
08.04.2026 à 18:06
Déborah Yapi
La France et Israël ont longtemps entretenu des liens solides. Cependant, avec le conflit israélo-palestinien, la relation est désormais particulièrement dégradée : des tensions émergent aussi bien autour de la question palestinienne ou du Liban. Le tout alors que Paris apparait plus frileuse qu’auparavant dans sa politique dans la région. Comment expliquer cette situation ? La portée symbolique de la cause palestinienne et ses implications, au sein de la société française et au delà, ont évolués au cours des dernières années, et tendent à dépasser le cadre du conflit. Elles s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la domination, la justice et les rapports entre l’Occident et les pays dudit Sud global. Dans ce contexte, la question de l’occupation d’un peuple par un autre devient un point de tension central. Une tension qui reflète la divergence croissante et quasi irréconciliable des récits et des points de vues entre Israéliens et Palestiniens. Face à cela, la position de la France, ambitieuse auparavant dans sa défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, peut donner le sentiment d’un manque de fermeté et d’une certaine hésitation à formuler des positions claires ou à prendre des décisions fortes. Cette situation renforce l’idée d’un recul de son influence à l’échelle régionale, alors même qu’elle ne parvient visiblement plus à peser sur la situation au Liban à nouveau sous le feu israélien. La relation entre la France et Israël est-elle entrée dans une phase de redéfinition durable ? La France peut-elle encore jouer un rôle important dans la région ? Dans quelle mesure les divergences de récits empêchent-elles toute avancée vers une résolution du conflit ? Autant d’enjeux abordés dans ce podcast avec Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël de 2019 à 2023.
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La France et Israël ont longtemps entretenu des liens solides. Cependant, avec le conflit israélo-palestinien, la relation est désormais particulièrement dégradée : des tensions émergent aussi bien autour de la question palestinienne ou du Liban. Le tout alors que Paris apparait plus frileuse qu’auparavant dans sa politique dans la région. Comment expliquer cette situation ?
La portée symbolique de la cause palestinienne et ses implications, au sein de la société française et au delà, ont évolués au cours des dernières années, et tendent à dépasser le cadre du conflit. Elles s’inscrivent dans une réflexion plus large sur la domination, la justice et les rapports entre l’Occident et les pays dudit Sud global. Dans ce contexte, la question de l’occupation d’un peuple par un autre devient un point de tension central. Une tension qui reflète la divergence croissante et quasi irréconciliable des récits et des points de vues entre Israéliens et Palestiniens.
Face à cela, la position de la France, ambitieuse auparavant dans sa défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, peut donner le sentiment d’un manque de fermeté et d’une certaine hésitation à formuler des positions claires ou à prendre des décisions fortes. Cette situation renforce l’idée d’un recul de son influence à l’échelle régionale, alors même qu’elle ne parvient visiblement plus à peser sur la situation au Liban à nouveau sous le feu israélien.
La relation entre la France et Israël est-elle entrée dans une phase de redéfinition durable ? La France peut-elle encore jouer un rôle important dans la région ? Dans quelle mesure les divergences de récits empêchent-elles toute avancée vers une résolution du conflit ?
Autant d’enjeux abordés dans ce podcast avec Éric Danon, ancien ambassadeur de France en Israël de 2019 à 2023.
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08.04.2026 à 16:48
stagiairedecomm@iris-france.org
Après 38 jours de guerre, l’Iran et les États-Unis annoncent un cessez-le-feu. Une issue qui contraste fortement avec les déclarations initiales de Donald Trump, qui promettait de « ramener l’Iran à l’âge de pierre ». Finalement, Téhéran semble avoir démontré sa capacité de résistance et de nuisance. Mais derrière cette annonce, les tensions persistent. Israël a d’ores et déjà indiqué qu’il ne mettrait pas fin à ses opérations au Sud-Liban. Quant au détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce mondial, il devrait rouvrir… comme avant la guerre. Les 10 points iraniens, incluant la fermeture de bases américaines dans le Golfe et des réparations de guerre, sont désormais sur la table des négociations. Difficile, dans ces conditions, de parler de victoire claire pour Washington. Dès lors, plusieurs questions s’imposent : les États-Unis et Israël ont-ils réellement atteint leurs objectifs ? Qui sort gagnant de cette guerre ? Et surtout, ce cessez-le-feu peut-il réellement tenir dans la durée ? Car au-delà du terrain militaire, les conséquences sont déjà visibles : risque de crise économique mondiale, affaiblissement de la crédibilité américaine, tensions croissantes au sein de l’OTAN… Sans oublier les dynamiques internes à l’Iran. Comme le souligne Ardavan Amir-Aslani à propos de l’Iran, cette guerre pourrait avoir « retardé de plusieurs années la démocratisation du pays ». Mon analyse dans cette vidéo.
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Après 38 jours de guerre, l’Iran et les États-Unis annoncent un cessez-le-feu. Une issue qui contraste fortement avec les déclarations initiales de Donald Trump, qui promettait de « ramener l’Iran à l’âge de pierre ». Finalement, Téhéran semble avoir démontré sa capacité de résistance et de nuisance.
Mais derrière cette annonce, les tensions persistent. Israël a d’ores et déjà indiqué qu’il ne mettrait pas fin à ses opérations au Sud-Liban. Quant au détroit d’Ormuz, point névralgique du commerce mondial, il devrait rouvrir… comme avant la guerre. Les 10 points iraniens, incluant la fermeture de bases américaines dans le Golfe et des réparations de guerre, sont désormais sur la table des négociations. Difficile, dans ces conditions, de parler de victoire claire pour Washington.
Dès lors, plusieurs questions s’imposent : les États-Unis et Israël ont-ils réellement atteint leurs objectifs ? Qui sort gagnant de cette guerre ? Et surtout, ce cessez-le-feu peut-il réellement tenir dans la durée ?
Car au-delà du terrain militaire, les conséquences sont déjà visibles : risque de crise économique mondiale, affaiblissement de la crédibilité américaine, tensions croissantes au sein de l’OTAN… Sans oublier les dynamiques internes à l’Iran. Comme le souligne Ardavan Amir-Aslani à propos de l’Iran, cette guerre pourrait avoir « retardé de plusieurs années la démocratisation du pays ».
Mon analyse dans cette vidéo.
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08.04.2026 à 10:00
admn_iris
Ses capacités défensives rapidement annihilées dès les premiers jours de l’attaque aérienne israélo-américaine, l’Iran a adopté une stratégie contre-offensive à l’encontre de ses agresseurs : attaques sur Israël et les bases militaires américaines au Proche-Orient destinées à affaiblir le potentiel ennemi. Au vu des capacités affichées, c’était une opération à l’efficacité encore marginale, mais qui voulait s’inscrire dans la durée avec un impact médiatique et psychologique important. Il a ensuite rapidement élargi ses frappes à des cibles d’intérêt appartenant aux pays hébergeant des bases américaines ou leur offrant des facilités. Ainsi, des infrastructures nationales diverses ont été visées au Koweït, Qatar, Émirats arabes unis (EAU), Irak, Jordanie et des tirs (de semonce ?) ont été dirigés contre la Turquie, Chypre et Diego Garcia, territoire britannique de l’océan Indien. L’Iran a ainsi choisi, logiquement peut-on dire, une stratégie visant à déstructurer les soutiens régionaux des États-Unis et à leur prouver l’incapacité des Américains à les protéger. Les résultats immédiats ne sont pas probants, l’Arabie saoudite et les EAU ont haussé le ton à l’encontre de l’Iran. Reste toutefois l’incertitude sur la capacité des États-Unis à assurer cette protection dans la durée. Quelques attaques récentes à fort impact médiatique en Arabie saoudite (destruction de stockage carburant sur le port de Yanbu, destruction d’un système de détection et de commandement aéroporté (AWACS) sur la base Prince Sultan, etc.) cherchent à ébranler la confiance. Mais la carte maîtresse de l’Iran est sa capacité à exporter les effets de la guerre qu’il subit sur la totalité du monde via les garrots qu’il peut appliquer sur les flux de l’économie mondiale par sa position et ses tactiques de contrôle absolues des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb (via les Houthis implantés au Yémen). L’étroitesse de la zone navigable de ces détroits (surtout Ormuz), la solide implantation iranienne ou […]
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Ses capacités défensives rapidement annihilées dès les premiers jours de l’attaque aérienne israélo-américaine, l’Iran a adopté une stratégie contre-offensive à l’encontre de ses agresseurs : attaques sur Israël et les bases militaires américaines au Proche-Orient destinées à affaiblir le potentiel ennemi. Au vu des capacités affichées, c’était une opération à l’efficacité encore marginale, mais qui voulait s’inscrire dans la durée avec un impact médiatique et psychologique important.
Il a ensuite rapidement élargi ses frappes à des cibles d’intérêt appartenant aux pays hébergeant des bases américaines ou leur offrant des facilités. Ainsi, des infrastructures nationales diverses ont été visées au Koweït, Qatar, Émirats arabes unis (EAU), Irak, Jordanie et des tirs (de semonce ?) ont été dirigés contre la Turquie, Chypre et Diego Garcia, territoire britannique de l’océan Indien. L’Iran a ainsi choisi, logiquement peut-on dire, une stratégie visant à déstructurer les soutiens régionaux des États-Unis et à leur prouver l’incapacité des Américains à les protéger. Les résultats immédiats ne sont pas probants, l’Arabie saoudite et les EAU ont haussé le ton à l’encontre de l’Iran. Reste toutefois l’incertitude sur la capacité des États-Unis à assurer cette protection dans la durée. Quelques attaques récentes à fort impact médiatique en Arabie saoudite (destruction de stockage carburant sur le port de Yanbu, destruction d’un système de détection et de commandement aéroporté (AWACS) sur la base Prince Sultan, etc.) cherchent à ébranler la confiance.
Mais la carte maîtresse de l’Iran est sa capacité à exporter les effets de la guerre qu’il subit sur la totalité du monde via les garrots qu’il peut appliquer sur les flux de l’économie mondiale par sa position et ses tactiques de contrôle absolues des détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb (via les Houthis implantés au Yémen). L’étroitesse de la zone navigable de ces détroits (surtout Ormuz), la solide implantation iranienne ou houthis sur les rives nord et les moyens de combat utilisés (missiles, courte ou moyenne portée, tirés de bunker, depuis des embarcations rapides ou des sous-marins de poche ; drones marins ou aériens explosifs, etc.) restreignent drastiquement les capacités de défense des navires visés, civils bien sûr, mais tout autant militaire. Face à une telle forme de menace, potentiellement capable de frapper avant d’être détruite, voire même détectée, la tactique de l’escorte évoquée ici où là, n’est d’aucune efficacité.
Le climat d’anxiété généré a d’abord conduit les assureurs à suspendre leurs garanties, arrêtant ainsi le trafic. La contre-mesure de réassurance par les États-Unis n’a donné aucun effet, car en réponse, l’Iran a immédiatement fait savoir qu’il s’opposait à toute navigation de bateau non accrédité par ses soins, ce qui limite le transit à quelques pays (Iran naturellement et navires grecs, indiens, pakistanais, syriens et chinois). Il prélève, en outre, une taxe de passage.
Le contrôle des détroits est l’atout majeur du système de défense iranien qui l’utilise comme levier pour tenter d’opposer la communauté internationale contre la coalition israélo-étasunienne. L’arrêt de milliers de bateaux coupe les approvisionnements mondiaux de pétrole et gaz (20 % de la consommation mondiale), engrais (30 %), hélium (30 %), aluminium (20 %). La conséquence immédiate est l’inévitable augmentation drastique des coûts, suivie sur le long terme par une crise économique, financière, alimentaire. Trump claironne que ces problèmes d’approvisionnement ne concernent pas les États-Unis, mais, aggravant profondément les conséquences de la guerre, ils ont un effet direct sur la crédibilité du POTUS et des États-Unis.
D’abord en interne : les marchés s’emballent au gré des déclarations de Trump, mais montrent bien leur aversion à la poursuite de la guerre (taux des bons du Trésor, bourse, inflation), le prix des carburants s’emballe et avec lui décroit le soutien populaire, déjà faible, à la guerre et l’optimisme des Républicains pour les élections de Midterms. Enfin, il y a une usure de l’outil militaire (surutilisation de la Marine, décroissance des stocks et surcoûts). En externe, les États-Unis ont beau refuser d’endosser toute responsabilité dans le blocage du détroit d’Ormuz, de nombreux pays n’en pensent pas moins, ne seraient-ce que les Européens qui refusent de s’engager dans des opérations de sécurisation rendues nécessaire par une guerre « qui n’est pas la leur », et certains pays du Golfe qui commencent à douter de la fiabilité du bouclier défensif fourni par leur alliance avec les États-Unis.
Il est certain que cette guerre a été mal préparée politiquement, avec de grandes carences stratégiques dans la planification (impasses sur les détroits et sur la volonté iranienne d’exportation du conflit ; confiance absolue dans la tactique de « l’éradication des chefs ») et la conviction de la supériorité militaire et technologique de la coalition, réelle certes, mais inopérante face à un pays structuré, équipé et entraîné à conduire une guerre asymétrique, sur plusieurs cercles concentriques : son territoire national, ses forces extérieures subordonnées (Hamas, Hezbollah libanais, Hezbollah irakien, Houthis) et, enfin, ses réseaux terroristes internationaux dormants.
Il est certain que les États-Unis trouveraient avantage à avoir une porte de sortie pour leur propre intérêt et parce qu’au fond, s’ils n’ont pas atteint les buts de guerre que d’aucuns leur attribuaient, ils ont causé des dégâts importants à l’Iran. Quant aux détroits, ils laissent les « utilisateurs » trouver une solution avec l’Iran. Pour sa part, Trump doit estimer pouvoir encore disposer des sanctions économiques, d’une capacité de renseignement et de réaction pour contrôler l’Iran sur le moyen terme, laissant ainsi un conflit gelé, non pas sur une ligne de cessez-le-feu, mais sur une évaluation globale de situation (nucléaire, programme balistique et couverture aérienne iranienne) ramenée à un niveau de menace acceptable. C’est bien ce que laisse entendre le POTUS (discours du 1er avril 2026) au-delà de la menace d’intensifier les frappes pendant deux semaines. Menace suivie d’un nouvel ultimatum de 48 heures annonçant l’apocalypse sur l’Iran, suivi par l’annonce d’une trêve de deux semaines, une poignée de minutes avant son échéance (7 avril 2026).
Certes, simultanément, des renforts arrivent au Proche-Orient : capacités de renseignement et guerre électronique, de bombardement (B-52), de combat aéroterrestre (Military Expeditionary Unit ; brigade parachutiste), forçant l’Iran à prendre des mesures de protection sur l’ensemble de son territoire.
Trump utilise sans restriction la « stratégie de la confusion », ses déclarations à venir s’inscriront dans le même registre, et cependant personne ne peut les ignorer, autant les ennemis que les alliés ou indifférents. Pourparlers positifs avec l’Iran, si tant est que ceux-ci en acceptent les conditions ? Coup de poing avant désengagement ? Désengagement en claironnant les objectifs atteints ? Les dernières déclarations n’apportent pas les réponses attendues par les analystes géopolitiques, mais elles cherchent surtout à rassurer les marchés qui sont devenus le principal levier des crises. Ils exigent que cette crise se termine. Le conflit gelé, présenté sous des dehors positifs, comme sait le faire Trump, est une issue fort probable, si tant est qu’Israël suive. Mais pourrait-il faire autrement s’il veut le maintien des ressources américaines.
Mais surtout, la relative impuissance des États-Unis face à la résilience iranienne ouvre une dynamique vers un profond remaniement de l’ordre international :
« La guerre est d’une importance vitale pour l’État. C’est le domaine de la vie et de la mort : la conservation ou la perte de l’empire en dépendent ; il est impérieux de le bien régler. » Sun Tzu, L’art de la guerre.
« C’est assez simple et direct. Je vise très haut, et je continue à pousser, pousser et pousser pour obtenir ce que je veux. » Donald Trump, L’art du deal.
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