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Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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02.02.2026 à 14:58

Défaite majeure pour le mouvement national kurde de Syrie

Coline Laroche              

Les événements de ces derniers jours en Syrie marquent une modification radicale des rapports de force politique intérieurs et renforcent la politique de recomposition régionale organisée par Donald Trump. On se souvient que les Forces démocratiques syriennes (FDS)[1], à majorité kurde et structurées par le Parti de l’union démocratique (PYD), franchise syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), avaient signé un mémorandum avec les autorités intérimaires de Damas, dirigées par Ahmed Al-Charaa, le 10 mars 2025, traçant la perspective d’un accord politique global devant être finalisé avant le 31 décembre dans le but d’intégrer la composante kurde de la population syrienne dans la nouvelle architecture politique du pays. Les négociations ne parvinrent pourtant pas à aboutir au nécessaire compromis, les principaux points de désaccord se concentrant sur la place et le statut des forces armées kurdes au sein de la nouvelle armée syrienne ainsi que sur le degré d’autonomie politique de la région kurde au sein du pays. L’impasse semblait donc totale. Dès les premiers jours du mois de janvier les troupes de Damas attaquaient alors deux quartiers kurdes de la ville d’Alep – Cheikh Maqsoud et Acrafieh – et en chassaient rapidement les FDS. Fort de cette première victoire, décision fut prise – visiblement préparée de longue date – de poursuivre l’offensive vers les territoires de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), communément appelé le Rojava. Le destin du Nord-Est syrien bascule alors en deux jours, les 17 et 18 janvier. Les forces gouvernementales reprennent les provinces de Rakka et de Deir ez-Zor, à majorité arabe, et environ 80 % des territoires administrés par les FDS depuis 2016, lorsqu’elles en avaient chassé l’État islamique avec l’aide de la coalition internationale. C’est une véritable débandade militaire qui se produit, avec son cortège de victimes civiles […]

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Texte intégral (1731 mots)

On se souvient que les Forces démocratiques syriennes (FDS)[1], à majorité kurde et structurées par le Parti de l’union démocratique (PYD), franchise syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), avaient signé un mémorandum avec les autorités intérimaires de Damas, dirigées par Ahmed Al-Charaa, le 10 mars 2025, traçant la perspective d’un accord politique global devant être finalisé avant le 31 décembre dans le but d’intégrer la composante kurde de la population syrienne dans la nouvelle architecture politique du pays. Les négociations ne parvinrent pourtant pas à aboutir au nécessaire compromis, les principaux points de désaccord se concentrant sur la place et le statut des forces armées kurdes au sein de la nouvelle armée syrienne ainsi que sur le degré d’autonomie politique de la région kurde au sein du pays. L’impasse semblait donc totale.

Dès les premiers jours du mois de janvier les troupes de Damas attaquaient alors deux quartiers kurdes de la ville d’Alep – Cheikh Maqsoud et Acrafieh – et en chassaient rapidement les FDS. Fort de cette première victoire, décision fut prise – visiblement préparée de longue date – de poursuivre l’offensive vers les territoires de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES), communément appelé le Rojava.

Le destin du Nord-Est syrien bascule alors en deux jours, les 17 et 18 janvier. Les forces gouvernementales reprennent les provinces de Rakka et de Deir ez-Zor, à majorité arabe, et environ 80 % des territoires administrés par les FDS depuis 2016, lorsqu’elles en avaient chassé l’État islamique avec l’aide de la coalition internationale. C’est une véritable débandade militaire qui se produit, avec son cortège de victimes civiles et de départs précipités des populations.

La brièveté de la séquence et le quasi-effondrement de l’AANES interpellent, mais s’expliquent de plusieurs façons. La première renvoie bien sûr au lâchage des forces kurdes par les États-Unis, confirmant ainsi le choix de Washington d’un soutien stratégique apporté à Ahmed Al-Charaa dans le cadre d’un projet de recomposition régionale sous égide. On a le désagréable sentiment que l’histoire se répète. Plusieurs fois déjà la confiance accordée par les dirigeants nationalistes kurdes aux États-Unis, ainsi que parfois à des autocraties locales, s’est en effet quasi systématiquement retournée en son contraire. C’est une malheureuse constante de l’histoire tourmentée du peuple kurde que d’être trahi par ceux qui prétendent l’aider ou le protéger. De la part des dirigeants kurdes, c’est une illusion mortelle que d’estimer possible de défendre les intérêts de leur peuple – objectif proclamé par les FDS – en prenant appui sur les États-Unis, dont les intérêts ne coïncident pas avec les leurs. Certes, les conditions difficiles dans lesquelles se sont battues les FDS rendaient nécessaires des jeux d’alliances, mais certains choix s’avèrent une fois de plus mortifères. Durant la guerre civile, les FDS n’ont jamais tenté de passer de véritables accords avec les forces combattantes syriennes d’opposition préférant entretenir des relations parfois ambigües avec le régime de Bachar Al-Assad. Les événements de ce mois de janvier 2006 administrent une nouvelle fois la preuve de la dangerosité de dépendre des États-Unis qui ne raisonnent jamais pour leur part dans une logique d’émancipation des peuples.

La deuxième raison concerne le changement d’alliance effectué par les tribus arabes qui, depuis une dizaine d’années, avaient fait allégeance aux FDS dirigées par des commandants kurdes, souvent membres du PKK. Rappelons que le système politique qui avait été instauré au sein de l’AANES proclamait s’inspirer des concepts autogestionnaires – le confédéralisme démocratique – élaborés et théorisés par Abdullah Öcalan fondateur et dirigeant du PKK, en prison depuis 1999. Il s’agissait, avaient expliqué les FDS, de construire une société égalitaire, respectueuse des minorités ethniques, confessionnelles et de genre. L’aura romantique libertaire qui a enveloppé le Rojava depuis de nombreuses années s’est pourtant brutalement déchirée. Bien sûr, la propension des chefs tribaux à pactiser avec le plus offrant est une donnée classique de la situation régionale, il convient néanmoins de ne pas tomber dans un travers orientaliste, ou pire essentialiste, sur la supposée versatilité intrinsèque des tribus. La situation renvoie plus fondamentalement à la brutalité des rapports de force induits par toute guerre civile et il semble que l’inclusivité égalitaire revendiquée par les FDS était plus une utopie qu’une réalité véritablement ancrée dans le tissu social. Pour parler plus précisément, il apparait que le PYD a imposé son système d’une manière qui a été perçue par les populations arabes comme une forme de domination nationaliste kurde. L’étonnante rapidité de la défaite subie au cours de ces derniers jours s’explique en effet par l’étroitesse de la base sociale des FDS dans une région, représentant un tiers du territoire syrien, dont une grande partie est arabe.

Un troisième élément d’explication réside dans le rôle qu’a endossé la Turquie – qui occupe toujours indûment une partie du territoire syrien – et l’important appui qu’elle a apporté à l’armée syrienne, notamment par l’utilisation de drones à l’efficacité redoutée. Ankara voyait dans la séquence un moment particulièrement propice pour en finir avec le Rojava, qualifié par les autorités turques d’entité terroriste, parce que sous la coupe du PKK, et perçu de ce fait comme un danger existentiel. C’est aussi une nouvelle preuve du soutien sans faille apporté jusqu’alors par Recep Tayyip Erdoğan, aux côtés de Donald Trump et de Mohamed Ben Salman, au gouvernement intérimaire d’Ahmed Al-Charaa.

On le comprend, ce dernier sort considérablement renforcé à l’issue d’un mois de janvier fertile en modifications accélérées des rapports de force. Son projet islamo-nationaliste s’affirme, porteur d’une volonté centralisatrice qui ne laisse guère de place aux minorités ethniques et confessionnelles. Il apparait d’ailleurs beaucoup plus intransigeant à l’encontre de celles-ci qu’à l’égard de l’État d’Israël avec lequel il est parvenu à un récent accord alors que ce dernier occupe pourtant une partie du territoire national syrien et y organise cycliquement des opérations militaires faisant fi du droit international.

Les FDS subissent donc une défaite majeure, leur projet politique ayant subi un coup d’arrêt. Le modèle social progressiste qu’elles voulaient mettre en œuvre prétendait se différencier radicalement de celui incarné par le Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak, critiqué pour être beaucoup plus conservateur et souvent accusé de pratiques clientélistes à forts relents féodaux. Le PKK ne formulait d’ailleurs plus la revendication d’indépendance d’un Kurdistan, et allait jusqu’à mettre théoriquement en question le concept même d’État nation. Pour autant, la difficulté des cadres de l’AANES à parvenir à un compromis avec le gouvernement intérimaire de Damas au moment adéquat leur a été fatale et les acquis dont ils se réclamaient quasiment réduits à néant.

C’est dans ce contexte qu’un accord – dans l’élaboration duquel les États-Unis, la France et le Gouvernement régional du Kurdistan d’Irak ont visiblement joué un rôle important – favorable au gouvernement de Damas puisqu’il enterre la perspective d’une autonomie kurde au Rojava, a finalement été acté entre les protagonistes le 30 janvier 2026. Les autorités intérimaires de Damas prennent ainsi le contrôle des institutions locales, des postes-frontières, des champs gaziers et pétroliers ainsi que des camps d’internement dans lesquels se trouvent des prisonniers de l’État islamique. Les institutions de l’AANES seront intégrées à l’appareil d’État syrien et les combattants des FDS incorporés individuellement dans la nouvelle armée syrienne. Aucune mention n’est faite quant à l’avenir des unités de femmes combattantes des FDS et des combattants étrangers du PKK. Principales concessions, le kurde est reconnu comme langue nationale et pourra être enseigné librement, le Nouvel An kurde, le Newroz, sera quant à lui férié, et la nationalité syrienne enfin accordée à la totalité des citoyens d’origine kurde. Nulle reconnaissance à l’autogouvernement ou à l’autodétermination donc, mais bien plutôt celle de quelques droits dus à une minorité. On le voit, l’accord sanctionne un rapport de force peu favorable aux forces kurdes, même si le contenu final apparait moins dur que celui qui leur avait initialement été soumis, le 18 janvier.

Il s’agit maintenant d’observer les modalités pratiques de son application, car rien n’est jamais écrit à l’avance dans un contexte national et régional singulièrement délétère.

Didier Billion


[1] Les Forces démocratiques syriennes ont été créées en octobre 2015 pour constituer un cadre juridique et politique au soutien militaire états-unien apporté au Parti de l’union démocratique (PYD), franchise syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), pour combattre l’État islamique. Les FDS encadrées par les forces kurdes inclurent aussi des tribus arabes ralliées.

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02.02.2026 à 11:29

Israël dément ses relais d’opinion en France

Déborah Yapi

L’armée israélienne admet enfin que le nombre de morts, qui s’élève à 71 000 personnes, donné par le ministère de la Santé du Hamas, est exact. Nombreux sont ceux qui l’ont longtemps nié, considérant ces chiffres comme relevant de la propagande terroriste, ce qui servait surtout à minimiser les actions du gouvernement israélien et à relayer la propagande israélienne. Malheureusement, les chiffres exacts sont probablement encore plus élevés, compte tenu des disparus et des morts indirectes. Malheureusement, les mensonges trop répétés dans les médias entraînent une perte de confiance et une montée du complotisme. Parallèlement, le passage de Rafah est désormais rouvert, contrôlé par l’Égypte. Mais le passage restera difficile pour de nombreux Palestiniens, qui devront affronter le choix de mourir sur place ou de partir avec le risque de ne jamais revenir. En d’autres termes, c’est le choix entre davantage de morts ou un nettoyage ethnique, avec la passivité totale de la communauté internationale.

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L’armée israélienne admet enfin que le nombre de morts, qui s’élève à 71 000 personnes, donné par le ministère de la Santé du Hamas, est exact.

Nombreux sont ceux qui l’ont longtemps nié, considérant ces chiffres comme relevant de la propagande terroriste, ce qui servait surtout à minimiser les actions du gouvernement israélien et à relayer la propagande israélienne.

Malheureusement, les chiffres exacts sont probablement encore plus élevés, compte tenu des disparus et des morts indirectes. Malheureusement, les mensonges trop répétés dans les médias entraînent une perte de confiance et une montée du complotisme.

Parallèlement, le passage de Rafah est désormais rouvert, contrôlé par l’Égypte. Mais le passage restera difficile pour de nombreux Palestiniens, qui devront affronter le choix de mourir sur place ou de partir avec le risque de ne jamais revenir. En d’autres termes, c’est le choix entre davantage de morts ou un nettoyage ethnique, avec la passivité totale de la communauté internationale.

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30.01.2026 à 16:10

La doctrine Trump dans la Caraïbe : entre recompositions régionales et vulnérabilités insulaires

Coline Laroche              

L’opération menée par Donald Trump au Venezuela au début du mois de janvier a plongé le pays dans une profonde incertitude. Mais au-delà du seul cas vénézuélien, c’est l’ensemble des équilibres géopolitiques latino-américains qui se trouvent bousculés, et plus particulièrement ceux de cet espace charnière qu’est la Caraïbe. Le déclin du programme Petrocaribe, combiné aux risques migratoires et économiques, place les États insulaires devant un nouveau rapport de force, mettant en lumière l’ampleur de leurs dépendances structurelles. Dans ce contexte fragmenté, les enjeux caribéens concernent également la France, tout comme les grandes puissances rivales des États-Unis. Entretien avec Alain Carton, chercheur associé à l’IRIS. Quelles ont été les répercussions dans la Caraïbe des actions menées par Donald Trump à l’encontre du Venezuela, pouvant se résumer à une « doctrine Monroe » ? Quelles réactions celles-ci ont suscité auprès des populations et gouvernements des différents États insulaires réagissent-ils ? Avant même les réactions politiques, le premier impact de l’évènement est économique. Les actions menées par l’administration américaine ont provoqué le ralentissement des échanges commerciaux et des perturbations du trafic aérien et des flux touristiques. Désormais, l’activité portuaire est elle-même menacée dans une zone déjà très fragile de petites économies insulaires ou marquées par la mono-industrie pétrolière et touristique. La présence accrue de navires et d’avions états-uniens dans le sud de la Caraïbe depuis 2025, inquiète les gouvernements insulaires avec des risques de débordement ou de flux migratoires massifs en cas d’instabilité prolongée. La dépendance énergétique de plusieurs États caribéens qui bénéficiaient du programme Petrocaribe, de fourniture de pétrole vénézuélien à prix préférentiel, se modifie radicalement avec l’épuisement du système Chavez et le blocus américain. Petrocaribe a été un instrument majeur de la diplomatie vénézuélienne, permettant à Caracas de s’assurer le soutien de nombreux États caribéens dans les forums internationaux (Organisation des États […]

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Texte intégral (2089 mots)

Quelles ont été les répercussions dans la Caraïbe des actions menées par Donald Trump à l’encontre du Venezuela, pouvant se résumer à une « doctrine Monroe » ? Quelles réactions celles-ci ont suscité auprès des populations et gouvernements des différents États insulaires réagissent-ils ?

Avant même les réactions politiques, le premier impact de l’évènement est économique. Les actions menées par l’administration américaine ont provoqué le ralentissement des échanges commerciaux et des perturbations du trafic aérien et des flux touristiques. Désormais, l’activité portuaire est elle-même menacée dans une zone déjà très fragile de petites économies insulaires ou marquées par la mono-industrie pétrolière et touristique. La présence accrue de navires et d’avions états-uniens dans le sud de la Caraïbe depuis 2025, inquiète les gouvernements insulaires avec des risques de débordement ou de flux migratoires massifs en cas d’instabilité prolongée.

La dépendance énergétique de plusieurs États caribéens qui bénéficiaient du programme Petrocaribe, de fourniture de pétrole vénézuélien à prix préférentiel, se modifie radicalement avec l’épuisement du système Chavez et le blocus américain. Petrocaribe a été un instrument majeur de la diplomatie vénézuélienne, permettant à Caracas de s’assurer le soutien de nombreux États caribéens dans les forums internationaux (Organisation des États américains – OEA, Organisation des Nations unies – ONU, Alliance bolivarienne pour les Amériques – ALBA). Cette influence a longtemps été perçue comme une menace par les États-Unis, qui ont cherché à limiter à tout prix son expansion et à renforcer leur propre présence dans la région.

Ceci pourrait donner place à des rivalités accrues entre grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie, Union européenne – UE), chacune cherchant à renforcer son influence via des investissements énergétiques, des financements et des partenariats stratégiques dans la zone. Cette multipolarité pourrait offrir de nouvelles opportunités, mais actuellement, elle accroît la fragmentation régionale et la compétition pour l’accès aux ressources.

Plus que jamais le paysage politique et économique de la Caraïbe apparaît fragmenté et la politique de Donald Trump, qui divise les États de la zone, est révélatrice d’une situation d’inégalité croissante entre des pays en crise et d’autres qui profitent de la manne pétrolière.  Les organisations régionales (Communauté des Caraïbes – CARICOM, Organisation des États de la Caraïbe orientale – OECS) ne sont pas assez structurées pour s’imposer face aux puissances extérieures ou pour tracer une ligne stratégique. Officiellement, la CARICOM a convoqué son Bureau des chefs de gouvernement le 3 janvier 2026 et a publié une déclaration rappelant l’attachement aux principes de la Charte des Nations unies tout en appelant au dialogue pacifique et en se disant prête à soutenir des efforts diplomatiques pour la stabilité du Venezuela. La CARICOM tente ainsi de préserver une neutralité stratégique difficile à maintenir.

Mais derrière cette façade, la présence militaire accrue des États-Unis depuis 2025, alimente les inquiétudes sur une militarisation durable de la zone. Plusieurs gouvernements caribéens, dépendants des flux touristiques et commerciaux, se retrouvent pris entre la nécessité de coopérer avec Washington et la crainte d’être entraînés dans une confrontation régionale. Les pays les plus dépendants des flux touristiques et commerciaux américains (Bahamas, Jamaïque, Barbade) sont incités à soutenir la position américaine. D’autres, comme la Grenade, ou la Dominique, hésitent à condamner Caracas et cherchent à sécuriser de nouvelles sources d’énergie pour réduire leur vulnérabilité.

Cette crise pourrait encore accentuer les divergences internes et réduire la capacité de la Caraïbe à parler d’une seule voix sur la scène internationale.  La région n’a pas une position unique sur la crise, la plupart des États étant plutôt prudents ou critiques vis‑à‑vis de la politique de Donald Trump, surtout sur l’immigration et le commerce.

Comment sont susceptibles d’évoluer les relations entre Washington et les pays de la Caraïbe ? Ces événements redéfinissent-ils les positionnements politiques et les équilibres régionaux dans l’espace caribéen ?

La politique interventionniste de Donald Trump en direction de la zone Caraïbe-Amérique latine et du Venezuela en particulier, a culminé avec l’enlèvement de Nicolás Maduro mais elle a débuté avec son mandat et traduit deux enjeux prioritaires aux yeux de l’administration américaine : la sécurité énergétique des États-Unis avec la présence des compagnies pétrolières américaines, la lutte contre la criminalité et l’immigration illégale.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’est rendu en Jamaïque, au Guyana et au Suriname en mars 2026 après une première visite dans la région dès sa prise de fonction. Il a conditionné les investissements états-uniens et le soutien au développement économique à l’ouverture des marchés publics et des infrastructures et au ralliement aux fondamentaux « d’America First » en matière d’immigration et de containment du Venezuela.  À ceci s’ajoute la lutte ouverte contre la présence chinoise. Si l’on peut parler de renaissance de la « doctrine Monroe », c’est en effet là qu’elle s’applique avec la volonté de dissuader les projets de la Chine qui montent en puissance dans les ports, les aéroports et les grandes infrastructures commerciales, dans cet espace revendiqué comme un lac américain, la « troisième frontière ». Cette politique s’appuie particulièrement sur le Guyana et dans un moindre mesure le Suriname, devenus des Eldorados pétroliers.Les États-Unis ont signé un mémorandum d’entente sur la coopération en matière de sécurité avec le Guyana, qui devient leur partenaire stratégique pour l’espace caribéen.

Washington est déterminé à réaffirmer son influence dans une région de plus en plus courtisée par ses concurrents internationaux, avec une stratégie visant à répondre aux crises immédiates, à la concurrence économique, et aux préoccupations sécuritaires régionales et un accent particulier sur la lutte contre l’expansion chinoise et la protection du Guyana contre les tentatives d’agression vénézuélienne.

Pour les dirigeants caribéens, cette attention présente à la fois des opportunités et des dilemmes.  Les assurances de sécurité et l’accès au marché offerts par les États-Unis s’accompagnent d’attentes implicites quant à la limitation de la coopération chinoise, ce qui pourrait restreindre fortement leurs options de développement.

La crise vénézuélienne et la contraction des livraisons pétrolières ont rebattu les cartes : plusieurs pays se sont rapprochés des États-Unis, de la Chine ou de l’Union européenne pour diversifier leurs partenariats énergétiques et financiers.

Comment la France, et plus particulièrement ses territoires ultramarins dans la Caraïbe, appréhende-t-elle la posture de Donald Trump et la menace pesant à travers lui sur la région ?  

    Tout d’abord l’insertion régionale des départements français d’Amérique n’est pas réelle. Même si la coopération régionale s’intensifie via INTERREG, seule la Martinique a souhaité devenir membre associé de la CARICOM quoiqu’avec une portée essentiellement symbolique. La Guyane française est intéressée par des coopérations avec le Nord Brésil (Amapá) mais subit essentiellement les prédations de ses voisins (Brésil, Suriname). Les trois départements français sont une terre d’immigration pour les pays de la zone (Dominique, Haïti, Sainte Lucie) qui est vécue davantage comme un défi que comme un facteur d’intégration. La France souhaite susciter, via son ambassade à Saint Lucie, une aire d’influence auprès des Etats anglophones de la Caraïbe orientale réunis au sein de l’OECS  et à laquelle Guadeloupe et Martinique sont associées. Cette influence se manifeste par une coopération en matière de santé, d’éducation et d’environnement. Elle vise à favoriser l’implantation d’entreprises françaises dans la zone et à bénéficier de soutiens politiques lors d’initiatives multilatérales.  Mais cette organisation régionale est surtout technique et son poids politique est moindre que celui de la CARICOM.

    En conséquence, la France se trouve souvent seule, avec ou face aux États-Unis, comme « grande » puissance dans la région sans être une puissance régionale, d’autant que ses territoires couverts par la réglementation européenne, ont des intérêts divergents du sous-groupe Caraïbes des pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique).  En effet, les départements français d’Amérique sont intégrés au marché unique européen et bénéficient du statut de régions ultrapériphérique. Ils sont régis par les normes fiscales, douanières et commerciales de l’UE. Ils ne peuvent par ailleurs n’avoir aucune diplomatie propre même à l’intérieur de leur espace régional.

    Les deux grands thèmes de l’administration américaine dans la zone (l’énergie et la lutte contre la criminalité), ont une résonnance particulière dans les territoires français qui sont confrontés à des enjeux sécuritaires et où l’indépendance énergétique est cruciale (les prix de l’essence y sont administrés par l’État et la distribution y est assurée par un monopole, la société de raffinage de la SARA). La nouvelle donne du marché pétrolier imposé par les États-Unis, aura des conséquences directes sur un modèle français à bout de course et qui cherche la diversification de ses approvisionnements. Plus globalement, la montée du protectionnisme américain et la politique des tarifs, affectent les économies insulaires dépendantes des importations et ont des répercussions importantes sur les territoires français.

    En matière de sécurité, la présence significative des forces armées françaises aux Antilles (FAA) constitue un instrument, de prévention et de gestion de crise dans l’arc antillais ainsi qu’un point d’appui pour les interventions régionales majeures. Les forces sont engagées dans l’assistance aux populations en cas de catastrophe naturelle, et surtout dans la lutte contre le narcotrafic en mer. Celle-ci est assurée jusqu’à maintenant en coopération interadministration et internationale avec l’agence interministérielle de lutte contre le narcotrafic aux USA – la Joint InterAgency Task Force-South dans les missions relevant de l’action de l’État en mer.  

    Là encore, on peut s’attendre à ce que le durcissement de la ligne américaine complique les actions françaises à partir de ses territoires, rendant nécessaire un ajustement opérationnel entre la France et les États-Unis qui ne se dessine pas encore.

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