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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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18.03.2026 à 15:45

L’aide internationale à l’épreuve de la sécuritisation

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L’aide internationale a été pensée, dans son architecture, pour répondre aux populations en détresse face aux crises, aux conflits et aux catastrophes naturelles. Elle s’est progressivement structurée autour de trois dimensions complémentaires : la réponse humanitaire d’urgence, le développement à long terme visant à garantir la stabilité et la cohésion sociale, et les enjeux de paix durable (sustaining peace). Au-delà de sa fonction opérationnelle, l’aide internationale constitue un prisme d’intelligibilité des crises mondiales. Elle permet une mise en perspective des responsabilités collectives et encourage la coopération transnationale, tant entre acteurs étatiques (politiques étrangères bilatérales, mécanismes multilatéraux, cadre de coordination humanitaire onusien (Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Fonds central d’intervention d’urgence (CERF)) qu’entre acteurs non étatiques (à travers le soutien à la société civile, les partenariats avec le secteur privé, mobilisation de réseaux académiques et d’expertise). À mesure que les tensions internationales s’intensifient, l’aide au développement et l’action humanitaire sont progressivement détournées de leur vocation première et réinscrites dans des logiques sécuritaires et géostratégiques. Ce processus de « sécuritisation » dont le 11 septembre 2001 a marqué le tournant décisif, redéfinit en profondeur les conditions dans lesquelles l’aide est pensée, financée et déployée. Les États donateurs, au premier rang desquels les États-Unis et les pays européens, ont progressivement aligné leurs politiques d’aide sur leurs priorités en matière de lutte contre le terrorisme, de gestion des flux migratoires et de stabilisation des « États fragiles »…

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L’aide internationale a été pensée, dans son architecture, pour répondre aux populations en détresse face aux crises, aux conflits et aux catastrophes naturelles. Elle s’est progressivement structurée autour de trois dimensions complémentaires : la réponse humanitaire d’urgence, le développement à long terme visant à garantir la stabilité et la cohésion sociale, et les enjeux de paix durable (sustaining peace). Au-delà de sa fonction opérationnelle, l’aide internationale constitue un prisme d’intelligibilité des crises mondiales. Elle permet une mise en perspective des responsabilités collectives et encourage la coopération transnationale, tant entre acteurs étatiques (politiques étrangères bilatérales, mécanismes multilatéraux, cadre de coordination humanitaire onusien (Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), Fonds central d’intervention d’urgence (CERF)) qu’entre acteurs non étatiques (à travers le soutien à la société civile, les partenariats avec le secteur privé, mobilisation de réseaux académiques et d’expertise).

À mesure que les tensions internationales s’intensifient, l’aide au développement et l’action humanitaire sont progressivement détournées de leur vocation première et réinscrites dans des logiques sécuritaires et géostratégiques. Ce processus de « sécuritisation » dont le 11 septembre 2001 a marqué le tournant décisif, redéfinit en profondeur les conditions dans lesquelles l’aide est pensée, financée et déployée. Les États donateurs, au premier rang desquels les États-Unis et les pays européens, ont progressivement aligné leurs politiques d’aide sur leurs priorités en matière de lutte contre le terrorisme, de gestion des flux migratoires et de stabilisation des « États fragiles »…

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18.03.2026 à 15:04

La « République populaire de Narva » : l’Estonie dans le viseur de la Russie ?

Coline Laroche              

Depuis mars 2026, l’idée d’une hypothétique « République Populaire de Narva » à la frontière estonienne circule sur les réseaux russophones. Mèmes, drapeaux fictifs, blasons… tous les ingrédients sont là. Si ces provocations numériques ravivent les tensions entre la Russie et l’Estonie, cette mise en scène informationnelle pose une question : Narva pourrait-elle devenir un laboratoire de la guerre hybride menée par Moscou dans les États baltes ? Narva, une frontière géopolitique sous tension Depuis le début du mois de mars 2026, un narratif inhabituel circule dans l’espace numérique russophone. Sur Telegram, VK ou TikTok, plusieurs comptes évoquent l’apparition d’une prétendue « République Populaire de Narva », à l’instar des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk à l’est de l’Ukraine. Drapeaux imaginaires, cartes stylisées, insignes pseudo-militaires et mèmes politiques composent l’iconographie d’un État fictif dont les contours rappellent immédiatement les entités séparatistes apparues dans l’espace post-soviétique depuis la fin de la guerre froide. À première vue, l’affaire pourrait prêter à sourire : quelques centaines d’abonnés, des visuels parfois ironiques et une esthétique volontairement provocatrice. Pourtant, ici, les fictions géopolitiques sont prises au sérieux à l’heure de la guerre d’Ukraine. Narva n’est pas une ville comme les autres. Située à l’extrême est de l’Estonie, elle marque la frontière orientale de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Son fleuve éponyme sépare la ville de la cité russe d’Ivangorod. Vestiges d’un passé impérial devenu aujourd’hui une ligne de fracture stratégique, deux forteresses médiévales se font face de part et d’autre de la rivière. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, ce paysage frontalier s’est chargé d’une signification nouvelle. Narva est devenue l’un des points d’observation privilégiés des tensions entre la Russie et l’Occident. La ville compte environ 55 000 habitants et possède une particularité démographique majeure : sa population […]

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Texte intégral (1531 mots)

Depuis le début du mois de mars 2026, un narratif inhabituel circule dans l’espace numérique russophone. Sur Telegram, VK ou TikTok, plusieurs comptes évoquent l’apparition d’une prétendue « République Populaire de Narva », à l’instar des Républiques populaires de Donetsk et Lougansk à l’est de l’Ukraine. Drapeaux imaginaires, cartes stylisées, insignes pseudo-militaires et mèmes politiques composent l’iconographie d’un État fictif dont les contours rappellent immédiatement les entités séparatistes apparues dans l’espace post-soviétique depuis la fin de la guerre froide. À première vue, l’affaire pourrait prêter à sourire : quelques centaines d’abonnés, des visuels parfois ironiques et une esthétique volontairement provocatrice. Pourtant, ici, les fictions géopolitiques sont prises au sérieux à l’heure de la guerre d’Ukraine.

Narva n’est pas une ville comme les autres. Située à l’extrême est de l’Estonie, elle marque la frontière orientale de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Son fleuve éponyme sépare la ville de la cité russe d’Ivangorod. Vestiges d’un passé impérial devenu aujourd’hui une ligne de fracture stratégique, deux forteresses médiévales se font face de part et d’autre de la rivière. Depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, ce paysage frontalier s’est chargé d’une signification nouvelle. Narva est devenue l’un des points d’observation privilégiés des tensions entre la Russie et l’Occident. La ville compte environ 55 000 habitants et possède une particularité démographique majeure : sa population est massivement russophone. Selon les données du recensement estonien de 2021, à peine 2 % des habitants déclarent l’estonien comme langue maternelle. Héritage direct de l’époque soviétique, Narva constituait en effet un centre industriel attirant une main-d’œuvre venue de différentes républiques de l’URSS. Depuis l’indépendance de l’Estonie en 1991, la question de l’intégration politique et linguistique de cette population russophone demeure un sujet sensible. Moscou n’a jamais hésité à mobiliser la rhétorique de la protection de ses « compatriotes de l’étranger » couplée à celle de son « étranger proche » pour dénoncer ce qu’elle présente comme une marginalisation des russophones dans les États baltes et justifier son influence sur l’espace post-soviétique, une argumentation déjà utilisée en Géorgie ou en Ukraine. Dans ce contexte, Narva apparaît régulièrement dans les scénarios stratégiques occidentaux comme un point de vulnérabilité potentiel dans la confrontation entre la Russie et l’OTAN.

C’est dans ce paysage qu’est apparu le narratif de la « République Populaire de Narva ». Les contenus diffusés depuis mars 2026 reprennent de manière presque méthodique l’imagerie des entités séparatistes du Donbass apparues en 2014. On y retrouve un drapeau vert, noir et blanc – parfois inversé selon les versions –, un blason et des insignes militaires imaginaires. Certaines cartes présentent la ville de Narva ou la région d’Ida-Viru comme un territoire distinct du reste de l’Estonie, tandis que d’autres visuels insinuent l’abandon de la ville par ses alliés occidentaux. L’un des messages diffusés affirme par exemple que « NATO will not come ». L’objectif ? Semer le doute sur le fait que l’Alliance atlantique viendrait défendre la région en cas de crise.

La diffusion de ces contenus s’effectue principalement sur Telegram avant d’être relayée sur VK et TikTok. Certains comptes encouragent la distribution de tracts ou proposent un contact anonyme via des bots Telegram. Un canal intitulé « Нарвская Народная Республика » revendique même explicitement la dimension provocatrice de l’initiative, affirmant vouloir « épater » et attirer l’attention médiatique. L’analogie avec les « républiques populaires » du Donbass est assumée comme un ressort narratif central. Pour les autorités estoniennes, le phénomène reste néanmoins limité. Le Estonian Internal Security Service (KAPO) considère qu’il s’agit avant tout d’une opération informationnelle simple et peu coûteuse destinée à provoquer et à tester les réactions de la société estonienne. Les premières observations semblent confirmer cette lecture : l’audience des comptes impliqués reste relativement faible, les contenus reposent largement sur des codes mémétiques et humoristiques et aucun signe d’organisation locale structurée n’a été identifié. A ce stade, le phénomène relève davantage d’un test de résonance informationnelle que de l’émergence d’un véritable mouvement séparatiste. En d’autres termes, il s’agit moins de créer une nouvelle entité politique que d’observer la capacité d’un narratif à circuler, à polariser et à provoquer.

Même marginal, ce type de narratif peut toutefois remplir plusieurs fonctions stratégiques. Il peut servir de sonde politique, permettant de mesurer la réaction des autorités, des médias et de l’opinion publique face à un scénario fictif de sécession. Il peut également contribuer à polariser le débat interne autour des politiques linguistiques et de la place de la minorité russophone. Enfin, il peut alimenter un récit plus large sur la prétendue discrimination des russophones dans les États baltes, un thème régulièrement mobilisé par Moscou dans sa communication stratégique. Dans les scénarios prospectifs de guerre hybride, Narva apparaît d’ailleurs comme un cas d’école. Une ville russophone située à la frontière russe et au cœur d’un État membre de l’OTAN constitue un terrain idéal pour tester des stratégies de déstabilisation ambiguë. Un incident local, qu’il s’agisse de manifestations, d’actes de sabotage ou de la présence de forces non identifiées, pourrait créer une situation dans laquelle la confusion informationnelle précéderait l’escalade politique.

Pour déterminer si ce narratif reste un simple phénomène numérique ou s’inscrit dans une dynamique plus large, plusieurs signaux méritent d’être surveillés avec attention : le passage de la grammaire visuelle numérique à des consignes opérationnelles concrètes, l’amplification du narratif par des relais pro-Kremlin à forte audience, l’apparition de structures locales identifiables ou encore une synchronisation avec les discours officiels russes sur la protection des russophones. Pour l’instant, aucun de ces indicateurs n’est véritablement observable. Dès lors, l’hypothèse la plus probable reste celle d’une provocation informationnelle opportuniste et bon marché, tandis que l’idée d’une campagne d’influence plus coordonnée demeure plausible mais moins probable et que l’hypothèse d’un pré-signal d’action physique reste marginale. Autrement dit, la « République populaire de Narva » semble relever pour l’instant davantage de la guerre cognitive que d’une préparation insurrectionnelle.

Mais dans les stratégies contemporaines de confrontation hybride, la bataille se joue souvent bien avant toute confrontation militaire. Elle se joue dans l’espace informationnel. Au-delà de Narva elle-même, l’enjeu est donc systémique. Une crise fabriquée et volontairement ambiguë pourrait viser non pas à conquérir un territoire mais à tester la cohésion et la crédibilité de l’Alliance atlantique, ralentir la prise de décision collective, compliquer l’attribution des responsabilités et semer le doute dans l’opinion publique. Dans cette perspective, la « République populaire de Narva » ressemble pour l’instant à une provocation numérique limitée. Mais dans l’espace post-soviétique, les provocations ne sont jamais totalement innocentes. La question n’est peut-être pas de savoir si Narva deviendra une nouvelle « république populaire ». La véritable interrogation est plus large : jusqu’où la Russie est-elle prête à tester les lignes rouges de l’OTAN dans les États baltes ?

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17.03.2026 à 18:20

Le Liban de nouveau dans la tourmente de la guerre Israël-Hezbollah

stagiaire-comm@iris-france.org

Le Moyen-Orient est une fois de plus plongé dans la violence. Depuis le 28 février dernier, Israël et les États-Unis ont lancé une attaque contre l’Iran, qui a débuté par l’élimination d’un grand nombre de leaders dont le Guide suprême Ali Khamenei. Si l’élimination de Khamenei, chef suprême du pays depuis des décennies, a porté un coup dur au régime, ce dernier semble continuer de résister, en particulier sous l’impulsion des gardiens de la révolution (pasdarans), la garde prétorienne du régime. L’Iran jette ainsi ses forces dans la bataille, mettant en œuvre les recettes de la guerre asymétrique, dont le principe est simple : contre un adversaire plus puissant militairement (les États-Unis et Israël), le but n’est pas de vaincre, mais de survivre, et d’augmenter autant que possible le coût de la confrontation pour l’adversaire pour le forcer à abandonner le combat, ou du moins cesser le feu. L’Iran maintient ainsi une posture défiante, tout en continuant de bombarder l’ensemble de la région, en visant aussi bien les forces états-uniennes qu’Israël et l’ensemble des États du golfe. Téhéran menace également de fermer le détroit d’Ormuz par où transitent un cinquième des exportations de pétrole mondiales. L’objectif est clair : menacer de provoquer une crise énergétique internationale, et de paralyser l’économie régionale. L’Iran maintient également le flou sur le sort réel de ses stocks de combustible nucléaire enrichi. D’un autre côté, si le régime iranien tente de faire le dos rond face à une machine de guerre plus puissante et qui détruit méthodiquement centres de commandement, usines d’armement et rampes de missiles, sa stratégie comporte cependant une faiblesse : elle convient mieux à des mouvements de guérilla et de résistance décentralisés et qui se fondent dans la population, du type des Viêt-Cong ou du Hezbollah, qu’à un État centralisé. Combien de temps le régime […]

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Texte intégral (1564 mots)

Le Moyen-Orient est une fois de plus plongé dans la violence. Depuis le 28 février dernier, Israël et les États-Unis ont lancé une attaque contre l’Iran, qui a débuté par l’élimination d’un grand nombre de leaders dont le Guide suprême Ali Khamenei. Si l’élimination de Khamenei, chef suprême du pays depuis des décennies, a porté un coup dur au régime, ce dernier semble continuer de résister, en particulier sous l’impulsion des gardiens de la révolution (pasdarans), la garde prétorienne du régime. L’Iran jette ainsi ses forces dans la bataille, mettant en œuvre les recettes de la guerre asymétrique, dont le principe est simple : contre un adversaire plus puissant militairement (les États-Unis et Israël), le but n’est pas de vaincre, mais de survivre, et d’augmenter autant que possible le coût de la confrontation pour l’adversaire pour le forcer à abandonner le combat, ou du moins cesser le feu. L’Iran maintient ainsi une posture défiante, tout en continuant de bombarder l’ensemble de la région, en visant aussi bien les forces états-uniennes qu’Israël et l’ensemble des États du golfe. Téhéran menace également de fermer le détroit d’Ormuz par où transitent un cinquième des exportations de pétrole mondiales. L’objectif est clair : menacer de provoquer une crise énergétique internationale, et de paralyser l’économie régionale. L’Iran maintient également le flou sur le sort réel de ses stocks de combustible nucléaire enrichi.

D’un autre côté, si le régime iranien tente de faire le dos rond face à une machine de guerre plus puissante et qui détruit méthodiquement centres de commandement, usines d’armement et rampes de missiles, sa stratégie comporte cependant une faiblesse : elle convient mieux à des mouvements de guérilla et de résistance décentralisés et qui se fondent dans la population, du type des Viêt-Cong ou du Hezbollah, qu’à un État centralisé. Combien de temps le régime pourra-t-il tenir ainsi ? Les pasdarans ont-ils envisagé des scénarios alternatifs ? La question reste posée.

En parallèle, le Hezbollah libanais, l’un des principaux alliés régionaux de l’Iran, s’est lancé à son tour dans la bataille le 2 mars en lançant des missiles sur Israël, lequel a répondu durement sur l’ensemble du territoire libanais. Le Hezbollah s’appuie lui aussi sur la guerre asymétrique : « tant qu’il nous restera un fusil pour nous battre, nous nous considérerons victorieux » avait déclaré en son temps le leader du Hezbollah Hassan Nasrallah, tué par Israël en septembre 2024. Si l’État hébreu a éliminé un grand nombre de leaders et de responsables du Hezbollah, la formation semble avoir été reprise depuis en mains directement par les gardiens de la révolution iraniens, qui ont délégué sur place au Liban des responsables pour tenir les rênes du mouvement libanais, en particulier son aile militaire.

Les capacités réelles du Hezbollah sont toutefois l’objet d’incertitudes. Si nombre d’observateurs affirmaient, avant septembre 2024, que ce dernier disposait de dizaines de milliers de combattants et de missiles, il a cependant enregistré de lourdes pertes, plusieurs milliers de ses membres ayant été tués, auxquels s’ajoutent environ cinq mille membres mis hors de combat lors de « l’attaque des bipeurs » par Israël en septembre 2024. L’aviation israélienne a en outre continué de pilonner le Hezbollah entre novembre 2024 et mars 2026, lors de la période d’accalmie relative sur le front libanais, éliminant plusieurs centaines de membres et de responsables dont le chef militaire de la formation Haytham Tabatabai (de père iranien). Si le Hezbollah semble avoir perdu, selon certaines analyses, jusqu’à 70 % de ses capacités initiales, il reste toutefois toujours capable de tirer des missiles sur Israël, tout en tentant d’opposer sur le terrain libanais un maximum de résistance aux forces israéliennes. En outre, à travers leur base libanaise, les gardiens de la révolution iraniens pourraient éventuellement menacer l’Europe elle-même : si Chypre (membre de l’Union européenne), distante d’environ 200 kilomètres, est à portée de tir des missiles et des drones, les missiles balistiques iraniens de plus longue portée (jusqu’à 2500 km), pourraient, eux, toucher la Grèce, l’Italie voire la lisière des côtes françaises ainsi que la Corse. La question est donc de savoir si les pasdarans ont implanté ce type de missiles au Liban (notamment dans les contreforts montagneux au nord du pays), et quelle serait la réaction de l’Europe face à une telle éventualité.

Si l’issue du conflit avec l’Iran est donc encore incertaine, et dépend aussi bien des intentions états-uniennes et israéliennes que de l’évolution interne en Iran même, plusieurs scénarios sont ainsi envisageables pour le Liban. En premier lieu, le gouvernement libanais a tenté, lui, de mettre en place une solution « diplomatique », en prenant pour cela deux décisions importantes (même si sans doute tardives), à savoir, d’une part, interdire officiellement les activités militaires du Hezbollah, et, d’autre part, demander l’ouverture de négociations officielles avec Israël. Quelle que soit leur portée immédiate, ces deux initiatives montrent ainsi que le Liban officiel a fait, lui, son choix, qui le place, sur le plan politique et diplomatique, hors du camp pro-iranien. Il est toutefois à craindre que l’armée libanaise, conçue depuis la fin de la guerre de 1975-1990 pour être avant tout une force de maintien de la paix interne, n’ait pas aujourd’hui les capacités de désarmer elle-même le Hezbollah, dont les combattants sont fortement aguerris par des années de luttes, notamment en Syrie – l’armée hésitant en outre à s’opposer au Hezbollah pour ne pas risquer un conflit inter-libanais.

Si la posture de l’État libanais peut donc servir des objectifs diplomatiques de long terme, à savoir tenter de « sauver les meubles », et de ménager au pays une place à la table des négociations régionales futures, il est donc à craindre qu’Israël privilégie, lui, à court terme la solution militaire, pour venir lui-même à bout de la milice pro-iranienne. Mais jusqu’où irait l’armée de l’État hébreu ? Après avoir forcé la quasi-totalité des habitants du Liban-Sud et de la banlieue sud de Beyrouth, soit près d’un million de personnes en majorité chiites, à fuir sous les bombardements pour venir s’entasser dans d’autres régions, va-t-elle décider d’envahir le Liban pour pourchasser le Hezbollah et le forcer à évacuer le pays, comme elle l’avait fait avec les forces de Yasser Arafat en 1982 ? Sachant que les combattants du Hezbollah sont, avant tout, libanais et non pas palestiniens.

Un autre scénario pourrait donc se profiler, lequel, s’il se matérialise, aurait de lourdes conséquences pour le Liban. Il consisterait pour Israël à occuper une vaste zone du Liban-Sud, qui serait largement détruite, de manière similaire à Gaza, tout en repoussant définitivement les populations à majorité chiite de cette région vers Beyrouth et le nord. Israël créerait ainsi un glacis au sud, tout en continuant de pilonner le Hezbollah dans le reste du pays. L’État hébreu, ayant fortement réduit les capacités du Hezbollah, continuerait également (comme il le fait déjà) de menacer le gouvernement libanais de représailles, notamment sur l’infrastructure civile, si l’armée libanaise ne se décide pas à désarmer le Hezbollah. Tout en frappant durement la communauté chiite pour tenter de retourner cette dernière contre la milice pro-iranienne (en particulier le président du parlement Nabih Berri). Le Liban, qui n’est pas encore remis de son effondrement économique depuis fin 2019, et qui ploie sous les destructions, se retrouverait pris au piège, dans une posture similaire à celle du président palestinien Mahmoud Abbas, contraint de pourchasser en Cisjordanie les factions qui s’opposent à Israël, dont le Hamas, sans en avoir réellement les moyens. Ce scénario « Gaza au sud, Cisjordanie ailleurs », couplé à un émiettement sécuritaire, poserait, pour le Liban, un dilemme lourd de conséquences, d’autant que la carte démographique et confessionnelle du pays, relativement stable depuis 1990, se retrouverait de nouveau brouillée, avec un million de réfugiés s’entassant dans des régions à coloration confessionnelle et politique différente, souvent anti-Hezbollah, et cela dans le dénuement le plus total. Dans ce contexte, l’on se demande ainsi si le Liban, très fragilisé, pourra affronter seul l’ensemble des difficultés sociales, économiques, politiques et sécuritaires qui l’attendent, et s’il aura urgemment besoin que la communauté internationale, et notamment l’Europe, vienne lui apporter un soutien multiforme dont les contours demeurent à définir.

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