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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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31.07.2026 à 16:39

Les mauvais calculs de l’Iran

Coline Laroche              

L’Iran avait remporté le premier round de sa confrontation avec les États-Unis, mais l’intransigeance de la partie la plus radicale du régime a poussé ses dirigeants à la faute. Une faute qui pourrait s’avérer fatale. En attaquant les monarchies du Golfe, par le biais de ses proxies en Irak et au Yémen, l’Iran a provoqué un sursaut de celles-ci. Les pays du Golfe ont subi à des degrés divers les attaques massives de drones et de missiles sans réagir. Ces attaques étaient actionnées à partir de l’Iran, mais également par des milices chiites contrôlées directement par le régime de Téhéran. Les limites de la diplomatie Pendant toute la première partie du conflit, les Saoudiens ont essayé de retenir les Américains, et ont privilégié la voie de la diplomatie pour préserver des relations de voisinage, qu’ils estiment essentielles pour la préservation du système en place. La volonté persistante de l’Iran de contrôler le détroit d’Ormuz met en péril l’économie de toute la région et place tous les pays riverains sous la tutelle et le bon vouloir des Iraniens, qui peuvent autoriser, ou non, le passage des navires dans le détroit. Pendant des mois, les Saoudiens et les autres pays du Golfe ont laissé faire la diplomatie pakistanaise et qatarie dans l’espoir d’éviter une escalade dont les conséquences auraient été imprévisibles. La dernière tentative omanaise d’une co-gestion du détroit par les deux pays a été rejetée par l’Iran. Savoir s’arrêter ou pas Téhéran aurait pu s’arrêter là et encaisser les bénéfices de cette première partie remportée contre les Américains et leurs alliés israéliens. Mais comme on dit « Jupiter rend fou celui qu’il veut perdre ». L’Iran par son intransigeance due, sans doute aux querelles internes qui agitent le régime, ont voulu pousser leur avantage quitte à commettre des fautes qui pourraient leur coûter […]

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Texte intégral (1207 mots)

Pendant toute la première partie du conflit, les Saoudiens ont essayé de retenir les Américains, et ont privilégié la voie de la diplomatie pour préserver des relations de voisinage, qu’ils estiment essentielles pour la préservation du système en place.

La volonté persistante de l’Iran de contrôler le détroit d’Ormuz met en péril l’économie de toute la région et place tous les pays riverains sous la tutelle et le bon vouloir des Iraniens, qui peuvent autoriser, ou non, le passage des navires dans le détroit.

Pendant des mois, les Saoudiens et les autres pays du Golfe ont laissé faire la diplomatie pakistanaise et qatarie dans l’espoir d’éviter une escalade dont les conséquences auraient été imprévisibles. La dernière tentative omanaise d’une co-gestion du détroit par les deux pays a été rejetée par l’Iran.

Téhéran aurait pu s’arrêter là et encaisser les bénéfices de cette première partie remportée contre les Américains et leurs alliés israéliens. Mais comme on dit « Jupiter rend fou celui qu’il veut perdre ». L’Iran par son intransigeance due, sans doute aux querelles internes qui agitent le régime, ont voulu pousser leur avantage quitte à commettre des fautes qui pourraient leur coûter très cher.

En incitant les rebelles Houthis à ouvrir un nouveau front et à interdire la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb aux navires battant un pavillon saoudien, Téhéran risque de réveiller un conflit que le monde avait oublié. Les conséquences pour la partie du Yémen contrôlée par les Houthis pourraient être désastreuses pour eux.

L’Irak fragilisé depuis l’invasion américaine de 2003 fait face de profondes divisions internes. L’Iran maintient son influence sur les milices chiites qui leur sont affiliées. Les attaques contre le Koweït, la Jordanie et l’Arabie saoudite ont été lancées à partir du territoire iraquien.

La réaction de l’Arabie saoudite qui a récemment participé aux côtés des Etats-Unis à un raid aérien contre ces milices iraquiennes est un signal clair de changement de politique de la part de Riyad. Les Saoudiens avaient encaissé des coups sans réagir, comme la plupart des pays Golfe. Aujourd’hui, ils font savoir que la neutralité n’est plus de mise. Le raid combiné aurait causé la mort de six « conseillers » iraniens de haut rang qui œuvraient aux côtés des milices chiites.

Autre signe de mauvaise humeur des Saoudiens est l’annulation de la visite que devait effectuer le 30 juillet, Ali al-Zaïdi, le Premier ministre iraquien en Arabie saoudite. Les attaques au départ du territoire iraquien sont lancées à partir de Bassora contre le Koweït voisin, mais aussi à partir de la province de Salâh ad-Dîn et contre Erbil au Kurdistan.

En visant le Kurdistan iraquien l’Iran prend le risque de mobiliser contre eux les factions kurdes qui jusqu’ici avaient refusé de se joindre à l’attaque contre l’Iran. Ce serait une grave erreur stratégique qui permettrait une offensive terrestre qui a fait défaut à Washington jusqu’ici.

Le calcul iranien selon lequel les pays du Golfe se détacheront des Etats-Unis et qu’ils ne riposteront pas s’est avéré faux. Les Émirats arabes unis, le Koweït et la Jordanie avaient déjà participé de façon discrète à des raids de riposte contre l’Iran. Le fait que les Saoudiens annoncent officiellement leur participation à un raid contre des proxies iraniens est un signal clair que la donne a changé.

Les armées des pays du Golfe disposent d’un formidable arsenal ultra moderne. Si les capacités opérationnelles des pays de la région ne sont pas optimales, il n’en demeure pas moins que cette force considérable, en appui des Américains, pourrait décupler les dommages infligés à l’Iran en cas de conflit total.

De plus, en s’attaquant à l’Égypte par le lancement de drones contre le port de Damiette et en gênant la navigation en mer Rouge, et par conséquent à travers le canal de Suez (une des principales ressources du pays), c’est un autre pari risqué qui est pris. L’Égypte dispose de grandes capacités militaires qu’elle n’hésitera pas à joindre à ses alliés américains et du Golfe, dont elle dépend financièrement en grande partie.

Le frein serait la reprise de la participation israélienne aux attaques contre l’Iran. L’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe ainsi que l’Égypte rechigneraient à joindre leurs forces à une coalition israélo-américaine.

La situation en Iran actuellement semble être un processus de fuite en avant semblable à celui que la France a connue sous la Terreur. Les dirigeants risquent de devoir affronter dans les prochaines semaines ou mois des coalitions bien plus importantes que celles qu’ils ont affrontées jusqu’à maintenant. Que feront les pays occidentaux dans cette équation ?

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31.07.2026 à 10:47

Infantino nous Trump énormément

stagiairedecomm@iris-france.org

L’UEFA a adressé un ultimatum sans équivoque à Gianni Infantino : si la privatisation de la Coupe du monde n’est pas abandonnée, les équipes européennes, piliers sportifs, médiatiques et financiers de la compétition, se retireront. Sans elles, la Coupe du monde perdrait son essence et son rayonnement. Après s’être cru intouchable à l’issue de la Coupe du monde 2026, Infantino se retrouve dos au mur. Son alliance avec Donald Trump l’avait encouragé à multiplier les dérapages : exclusion de supporters de pays modestes, éviction d’un arbitre somalien, marginalisation de l’équipe d’Iran, ou encore mi-temps transformées en pauses publicitaires interminables. Autant de décisions qui ont altéré l’intégrité du football. L’UEFA, forte de son indépendance financière, refuse de se soumettre, contrairement à certaines fédérations plus vulnérables, achetées par des promesses de subventions. Le problème est clair : en sacrifiant l’éthique sportive sur l’autel des intérêts privés, Infantino risque de réduire la Coupe du monde à un simple produit de consommation, vidé de son âme. Pourtant, les recettes de la compétition n’ont cessé de croître, portées par une audience toujours plus large et des sponsors enthousiastes. La privatisation n’est donc pas une nécessité économique, mais bien une manœuvre personnelle. Le vrai projet d’Infantino était de créer une entité commerciale avec des alliés de Trump pour s’enrichir et partager les bénéfices avec une élite restreinte. Une dérive qui dépasse même les scandales de l’ère Blatter, alors que l’enquête du FBI en 2015 contre la FIFA n’était déjà qu’une réponse des États-Unis à l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar. Aujourd’hui, la révolte gronde. L’UEFA, la CONCACAF et d’autres fédérations envisagent un boycott, voire la création d’un tournoi concurrent. Jusqu’où ira cette résistance pour préserver l’intégrité du football ? Infantino, dont la réélection est désormais incertaine, devra-t-il céder […]

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L’UEFA a adressé un ultimatum sans équivoque à Gianni Infantino : si la privatisation de la Coupe du monde n’est pas abandonnée, les équipes européennes, piliers sportifs, médiatiques et financiers de la compétition, se retireront. Sans elles, la Coupe du monde perdrait son essence et son rayonnement. Après s’être cru intouchable à l’issue de la Coupe du monde 2026, Infantino se retrouve dos au mur.

Son alliance avec Donald Trump l’avait encouragé à multiplier les dérapages : exclusion de supporters de pays modestes, éviction d’un arbitre somalien, marginalisation de l’équipe d’Iran, ou encore mi-temps transformées en pauses publicitaires interminables. Autant de décisions qui ont altéré l’intégrité du football. L’UEFA, forte de son indépendance financière, refuse de se soumettre, contrairement à certaines fédérations plus vulnérables, achetées par des promesses de subventions. Le problème est clair : en sacrifiant l’éthique sportive sur l’autel des intérêts privés, Infantino risque de réduire la Coupe du monde à un simple produit de consommation, vidé de son âme.

Pourtant, les recettes de la compétition n’ont cessé de croître, portées par une audience toujours plus large et des sponsors enthousiastes. La privatisation n’est donc pas une nécessité économique, mais bien une manœuvre personnelle. Le vrai projet d’Infantino était de créer une entité commerciale avec des alliés de Trump pour s’enrichir et partager les bénéfices avec une élite restreinte. Une dérive qui dépasse même les scandales de l’ère Blatter, alors que l’enquête du FBI en 2015 contre la FIFA n’était déjà qu’une réponse des États-Unis à l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 à la Russie et au Qatar.

Aujourd’hui, la révolte gronde. L’UEFA, la CONCACAF et d’autres fédérations envisagent un boycott, voire la création d’un tournoi concurrent. Jusqu’où ira cette résistance pour préserver l’intégrité du football ? Infantino, dont la réélection est désormais incertaine, devra-t-il céder ? Une chose est certaine : sa vision, où l’argent prime sur le sport, menace l’avenir du football. La solution résiderait-elle dans l’émergence d’un opposant capable de lui tenir tête, à l’image de ce qu’aurait fait Michel Platini ?

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30.07.2026 à 12:16

Guerre(s) pour l’hégémonie régionale au Moyen-Orient

Coline Laroche              

Après un court arrêt des opérations militaires suivant la signature à distance, le 17 juin 2026, du protocole d’accord entre l’Iran et les États-Unis, celles-ci ont brutalement repris, le 7 juillet, dans le Golfe persique et les espoirs fondés durant cet intermède de cessez-le-feu ont volé en éclat. Faut-il en être surpris ? Quelles sont les causes profondes qui permettent de comprendre la reprise des hostilités ? Quantité de commentaires et d’analyses ont été produits au cours de ces derniers mois qui constituent autant de réactions à chaud, parfois utiles, à l’enchaînement quasi ininterrompu des évènements, mais qui prennent plus rarement le recul nécessaire pour décrypter les enjeux fondamentaux aux multiples séquences de ces guerres contre l’Iran. La République islamique d’Iran au centre des enjeux régionaux Ce qui apparaît in fine structurant, c’est un combat frontal pour l’acquisition de l’hégémonie régionale au sein duquel ce sont les États-Unis qui fixent le cadre général dans lequel Israël est un partenaire stratégique, alors qu’en Palestine ou au Liban c’est Tel-Aviv qui décide de l’essentiel avec le soutien, incontestablement déterminant, de Washington, mais sans intervention directe de ce dernier. Pour autant, alors que depuis le 28 février 2026, les objectifs énoncés par Donald Trump se sont beaucoup modifiés, et souvent contredits au fil des jours, ceux revendiqués par les dirigeants israéliens sont limpides. Il s’agit pour eux de neutraliser l’Iran, à ce jour seule puissance capable de contester un ordre régional dominé par l’axe israélo-états-unien. L’objectif pour Tel-Aviv est donc d’affaiblir Téhéran au maximum et par tous les moyens, voire parvenir à son effondrement. Il s’agit de disloquer un État millénaire, potentiellement susceptible de contrebalancer la prétention de Tel-Aviv de redessiner unilatéralement l’ordre régional sans contrepartie ni limite et de réaliser l’utopie du Grand Israël. Dans ce cadre, les États-Unis se sont dans un premier […]

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Texte intégral (1955 mots)

Ce qui apparaît in fine structurant, c’est un combat frontal pour l’acquisition de l’hégémonie régionale au sein duquel ce sont les États-Unis qui fixent le cadre général dans lequel Israël est un partenaire stratégique, alors qu’en Palestine ou au Liban c’est Tel-Aviv qui décide de l’essentiel avec le soutien, incontestablement déterminant, de Washington, mais sans intervention directe de ce dernier. Pour autant, alors que depuis le 28 février 2026, les objectifs énoncés par Donald Trump se sont beaucoup modifiés, et souvent contredits au fil des jours, ceux revendiqués par les dirigeants israéliens sont limpides. Il s’agit pour eux de neutraliser l’Iran, à ce jour seule puissance capable de contester un ordre régional dominé par l’axe israélo-états-unien. L’objectif pour Tel-Aviv est donc d’affaiblir Téhéran au maximum et par tous les moyens, voire parvenir à son effondrement. Il s’agit de disloquer un État millénaire, potentiellement susceptible de contrebalancer la prétention de Tel-Aviv de redessiner unilatéralement l’ordre régional sans contrepartie ni limite et de réaliser l’utopie du Grand Israël. Dans ce cadre, les États-Unis se sont dans un premier temps révélés suivistes après s’être visiblement fait berner par Benyamin Netanyahou et à aucun moment, le locataire de la Maison-Blanche ne semble avoir anticipé les conséquences internationales déstabilisatrices de sa décision d’entrer en guerre.

La violente rivalité entre Israël et la République islamique renvoie aux profondes modifications géostratégiques qui traversent la région depuis l’implosion de l’Union soviétique et la fin du monde bipolaire. On se souvient par exemple qu’au cours des années 1980 la relation entre les deux États était d’une nature bien différente, la première vendant même des armes à la seconde dans la guerre qui l’opposa à Saddam Hussein de 1980 à 1988. Depuis, l’équation stratégique fondamentale réside pour Israël dans son obsession d’empêcher qu’une autre puissance régionale lui conteste la sienne propre. Or, depuis le début des années 1990, la République islamique n’a pour sa part eu de cesse de mettre en œuvre une politique lui permettant de se doter d’une capacité d’influence régionale efficiente et donc de se doter d’une profondeur stratégique. Pour ce faire, travailler à la maîtrise du cycle de l’enrichissement de l’uranium et constituer un réseau de partenaires qualifié d’axe de la résistance.

À la rivalité militaire qui oppose les deux États se superpose la rivalité économique qui, en l’occurrence, se concrétise par l’objectif du contrôle des routes et des nœuds énergétiques et commerciaux : détroit d’Ormuz pour l’Iran, Méditerranée orientale pour Israël. Ces paramètres renvoient au développement des flux économiques reliant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe et aux multiples projets les concrétisant : Nouvelles routes de la soie, India-Middle East-Europe Corridor, Route du développement entre le sud de l’Irak et la Turquie, projet de chemin de fer trans-Golfe, réactivation de la voie ferrée du Hedjaz. Dans cette perspective, il s’agit donc de la délimitation de la place que chaque puissance veut et peut acquérir au sein des circuits de production et d’échange. En d’autres termes la place de chacune au sein du mode de production économique dominant.

C’est pourquoi, contrairement à ce qui est fréquemment avancé par nombre d’observateurs, l’Iran ne cherche pas avant tout à subvertir l’ordre régional ou international mais, au contraire, à s’y ménager la place la plus assurée. De ce point de vue, les dirigeants iraniens partagent la même logique politique que celle des dirigeants des BRICS+, dont ils font désormais partie. Ils ne cherchent pas à constituer une alternative à l’ordre économique dominant mais cherchent à s’y intégrer. Il faut ainsi comprendre le dossier nucléaire iranien non seulement comme la quête d’une assurance sécurité pour les responsables de Téhéran mais aussi comme un moyen de se ménager au sein du système international une place qui lui est refusée par les États-Unis et la majorité des pays occidentaux.

Nous sommes actuellement dans un moment d’apolarité régionale au sein duquel des logiques concurrentielles exacerbées se cristallisent, ayant toutes pour finalité la conquête d’une forme d’hégémonie régionale. République islamique versus Israël en premier lieu, mais d’autres prétendants sont aussi en lice. C’est pourquoi de nouveaux partenariats se dessinent. On pense notamment à la Turquie, à l’Arabie saoudite, à l’Égypte mais aussi au Pakistan qui considèrent, pour des raisons au demeurant différentes, que le facteur régional le plus déstabilisateur qu’il convient de limiter actuellement est l’État hébreu. Il est néanmoins intéressant de souligner que ces États restent les uns et les autres de proches partenaires des États-Unis ce qui montre la complexité des processus en cours. Les effets manifestes de ces rivalités/recompositions dépassent le seul cadre régional et renvoient à un ordre international en plein bouleversement.

Si pour Israël, l’Iran représente un concurrent régional direct et immédiat, la question se pose différemment pour les États-Unis. C’est en effet, de leur point de vue, avant tout la crainte qu’un État puisse s’imposer dans l’ordre régional et mondial sans leur faire allégeance. Contrairement à Israël qui cherche la neutralisation de l’Iran afin de s’assurer qu’il ne constituera plus un danger pour de nombreuses années, l’enjeu pour les États-Unis est de tenter de contenir l’Iran pour l’empêcher de refonder un ordre régional selon des termes qui lui seraient par trop favorables. Pour ce faire, il faut de la méthode et une vision de moyen terme, qualité dont les décisions politiques souvent erratiques de Donald Trump sont dénuées. Si les politiques de sanctions à l’encontre de l’Iran se transmettent d’administration en administration états-unienne, c’est bien dans le but de réduire la marge de manœuvre iranienne et pour l’empêcher de mener sa politique d’affirmation régionale prétendant se dispenser de la bénédiction de l’impérialisme états-unien. En un mot, il s’agit pour les États-Unis de contraindre l’Iran à faire allégeance. En ce sens, les objectifs de Washington et de Tel-Aviv ne coïncident pas toujours. Pour ses intérêts bien compris, Donald Trump a besoin d’un Moyen-Orient stabilisé et, tant que faire se peut, structuré par un système de partenariats qui lui soit favorable. On voit ainsi comment il soutient les nouvelles autorités politiques en Syrie, dirigées par Ahmed Al-Charaa, en les faisant « parrainer » par la Turquie et l’Arabie saoudite. La logique israélienne est radicalement différente puisque, a contrario, elle met en œuvre une politique de déstabilisation et de fragmentation régionales dans une logique d’affaiblissement des États.

Les lobbies pro-israéliens exercent une incontestable influence sur les orientations de Washington, mais ce ne sont ni eux ni Israël qui imposent leurs choix aux États-Unis. L’influence de Netanyahou sur Trump est réelle, mais les intérêts fondamentaux de l’impérialisme états-unien restent le facteur explicatif principal. Ainsi, la logique des Accords d’Abraham – amorcée par Donald Trump I, poursuivie par Joe Biden – vise avant tout à renforcer l’influence états-unienne dans la région en consolidant la normalisation politique et économique d’Israël avec les États arabes du Moyen-Orient. C’est pourquoi certaines des initiatives du gouvernement suprémaciste israélien peuvent apparaitre comme problématiques pour les intérêts états-uniens.

D’autant que, facteur supplémentaire de complexité, c’est l’enjeu de la rivalité avec la Chine qui se profile au-delà de la stricte question iranienne. Nous savons l’importance, certes relative, des exportations iraniennes d’hydrocarbures vers Pékin et surtout la place centrale de l’Iran dans l’acheminement de ces ressources énergétiques. L’éminent rôle du détroit d’Ormuz est désormais connu de tous. Aux yeux des dirigeants chinois, il est vital d’éviter l’effondrement de l’État iranien qui serait source de déstabilisation aggravée. On peut toutefois souligner que, dans le même mouvement, les dirigeants chinois comprennent parfaitement que la poursuite de la guerre contribue à affaiblir les États-Unis, ce qui ne les mécontente pas.

Finalement, deux tendances se conjuguent. La rivalité frontale entre Israël et l’Iran pour acquérir l’hégémonie régionale, d’une part – en tenant compte d’autres protagonistes, la Turquie et l’Arabie saoudite principalement –, la volonté de l’impérialisme états-unien de réduire par tous les moyens les ambitions iraniennes de s’affranchir des règles qu’il édicte, d’autre part. Les intérêts de Washington et de Tel-Aviv convergent mais ne coïncident pas totalement. Dans les deux cas si la République islamique est incontestablement le pays agressé, c’est aussi un pays engagé dans sa propre logique de puissance qui n’hésite pas pour ce faire ni à constituer un réseau d’obligés dans la région dans le but de conforter ses intérêts ni à brutalement réprimer les mouvements de contestation qui se développent en son sein et pourraient l’affaiblir encore plus.

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