec Alain Carton, chercheur associé à l’IRIS. Quelles ont été les répercussions dans la Caraïbe des actions menées par Donald Trump à l’encontre du Venezuela, pouvant se résumer à une « doctrine Monroe » ? Quelles réactions celles-ci ont suscité auprès des populations et gouvernements des différents États insulaires réagissent-ils ? Avant même les réactions politiques, le premier impact de l’évènement est économique. Les actions menées par l’administration américaine ont provoqué le ralentissement des échanges commerciaux et des perturbations du trafic aérien et des flux touristiques. Désormais, l’activité portuaire est elle-même menacée dans une zone déjà très fragile de petites économies insulaires ou marquées par la mono-industrie pétrolière et touristique. La présence accrue de navires et d’avions états-uniens dans le sud de la Caraïbe depuis 2025, inquiète les gouvernements insulaires avec des risques de débordement ou de flux migratoires massifs en cas d’instabilité prolongée. La dépendance énergétique de plusieurs États caribéens qui bénéficiaient du programme Petrocaribe, de fourniture de pétrole vénézuélien à prix préférentiel, se modifie radicalement avec l’épuisement du système Chavez et le blocus américain. Petrocaribe a été un instrument majeur de la diplomatie vénézuélienne, permettant à Caracas de s’assurer le soutien de nombreux États caribéens dans les forums internationaux (Organisation des États […]
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L’opération menée par Donald Trump au Venezuela au début du mois de janvier a plongé le pays dans une profonde incertitude. Mais au-delà du seul cas vénézuélien, c’est l’ensemble des équilibres géopolitiques latino-américains qui se trouvent bousculés, et plus particulièrement ceux de cet espace charnière qu’est la Caraïbe. Le déclin du programme Petrocaribe, combiné aux risques migratoires et économiques, place les États insulaires devant un nouveau rapport de force, mettant en lumière l’ampleur de leurs dépendances structurelles. Dans ce contexte fragmenté, les enjeux caribéens concernent également la France, tout comme les grandes puissances rivales des États-Unis. Entretien avec Alain Carton, chercheur associé à l’IRIS.
Quelles ont été les répercussions dans la Caraïbe des actions menées par Donald Trump à l’encontre du Venezuela, pouvant se résumer à une « doctrine Monroe » ? Quelles réactions celles-ci ont suscité auprès des populations et gouvernements des différents États insulaires réagissent-ils ?
Avant même les réactions politiques, le premier impact de l’évènement est économique. Les actions menées par l’administration américaine ont provoqué le ralentissement des échanges commerciaux et des perturbations du trafic aérien et des flux touristiques. Désormais, l’activité portuaire est elle-même menacée dans une zone déjà très fragile de petites économies insulaires ou marquées par la mono-industrie pétrolière et touristique. La présence accrue de navires et d’avions états-uniens dans le sud de la Caraïbe depuis 2025, inquiète les gouvernements insulaires avec des risques de débordement ou de flux migratoires massifs en cas d’instabilité prolongée.
La dépendance énergétique de plusieurs États caribéens qui bénéficiaient du programme Petrocaribe, de fourniture de pétrole vénézuélien à prix préférentiel, se modifie radicalement avec l’épuisement du système Chavez et le blocus américain. Petrocaribe a été un instrument majeur de la diplomatie vénézuélienne, permettant à Caracas de s’assurer le soutien de nombreux États caribéens dans les forums internationaux (Organisation des États américains – OEA, Organisation des Nations unies – ONU, Alliance bolivarienne pour les Amériques – ALBA). Cette influence a longtemps été perçue comme une menace par les États-Unis, qui ont cherché à limiter à tout prix son expansion et à renforcer leur propre présence dans la région.
Ceci pourrait donner place à des rivalités accrues entre grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie, Union européenne – UE), chacune cherchant à renforcer son influence via des investissements énergétiques, des financements et des partenariats stratégiques dans la zone. Cette multipolarité pourrait offrir de nouvelles opportunités, mais actuellement, elle accroît la fragmentation régionale et la compétition pour l’accès aux ressources.
Plus que jamais le paysage politique et économique de la Caraïbe apparaît fragmenté et la politique de Donald Trump, qui divise les États de la zone, est révélatrice d’une situation d’inégalité croissante entre des pays en crise et d’autres qui profitent de la manne pétrolière. Les organisations régionales (Communauté des Caraïbes – CARICOM, Organisation des États de la Caraïbe orientale – OECS) ne sont pas assez structurées pour s’imposer face aux puissances extérieures ou pour tracer une ligne stratégique. Officiellement, la CARICOM a convoqué son Bureau des chefs de gouvernement le 3 janvier 2026 et a publié une déclaration rappelant l’attachement aux principes de la Charte des Nations unies tout en appelant au dialogue pacifique et en se disant prête à soutenir des efforts diplomatiques pour la stabilité du Venezuela. La CARICOM tente ainsi de préserver une neutralité stratégique difficile à maintenir.
Mais derrière cette façade, la présence militaire accrue des États-Unis depuis 2025, alimente les inquiétudes sur une militarisation durable de la zone. Plusieurs gouvernements caribéens, dépendants des flux touristiques et commerciaux, se retrouvent pris entre la nécessité de coopérer avec Washington et la crainte d’être entraînés dans une confrontation régionale. Les pays les plus dépendants des flux touristiques et commerciaux américains (Bahamas, Jamaïque, Barbade) sont incités à soutenir la position américaine. D’autres, comme la Grenade, ou la Dominique, hésitent à condamner Caracas et cherchent à sécuriser de nouvelles sources d’énergie pour réduire leur vulnérabilité.
Cette crise pourrait encore accentuer les divergences internes et réduire la capacité de la Caraïbe à parler d’une seule voix sur la scène internationale. La région n’a pas une position unique sur la crise, la plupart des États étant plutôt prudents ou critiques vis‑à‑vis de la politique de Donald Trump, surtout sur l’immigration et le commerce.
Comment sont susceptibles d’évoluer les relations entre Washington et les pays de la Caraïbe ? Ces événements redéfinissent-ils les positionnements politiques et les équilibres régionaux dans l’espace caribéen ?
La politique interventionniste de Donald Trump en direction de la zone Caraïbe-Amérique latine et du Venezuela en particulier, a culminé avec l’enlèvement de Nicolás Maduro mais elle a débuté avec son mandat et traduit deux enjeux prioritaires aux yeux de l’administration américaine : la sécurité énergétique des États-Unis avec la présence des compagnies pétrolières américaines, la lutte contre la criminalité et l’immigration illégale.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est rendu en Jamaïque, au Guyana et au Suriname en mars 2026 après une première visite dans la région dès sa prise de fonction. Il a conditionné les investissements états-uniens et le soutien au développement économique à l’ouverture des marchés publics et des infrastructures et au ralliement aux fondamentaux « d’America First » en matière d’immigration et de containment du Venezuela. À ceci s’ajoute la lutte ouverte contre la présence chinoise. Si l’on peut parler de renaissance de la « doctrine Monroe », c’est en effet là qu’elle s’applique avec la volonté de dissuader les projets de la Chine qui montent en puissance dans les ports, les aéroports et les grandes infrastructures commerciales, dans cet espace revendiqué comme un lac américain, la « troisième frontière ». Cette politique s’appuie particulièrement sur le Guyana et dans un moindre mesure le Suriname, devenus des Eldorados pétroliers.Les États-Unis ont signé un mémorandum d’entente sur la coopération en matière de sécurité avec le Guyana, qui devient leur partenaire stratégique pour l’espace caribéen.
Washington est déterminé à réaffirmer son influence dans une région de plus en plus courtisée par ses concurrents internationaux, avec une stratégie visant à répondre aux crises immédiates, à la concurrence économique, et aux préoccupations sécuritaires régionales et un accent particulier sur la lutte contre l’expansion chinoise et la protection du Guyana contre les tentatives d’agression vénézuélienne.
Pour les dirigeants caribéens, cette attention présente à la fois des opportunités et des dilemmes. Les assurances de sécurité et l’accès au marché offerts par les États-Unis s’accompagnent d’attentes implicites quant à la limitation de la coopération chinoise, ce qui pourrait restreindre fortement leurs options de développement.
La crise vénézuélienne et la contraction des livraisons pétrolières ont rebattu les cartes : plusieurs pays se sont rapprochés des États-Unis, de la Chine ou de l’Union européenne pour diversifier leurs partenariats énergétiques et financiers.
Comment la France, et plus particulièrement ses territoires ultramarins dans la Caraïbe, appréhende-t-elle la posture de Donald Trump et la menace pesant à travers lui sur la région ?
Tout d’abord l’insertion régionale des départements français d’Amérique n’est pas réelle. Même si la coopération régionale s’intensifie via INTERREG, seule la Martinique a souhaité devenir membre associé de la CARICOM quoiqu’avec une portée essentiellement symbolique. La Guyane française est intéressée par des coopérations avec le Nord Brésil (Amapá) mais subit essentiellement les prédations de ses voisins (Brésil, Suriname). Les trois départements français sont une terre d’immigration pour les pays de la zone (Dominique, Haïti, Sainte Lucie) qui est vécue davantage comme un défi que comme un facteur d’intégration. La France souhaite susciter, via son ambassade à Saint Lucie, une aire d’influence auprès des Etats anglophones de la Caraïbe orientale réunis au sein de l’OECS et à laquelle Guadeloupe et Martinique sont associées. Cette influence se manifeste par une coopération en matière de santé, d’éducation et d’environnement. Elle vise à favoriser l’implantation d’entreprises françaises dans la zone et à bénéficier de soutiens politiques lors d’initiatives multilatérales. Mais cette organisation régionale est surtout technique et son poids politique est moindre que celui de la CARICOM.
En conséquence, la France se trouve souvent seule, avec ou face aux États-Unis, comme « grande » puissance dans la région sans être une puissance régionale, d’autant que ses territoires couverts par la réglementation européenne, ont des intérêts divergents du sous-groupe Caraïbes des pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique). En effet, les départements français d’Amérique sont intégrés au marché unique européen et bénéficient du statut de régions ultrapériphérique. Ils sont régis par les normes fiscales, douanières et commerciales de l’UE. Ils ne peuvent par ailleurs n’avoir aucune diplomatie propre même à l’intérieur de leur espace régional.
Les deux grands thèmes de l’administration américaine dans la zone (l’énergie et la lutte contre la criminalité), ont une résonnance particulière dans les territoires français qui sont confrontés à des enjeux sécuritaires et où l’indépendance énergétique est cruciale (les prix de l’essence y sont administrés par l’État et la distribution y est assurée par un monopole, la société de raffinage de la SARA). La nouvelle donne du marché pétrolier imposé par les États-Unis, aura des conséquences directes sur un modèle français à bout de course et qui cherche la diversification de ses approvisionnements. Plus globalement, la montée du protectionnisme américain et la politique des tarifs, affectent les économies insulaires dépendantes des importations et ont des répercussions importantes sur les territoires français.
En matière de sécurité, la présence significative des forces armées françaises aux Antilles (FAA) constitue un instrument, de prévention et de gestion de crise dans l’arc antillais ainsi qu’un point d’appui pour les interventions régionales majeures. Les forces sont engagées dans l’assistance aux populations en cas de catastrophe naturelle, et surtout dans la lutte contre le narcotrafic en mer. Celle-ci est assurée jusqu’à maintenant en coopération interadministration et internationale avec l’agence interministérielle de lutte contre le narcotrafic aux USA – la Joint InterAgency Task Force-South dans les missions relevant de l’action de l’État en mer.
Là encore, on peut s’attendre à ce que le durcissement de la ligne américaine complique les actions françaises à partir de ses territoires, rendant nécessaire un ajustement opérationnel entre la France et les États-Unis qui ne se dessine pas encore.
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30.01.2026 à 15:12
Coline Laroche
La puissance économique, financière, numérique et militaire alliée à leur modèle démocratique a fait des États-Unis les défenseurs du monde occidental durant la guerre froide puis les régulateurs du monde depuis 1990. Balkans, Afrique, Proche-Orient, Pacifique, Europe et Ukraine, ils agissent, à l’appel de la communauté internationale ou sans son assentiment. Même si une opposition significative s’élève contre le projet de guerre contre l’Irak (2003), les États-Unis ont réussi à réunir une coalition prête à agir en dehors de tout mandat du Conseil de sécurité des Nations unies. Désormais, l’exercice solitaire de la puissance exercée « Urbi et Orbi » par Donald Trump et le cheminement erratique de sa dynamique décisionnelle incitent la communauté occidentale à plus de retenue autant dans le soutien que dans la critique des gesticulations américaines. L’idée est assez partagée qu’il faut aider la population iranienne dans sa lutte contre une tyrannie théocratique meurtrière oui, mais comment ? Les leviers des sanctions sont émoussés : l’Iran peut encore vendre son pétrole sans que la flotte fantôme qui le permet soit pourchassée ; l’Union européenne a certes pris des sanctions contre les Gardiens de la Révolution, pilier et coacteur du pouvoir des Mollahs, mais hésite encore sur son classement comme organisation terroriste ; le reste du monde n’est pas concerné ou livre de l’armement à l’Iran. Restent donc les États-Unis, sa puissance et son CINC (commandant en chef) Une armada est arrivée dans l’océan Indien, son engagement serait-il la bonne réponse ? Les États-Unis murissent leur décision en fonction de trois objectifs politiques : Les Américains refusent le premier objectif ; trouvent le rapport coût/efficacité du second non rentable ; mais s’orientent ouvertement vers le troisième : NO NUCLEAR WEAPONS (@realDonaldTrump). Quelques échanges sont en cours avec le régime iranien, sans que de réelles négociations ne soient ouvertes et les déclarations sont toujours incendiaires de part et […]
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La puissance économique, financière, numérique et militaire alliée à leur modèle démocratique a fait des États-Unis les défenseurs du monde occidental durant la guerre froide puis les régulateurs du monde depuis 1990. Balkans, Afrique, Proche-Orient, Pacifique, Europe et Ukraine, ils agissent, à l’appel de la communauté internationale ou sans son assentiment. Même si une opposition significative s’élève contre le projet de guerre contre l’Irak (2003), les États-Unis ont réussi à réunir une coalition prête à agir en dehors de tout mandat du Conseil de sécurité des Nations unies.
Désormais, l’exercice solitaire de la puissance exercée « Urbi et Orbi » par Donald Trump et le cheminement erratique de sa dynamique décisionnelle incitent la communauté occidentale à plus de retenue autant dans le soutien que dans la critique des gesticulations américaines. L’idée est assez partagée qu’il faut aider la population iranienne dans sa lutte contre une tyrannie théocratique meurtrière oui, mais comment ? Les leviers des sanctions sont émoussés : l’Iran peut encore vendre son pétrole sans que la flotte fantôme qui le permet soit pourchassée ; l’Union européenne a certes pris des sanctions contre les Gardiens de la Révolution, pilier et coacteur du pouvoir des Mollahs, mais hésite encore sur son classement comme organisation terroriste ; le reste du monde n’est pas concerné ou livre de l’armement à l’Iran.
Une armada est arrivée dans l’océan Indien, son engagement serait-il la bonne réponse ? Les États-Unis murissent leur décision en fonction de trois objectifs politiques :
Les Américains refusent le premier objectif ; trouvent le rapport coût/efficacité du second non rentable ; mais s’orientent ouvertement vers le troisième : NO NUCLEAR WEAPONS (@realDonaldTrump). Quelques échanges sont en cours avec le régime iranien, sans que de réelles négociations ne soient ouvertes et les déclarations sont toujours incendiaires de part et d’autre. Tentatives de dissuasion réciproques par le verbe, mais seul importe le rapport de force.
Les États-Unis et Israël ont conduit, en juin 2025, une guerre aérienne méthodique avec un volume de moyens conséquent qui a permis de supprimer les défenses anti-aériennes, d’affaiblir les capacités iraniennes de frappe à longue distance et de pénétrer dans l’espace aérien pour attaquer les sites nucléaires stratégiques sans subir une seule perte. La réaction iranienne s’est concentrée sur Israël, et une frappe sans conséquence sur la base américaine d’Al-Udeid au Qatar. Cette fois-ci, l’Iran affirme être prêt à riposter avec violence et s’y préparer : outre que les Mollahs et les Pasdarans ne sont pas pris par surprise, ils comprennent bien qu’ils seront plus particulièrement visés à travers leurs intérêts économiques et leurs capacités militaires. Les Gardiens de la Révolution tiennent en main la quasi-totalité des infrastructures productives et de commerce et sont une véritable armée très bien équipée, autant de cibles qui toucheraient à leur cœur actif.
Leurs unités de défense anti-aériennes ont été en partie reconstituées avec le soutien de la Chine, leurs capacités de riposte reposent sur des stocks de missiles longue portée, des drones Shahed en quantité, une flotte de sous-marins (classe Kilo de 3 000 T armés de Kalibr et 23 de classe Gahdir de 123 T avec missiles, torpilles), des bateaux rapides, des proxys (Houthis, Hezbollah, Hamas). Cela leur donne la capacité de semer le désordre dans le Proche-Orient par les proxys, de bloquer le détroit d’Ormuz, de tenter d’atteindre les bateaux (civils et militaires) américains et bien sûr de couvrir Israël d’une pluie de missiles.
Les capacités de rétorsion iraniennes effrayent les alliés des Américains dans la région. Ils sont en contact avec les Iraniens et ont annoncé leur refus de voir des actions conduites depuis les emprises américaines sur leurs territoires (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis). La Turquie dénonce des flux migratoires en cas de chute du pouvoir iranien. Or, les moyens de combat et logistique prépositionnés sont indispensables pour soutenir une campagne aérienne qui peut durer. Des moyens de défense anti-aérienne ont été acheminés sur ces bases, mais les craintes vont au-delà des ripostes par missiles. Israël émet des doutes sur toute action contre les Mollahs qui ne serait pas définitive, son état-major certainement associé à une planification, au minimum pour le renseignement. En conséquence :
En se donnant comme objectif politique la renonciation par les Iraniens à ce qu’ils considèrent comme leurs intérêts majeurs (programme nucléaire et capacités d’action par proxys), et sans rassembler une coalition de volontaires autour de lui, le président Trump s’est fixé une tâche difficile à accomplir avec les moyens actuels dans la zone d’opération. Car, l’hypothèse la plus contraignante est de devoir aller au bout du bras de fer avec l’Iran. Pour l’instant il n’a pas réellement les cartes. Veut-il se les donner ou continuer une partie de poker dont il quittera la table s’il se lasse ?
Nous serons fixés si le GAN George W Bush entre en Méditerranée ou si d’autres moyens sont acheminés sur la zone (Frégates Tomahawk ; forces spéciales). Sinon le canon peut tonner, mais les effets ne seront pas à la hauteur des objectifs. Il s’agira de frappes punitives qui ne déstabiliseront pas le régime dans sa volonté de résister aux exigences sur le nucléaire militaire. Pour l’heure, nous en sommes à une planification méticuleuse et donc longue pour une opération majeure qui pourrait se vouloir déterminante et que l’on ne peut réduire à des frappes comme celles contre l’Afghanistan (2001) voire la Serbie (1999). L’ennemi est d’une autre pointure et le plan d’opération autrement plus complexe.
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29.01.2026 à 16:05
Coline Laroche
La 62e édition du salon international de l’agriculture à Paris se tiendra du 21 février au 1er mars prochain. Ce Salon reste le plus important de France par son nombre de visiteurs, plus de 600 000 encore l’an dernier. Quels sont les enjeux de cette édition qui se déroule dans un contexte de tensions internationales ? Ce salon de l’agriculture est-il encore adapté aux enjeux contemporains du secteur ? Comment expliquer les difficultés de la France agricole sur les marchés européens ? Le point avec Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS et directeur du Club DEMETER. Cette 62e édition du salon international de l’agriculture à Paris est-elle à risques ? Alors même que l’agriculture ne pèse plus qu’environ 1 % du PIB national, elle concentre chaque année au Salon une attention politique hors norme, ce qui suscite souvent de l’étonnement vu de l’étranger où cette tendance est moins vraie, moins tenace. En France, du président de la République à l’ensemble du gouvernement, en passant par tous les leaders de partis politiques ou élus locaux de la Nation, on s’y presse et on déambule entre les professionnels du secteur et leurs stands, et au milieu d’une foule toujours très hétérogène. Même dans des années politiquement creuses, c’est le cas. En 2026, entre municipales en mars et les échéances présidentielles/législatives dans un an, il est sûr qu’un passage au Salon est programmé à l’agenda des politiques. Donc des médias, qui exploitent cette opportunité pour accéder parfois plus facilement à eux. Le risque est donc que le Salon serve davantage de scène politique que d’espace de réflexion stratégique sur l’avenir des agricultures. Ensuite, ce salon va se dérouler dans un contexte de tensions fortes. Pour aller à l’essentiel, deux grandes séries de questions vont se superposer. La première liée aux problèmes les plus immédiats et les plus nationaux : […]
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La 62e édition du salon international de l’agriculture à Paris se tiendra du 21 février au 1er mars prochain. Ce Salon reste le plus important de France par son nombre de visiteurs, plus de 600 000 encore l’an dernier. Quels sont les enjeux de cette édition qui se déroule dans un contexte de tensions internationales ? Ce salon de l’agriculture est-il encore adapté aux enjeux contemporains du secteur ? Comment expliquer les difficultés de la France agricole sur les marchés européens ? Le point avec Sébastien Abis, chercheur associé à l’IRIS et directeur du Club DEMETER.
Cette 62e édition du salon international de l’agriculture à Paris est-elle à risques ?
Alors même que l’agriculture ne pèse plus qu’environ 1 % du PIB national, elle concentre chaque année au Salon une attention politique hors norme, ce qui suscite souvent de l’étonnement vu de l’étranger où cette tendance est moins vraie, moins tenace. En France, du président de la République à l’ensemble du gouvernement, en passant par tous les leaders de partis politiques ou élus locaux de la Nation, on s’y presse et on déambule entre les professionnels du secteur et leurs stands, et au milieu d’une foule toujours très hétérogène. Même dans des années politiquement creuses, c’est le cas. En 2026, entre municipales en mars et les échéances présidentielles/législatives dans un an, il est sûr qu’un passage au Salon est programmé à l’agenda des politiques. Donc des médias, qui exploitent cette opportunité pour accéder parfois plus facilement à eux. Le risque est donc que le Salon serve davantage de scène politique que d’espace de réflexion stratégique sur l’avenir des agricultures.
Ensuite, ce salon va se dérouler dans un contexte de tensions fortes. Pour aller à l’essentiel, deux grandes séries de questions vont se superposer. La première liée aux problèmes les plus immédiats et les plus nationaux : nous avons depuis des mois des revendications agricoles nombreuses et des annonces de mesures tout aussi volumineuses. Il y a de l’impatience chez certains milieux agricoles face aux difficultés des gouvernements à tenir leur engagement ou à mettre en œuvre les décisions, ce que l’incertitude budgétaire française accentue significativement. Il est fort à parier que cela soit scruté attentivement d’ici fin février : pas d’annonces nouvelles, mais surtout des actes et des mises en application de décisions qui désormais remontent à l’hiver 2024 quand Gabriel Attal était alors à Matignon. Les revenus agricoles sont très bas voire nuls pour de nombreuses filières, en raison de la hausse des coûts de production (énergies, engrais, emplois, etc.). En outre, dans un mois, les premières communications sont probables au Salon sur l’exercice en cours des conférences de souveraineté, lancée par la ministre Annie Genevard à l’automne dernier. Il a été demandé, dans un temps très serré, aux acteurs des filières les plus importantes de se projeter à 10-15 ans afin d’évaluer les capacités productives de la France en tenant compte à la fois des changements climatiques et géopolitiques mondiaux et des pratiques de consommation.
La seconde série de questions au Salon se situera d’ailleurs sur l’extranational: les négociations sur la prochaine Politique agricole commune (PAC) qui doit entrer en vigueur en 2028 et dont l’enveloppe budgétaire à ce stade globalement préservée se déploiera sous des modalités très différentes compte tenu de la nouvelle architecture du cadre financier pluriannuel défendu par la Commission européenne ; le dossier ukrainien et son extrême complexité agricole si ce pays rejoint l’UE, dans un horizon certes imprécis mais dont nous pouvons pour sûr parier qu’il constituera un sujet bien plus inflammable que le Mercosur ; les stratégies tarifaires mises en place par les États-Unis avec une administration Trump qui sait où faire mal aux économies européennes… La liste des défis internationaux est longue, insistons sur quelques tendances géoéconomiques qui affaiblissent la santé des filières agricoles françaises : l’Algérie n’achète plus de céréales à la France, la Chine importe moins de vins français, la Russie s’autonomise de plus en plus en matière semencière et nos productions sont à la peine sur les marchés voisins européens.
Pour la première fois en 50 ans, le risque d’une balance commerciale agricole et agro-alimentaire déficitaire est réel. Que peut-on en conclure ?
Ce serait une première depuis le milieu de la décennie 1970. La France présente depuis cette époque un excédent commercial structurel dans le domaine agricole et agro-alimentaire, l’un des rares tous secteurs confondus, aux côtés de l’aéronautique, de la cosmétique ou de l’armement. En moyenne de 2000 à 2020, cet excédent oscillait entre 8 et 10 milliards d’euros par an. Or ces dernières années, trois phénomènes : un excédent de moins en moins important, très concentré sur quelques familles de produits (vins et spiritueux, céréales, produits laitiers, etc.) et orienté vers le grand large, c’est-à-dire des pays non-membres de l’UE. Or les marchés mondiaux sont plus concurrentiels, l’export des filières excédentaires est fragilisé par des transformations géopolitiques sur la planète mais aussi climatiques ici et nous avons davantage importé encore sur certains segments historiquement déficitaires (produits de la mer, fruits et légumes ou encore café et cacao, deux produits tropicaux dont le prix a explosé depuis 2020). Résultat : la balance agricole et agro-alimentaire de la France de 2025 sera très faiblement excédentaire, à l’équilibre ou déficitaire, les douanes avec leurs statistiques rendront prochainement leurs verdicts. Mais c’est une rupture assurément, qui interpelle les acteurs du secteur comme les responsables politiques, surtout au moment où l’on positionne l’agriculture comme un secteur clef de la souveraineté et de l’influence française dans le monde. Si la France bascule durablement vers une balance agricole et agroalimentaire déficitaire, ce ne sera pas un simple accident statistique. Ce sera le signal d’un pays historiquement exportateur qui n’arrive plus à convertir son potentiel agricole en puissance stratégique.
Comment expliquer les difficultés de la France agricole sur les marchés européens ?
Sur la perte de marchés au niveau de l’UE, la France pourrait présenter un déficit commercial cumulé de trois milliards d’euros avec les 26 autres États membres. Nous importons beaucoup de Pologne et d’Italie par exemple. Ce n’est pas mal, cela fait vivre le marché européen. Mais ces pays proposent aux consommateurs des produits pour tous les jours de la semaine, là où la France pêche par un excès de menus réservés aux week-ends ou aux jours de fête. La France propose encore trop souvent une agriculture de l’exception, quand le marché attend une agriculture du quotidien.
Je force un peu, mais l’offre de produits français commence à dissoner avec les attentes de la société, pour qui le prix doit aller de pair avec la qualité. L’origine vient ensuite dans l’acte d’achat. La majorité des consommateurs veulent du bon, du sûr et du pas trop cher. Acheter français et local certes, mais sur tous les produits ou tout le temps. Cela interroge notre modèle agro-industriel. Nos usines agro-alimentaires doivent être modernisées, savoir attirer des travailleurs et proposer des produits correspondants aux marchés. Pas à la seule épicerie du coin de la rue dans le village ou celle d’un quartier chic parisien.
Ce salon de l’agriculture est-il encore adapté aux enjeux contemporains du secteur ?
D’abord, je tiens à préciser que cette année, le slogan est « venir, c’est soutenir ». En effet, pour la première fois de son histoire, le Salon se fera sans présence de bovins, en raison de la crise sanitaire avec la dermatose nodulaire contagieuse. Or les vaches au salon, c’est sacré… C’est à la fois la distraction des urbains en manque de proximité animale, ce sont aussi les concours agricoles, tradition du salon pour les professionnels. Mais il est vrai que ce salon de l’agriculture est plein de paradoxes. Pour le grand public, le hall des animaux concentre le parcours généralement, avec celui des régions. Or il y a plein d’autres espaces à découvrir pour mieux comprendre l’univers agricole dans toute sa diversité : sciences, innovations, numériques, logistiques… Ce sont aussi les stands institutionnels, ceux des écoles et des organismes de recherche, ceux des filières pour plonger au cœur de certaines cultures agricoles mais aussi de l’agroforesterie ou de la pêche, ce sont les zones de conférences et de débats, avec plein d’invités internationaux. Passer une journée au salon de l’agriculture, c’est apprendre plein de choses qui dépassent de très loin le secteur. Et en cela, ce salon est assurément unique.
En revanche, est-il révélateur des agricultures d’aujourd’hui ? Insuffisamment sans doute, peut-être parce que l’on y entretient certains mythes, probablement pour satisfaire les visiteurs d’ailleurs. Et notamment dans ce hall où se trouvent les animaux, qui gagnerait à être repensé pour mieux montrer par exemple comment les progrès se développent sur le bien-être ou l’utilisation de l’IA dans les exploitations pour des élevages de précision. Mais plus largement, le Salon de l’agriculture est devenu un révélateur de fragilités françaises, alors qu’il devrait être avant tout un accélérateur de compétitivité. D’autant que l’agriculture est immortelle : pour se nourrir et sortir du pétrole, nous n’en avons jamais eu autant besoin ! Il serait curieux de perdre cela de vue en France. Ce salon est donc voué à exister chaque année, à la différence d’autres événements de ce type qui sont sur des secteurs éphémères ou voués à disparaître.
Il me semble donc que ce salon gagnerait à mettre en avant l’esprit entrepreneurial de l’agriculture. Chaque exploitation est une entreprise. Ce secteur ne peut jamais rester statique : le monde bouge, les consommations changent, les opportunités se renouvellent. Nous sommes à une époque où en France et en Europe le rapport au travail, à la performance, à la prise de risque, à l’audace d’entreprendre et à l’innovation, s’avère au cœur de nombreuses discussions politiques, sociétales et économiques. Le secteur agricole peut incarner tout cela. Je ne dis pas que tous les agriculteurs sont en mouvement, que certains ne souffrent pas et que tout va bien, je veux juste attirer l’attention sur le fait que les situations sont très contrastées et que certains vont sans cesse de l’avant. En diversifiant leurs productions, en s’adaptant aux exigences des clients, en s’inscrivant dans des pratiques plus écologiques, en inventant de nouveaux modèles d’entreprise agricole.
L’agriculture française ne peut pas être sous la perfusion unique des aides européennes ou des soutiens financiers des autorités françaises en cas de crise. Cet accompagnement des pouvoirs publics est parfois nécessaire, mais cela ne stimule pas la compétitivité du secteur. Il faut certes éviter le grand écart entre une agriculture de survie et une agriculture d’élite, mais cette dualisation existe hélas. D’ailleurs, dans le cas des débats sur la future PAC, osons cette question : doit-elle acheter la paix sociale et rurale ou financer des productions durables et des systèmes économiques innovants ?
Dans quelle mesure le salon international de l’agriculture de Paris dépasse-t-il le cadre national pour s’inscrire dans une dimension internationale ?
Cet aspect international n’est en effet pas toujours mis en exergue, or nous avons des pavillons de nombreux pays, beaucoup de visiteurs venant aussi de l’étranger et un pays chaque année à l’honneur. Après le Maroc l’an dernier, c’est au tour de la Côte d’Ivoire en 2026, confirmant l’importance accordée au continent africain. Or en 2026, l’aide publique au développement et l’ensemble des mécanismes de coopération française sont en décroissance budgétaire forte.
De nombreuses entreprises agricoles et agro-alimentaires hésitent aussi à investir davantage en Afrique, au vu des risques sécuritaires qui peuvent parfois dissuader. La France agricole et alimentaire est certes encore présente dans certains pays africains, mais la lisibilité de cette action pourrait être améliorée si les pouvoirs publics et les opérateurs privés travaillaient davantage ensemble. Il faudrait aussi peut-être faire des choix stratégiques de pays clefs, plutôt que d’essayer d’être partout ou presque. Il faut aussi écouter les besoins africains et cesser de leur proposer des solutions qui parfois ne correspondent pas à leurs attentes.
Si je voulais être complet, je dirais aussi qu’il est temps de construire une équipe européenne sur ce continent où actuellement chaque État membre agit unilatéralement. L’Europe a une politique agricole commune, mais toujours pas de stratégie agricole extérieure. Dans le monde actuel, cette absence devient un handicap stratégique.
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