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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
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13.02.2026 à 15:00

Quelle place pour l’Europe sur le grand échiquier du monde ?

Déborah Yapi

Sur le « grand échiquier » que représente l’Europe ou plutôt son Union ? Qu’a-t-elle accompli ces vingt dernières années ? À quoi aspire-t-elle ?  Tout d’abord, prenons acte que l’état du monde a changé radicalement depuis le début de ce millénaire et qu’il n’y aura vraisemblablement pas de retour en arrière, en particulier pour ce qui est de la relation transatlantique. Certes, nombreux sont les leaders européens qui espèrent encore que la présidence de Donald Trump ne soit qu’un mauvais moment à passer. Ils sont dans le déni de la fin d’une relation si longue et si profitable pour tous. Pourtant force est d’admettre que le « pivot vers l’Asie », l’isolationnisme ou la mise à l’écart du droit international ne datent pas de 2025. Gardons les yeux grands ouverts ! Deuxième constat : l’Union est dans l’incapacité de tirer profit de ses atouts tels la taille de sa population ou la force de son économie. Cela parce qu’elle n’a pas su ou pas voulu parachever sa construction dans le domaine économique et encore moins s’intégrer dans le domaine de la politique étrangère et de la défense. Il n’y a en effet aucune raison que 360 millions d’Américains protègent 500 millions d’Européens contre 130 millions de Russes. De même il n’y a aucune raison que les entreprises européennes les plus innovantes soient contraintes de se financer sur les marchés financiers d’Outre atlantique alors même que les Européens financent la plus grande part de leur déficit abyssal. Troisième constat, parce qu’elle est faible, l’Union est attaquée. Elle est devenue une proie géopolitique, tenue à l’écart de la marche du monde : l’Ukraine, Gaza, le Venezuela, l’Iran. Vladimir Poutine lui a déclaré une guerre hybride depuis 2007 et Donald Trump se comporte en parrain mafieux exigeant paiement contre protection. Ils ont en commun la détestation de l’Union en tant […]

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Texte intégral (1554 mots)

Tout d’abord, prenons acte que l’état du monde a changé radicalement depuis le début de ce millénaire et qu’il n’y aura vraisemblablement pas de retour en arrière, en particulier pour ce qui est de la relation transatlantique. Certes, nombreux sont les leaders européens qui espèrent encore que la présidence de Donald Trump ne soit qu’un mauvais moment à passer. Ils sont dans le déni de la fin d’une relation si longue et si profitable pour tous. Pourtant force est d’admettre que le « pivot vers l’Asie », l’isolationnisme ou la mise à l’écart du droit international ne datent pas de 2025. Gardons les yeux grands ouverts !

Deuxième constat : l’Union est dans l’incapacité de tirer profit de ses atouts tels la taille de sa population ou la force de son économie. Cela parce qu’elle n’a pas su ou pas voulu parachever sa construction dans le domaine économique et encore moins s’intégrer dans le domaine de la politique étrangère et de la défense. Il n’y a en effet aucune raison que 360 millions d’Américains protègent 500 millions d’Européens contre 130 millions de Russes. De même il n’y a aucune raison que les entreprises européennes les plus innovantes soient contraintes de se financer sur les marchés financiers d’Outre atlantique alors même que les Européens financent la plus grande part de leur déficit abyssal.

Troisième constat, parce qu’elle est faible, l’Union est attaquée. Elle est devenue une proie géopolitique, tenue à l’écart de la marche du monde : l’Ukraine, Gaza, le Venezuela, l’Iran. Vladimir Poutine lui a déclaré une guerre hybride depuis 2007 et Donald Trump se comporte en parrain mafieux exigeant paiement contre protection. Ils ont en commun la détestation de l’Union en tant qu’entité politique et soutiennent activement tous les partis politiques européens qui cherchent sa désintégration. Xi Jinping est plus habile mais pas moins redoutable.

On peut donc répondre à la première question : qu’est-ce que l’Union sur le grand échiquier ? Pour l’instant, elle n’est qu’un pion que les grandes puissances déplacent à leur guise. Elle reste, selon la formule consacrée, un géant économique, un nain politique et un vermisseau militaire.

Commençons par l’économie et le commerce. Face aux sanctions extraterritoriales qui ont touché les grandes entreprises européennes, depuis 2014 et encore tout récemment, l’Union n’a rien fait. Face à l’espionnage américain des grandes entreprises voire des chefs d’État et de gouvernement, elle n’a pas réagi. Face à la trahison anglo-américaine dans l’affaire des sous-marins australiens (AUKUS), rien non plus. Personne n’aurait donc dû être surpris qu’elle ne fasse pas grand-chose lorsque Donald Trump l’a menacé d’une augmentation drastique des droits de douane. Et que fera-t-elle si elle doit entrer en guerre ouverte avec les géants de la tech américaine pour faire respecter les lois qu’elle a elle-même votées ?

S’agissant de la défense et de la sécurité, le tableau est plus contrasté. Depuis 2014, et l’invasion de la Crimée par la Russie, les instances européennes ont été les premières à réagir afin d’inciter les États membres à coopérer davantage. Ce sont les nombreuses initiatives prises par Jean-Claude Juncker et poursuivies par Ursula von der Leyen afin d’inciter les États membres à consolider la demande par des achats conjoints d’armement.

Mais, si l’Union européenne s’est reconnue, sur le tard, une modeste compétence en matière d’industrie de défense, elle ne dispose d’aucune compétence en matière de forces armées. Il a du reste fallu l’électrochoc de l’invasion de l’Ukraine en février 2022 et plus encore des palinodies de Donald Trump dans la guerre en Ukraine pour que les États membres prennent la mesure des dangers qui les guettent.

Du côté des points positifs, les dirigeants européens semblent avoir compris que la guerre en Ukraine est aussi la leur et que la meilleure façon de contrer les tentations hégémoniques russes est d’aider l’Ukraine. Ils semblent également avoir compris qu’il est critique de s’émanciper des États-Unis (et des autres États) non seulement dans la défense, mais dans tous les secteurs critiques qui forgent nos dépendances, afin de gagner une « souveraineté européenne » : armement, monnaie et marchés financiers, l’espace et son accès, communications, technologies numériques, systèmes de paiement, l’énergie et les matières premières…

Du côté des points négatifs, les Européens ont accepté d’augmenter leurs dépenses de défense. Mais cette augmentation, dans le seul but de complaire à Donald Trump, ne signifie pas nécessairement une plus grande efficacité militaire. En effet, l’augmentation des dépenses, dispersée sur chacun des États européens, ne produira que des effets militaires limités. Sans garantie nucléaire, qu’elle soit américaine ou française, sans les catalyseurs stratégiques tels que les satellites, la fusion du renseignement, les centres de commandement et de contrôle, ou les stocks de munitions adéquats, que valent vraiment les armées européennes face à une armée russe capable de perdre un million d’hommes pour achever ses objectifs ?

À la suite des guerres de Yougoslavie où ils avaient été incapables de stopper un génocide à « deux heures d’avion de Paris » sans l’aide des Américains, les gouvernements britanniques et français avaient apporté une réponse convaincante à cette question le 4 décembre 1998, à Saint-Malo. Cette réponse est : « l’Union européenne doit être en mesure de jouer tout son rôle sur la scène internationale ». Admirons au passage la concision du propos. Quel doit être ce rôle ? On ne peut le définir à l’avance mais il consiste au minimum à défendre ses intérêts propres.

Comment y arriver ? Là encore la déclaration de Saint-Malo est d’un grand secours : « dans cet objectif (jouer tout son rôle sur la scène internationale) l’Union européenne doit avoir une capacité autonome d’action, reposant sur des forces militaires crédibles, les moyens de décider de leur emploi et la volonté de le faire, afin de répondre aux crises internationales ». L’équation de la défense européenne, et plus largement de sa politique étrangère, peut ainsi être résumée sous la forme d’une multiplication : défense et politique étrangère européennes = volonté politique x aptitude à décider x capacité d’action. Si l’un de ces éléments est nul, l’ensemble le devient à son tour.

On peut du reste voir dans l’un des derniers documents du commissaire européen à la défense, Andrius Kubilius la reprise de ce triptyque : « notre état de préparation en matière de défense repose sur trois piliers fondamentaux. Si l’un de ces trois piliers venait à s’effondrer, c’est tout notre état de préparation en matière de défense qui s’effondrerait. Et le développement de chaque pilier soulève ses propres questions : le pilier de la préparation matérielle de la défense (la capacité autonome d’action) ; le pilier de la préparation institutionnelle de la défense (l’aptitude à décider) ; le pilier de la préparation politique à la défense (la volonté politique) ».

En conclusion, et pour parodier la célèbre formule de l’abbé Sieyès (qu’est-ce que le Tiers État ?) : qu’est-ce que l’Union européenne pour nous : tout. Que représente-t-elle sur la scène internationale ? Rien. À quoi aspire-t-elle ? À devenir « quelque chose ». Pour cela, les États membres doivent avant tout résoudre la question de leur intégration politique. Et pour y arriver, ils doivent le vouloir vraiment que ce soit dans le cadre des traités européens si possible, en dehors plus probablement.  Au fond, c’est toujours la même histoire : United we stand, Divided we fall.

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13.02.2026 à 10:29

Viêtnam : un émergent incontournable ? | Expliquez-moi…

Déborah Yapi

Le Vietnam dispose d’un territoire exigu et escarpé stratégiquement situé en Asie du Sud-Est, au carrefour de différentes influences. En découle une histoire dense, marquée par la domination chinoise, puis française, avant que le pays ne devienne l’un des points chauds de la guerre froide et de l’affrontements entre forces communistes et occidentales. Depuis, le régime vietnamien s’est engagé dans une politique de renouveau qui a permis l’ouverture de l’économie vietnamienne au monde et un développement rapide du niveau de vie, parallèlement à une importante croissance démographique. Le parti-État est désormais confronté à de multiples défis. Le vieillissement de la population le pousse à repenser son modèle de développement. Il s’agit de transformer son économie pour poursuivre sa montée en puissance économique et commerciale. Parallèlement, le Viêtnam doit faire face aux risques climatiques qui pèsent sur son agriculture, un secteur économique central. L’émergence du pays se traduit également d’un point de vue stratégique et diplomatique. Membre actif de l’ASEAN, le Viêtnam est également au cœur des rivalités sino-américaines en Asie Pacifique. Hanoï doit naviguer entre son imposant voisin, aux revendications territoriales contradictoires aux siennes en mer de Chine, son principal fournisseur et Washington, principale destination de ses exportations, qui cherche à se rapprocher d’Hanoï dans sa rivalité avec Pékin. Face à cela, le Viêtnam développe la «diplomatie du bambou» et cherche à diversifier ses partenaires à l’échelle régionale et internationale pour réduire sa dépendance à l’égard des deux superpuissances. Comment l’histoire du Viêtnam a-t-elle façonné sa géopolitique contemporaine ? À quels défis Hanoï fait-elle face pour préserver sa croissance économique ? Quel est son rôle sur les scènes régionale et internationale ? Retour dans cette vidéo en cartes, photos et infographies sur le Viêtnam, émergent incontournable.

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Le Vietnam dispose d’un territoire exigu et escarpé stratégiquement situé en Asie du Sud-Est, au carrefour de différentes influences. En découle une histoire dense, marquée par la domination chinoise, puis française, avant que le pays ne devienne l’un des points chauds de la guerre froide et de l’affrontements entre forces communistes et occidentales.

Depuis, le régime vietnamien s’est engagé dans une politique de renouveau qui a permis l’ouverture de l’économie vietnamienne au monde et un développement rapide du niveau de vie, parallèlement à une importante croissance démographique. Le parti-État est désormais confronté à de multiples défis. Le vieillissement de la population le pousse à repenser son modèle de développement. Il s’agit de transformer son économie pour poursuivre sa montée en puissance économique et commerciale. Parallèlement, le Viêtnam doit faire face aux risques climatiques qui pèsent sur son agriculture, un secteur économique central.

L’émergence du pays se traduit également d’un point de vue stratégique et diplomatique. Membre actif de l’ASEAN, le Viêtnam est également au cœur des rivalités sino-américaines en Asie Pacifique. Hanoï doit naviguer entre son imposant voisin, aux revendications territoriales contradictoires aux siennes en mer de Chine, son principal fournisseur et Washington, principale destination de ses exportations, qui cherche à se rapprocher d’Hanoï dans sa rivalité avec Pékin. Face à cela, le Viêtnam développe la «diplomatie du bambou» et cherche à diversifier ses partenaires à l’échelle régionale et internationale pour réduire sa dépendance à l’égard des deux superpuissances.

Comment l’histoire du Viêtnam a-t-elle façonné sa géopolitique contemporaine ? À quels défis Hanoï fait-elle face pour préserver sa croissance économique ? Quel est son rôle sur les scènes régionale et internationale ?

Retour dans cette vidéo en cartes, photos et infographies sur le Viêtnam, émergent incontournable.

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12.02.2026 à 14:52

Japon : ce que nous dit la victoire de la Première ministre Takaichi aux élections législatives

Déborah Yapi

Ce dimanche 9 février 2026, les électeurs japonais se sont rendus aux urnes à la suite des élections anticipées provoquées par Sanae Takaichi qui escomptait redonner la majorité à son parti, le Parti libéral-démocrate (PLD). Un défi largement gagné : un premier décompte montre que le PLD et son partenaire, le Parti de l’innovation du Japon, ont dépassé les 310 sièges nécessaires pour obtenir la majorité des deux tiers à la Chambre des représentants, qui compte 465 membres. Les enjeux de politique intérieure ont dominé ce scrutin : le coût de la vie, la question de l’immigration et de la place des « étrangers » dans la société, la rancœur contre les scandales de pots-de-vin pesant sur les élites politiques de l’archipel et l’objectif plus large d’une réforme politique réelle. Toutefois, les questions de sécurité nationale et la relation avec les États-Unis et la Chine, demeurent très présentes dans l’agenda de la Première ministre, soucieuse de renforcer au plus vite la dissuasion militaire de l’archipel. Un succès sans appel dû à la personnalité volontariste de Sanae Takaichi La Première ministre dispose désormais d’un mandat fort pour s’attaquer à la reprise économique et au renforcement de la défense de l’archipel. Ce succès constitue un revirement spectaculaire, après deux défaites consécutives aux élections nationales de 2024-2025 qui ont laissé le PLD dans l’incapacité de former un gouvernement. La victoire éclatante de Madame Takaichi peut être comparée à celle de Shinzo Abe, son modèle et mentor, qui fut le Premier ministre japonais ayant exercé le plus longtemps. Après avoir ramené le PLD au pouvoir en décembre 2012 grâce à une victoire électorale écrasante qu’il avait lui-même orchestrée, Shinzo Abe est resté en fonction pendant près de huit ans. L’élection de Sanae Takaichi à la tête du parti en octobre 2025 a captivé l’opinion publique, en particulier les […]

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Texte intégral (1764 mots)

La Première ministre dispose désormais d’un mandat fort pour s’attaquer à la reprise économique et au renforcement de la défense de l’archipel. Ce succès constitue un revirement spectaculaire, après deux défaites consécutives aux élections nationales de 2024-2025 qui ont laissé le PLD dans l’incapacité de former un gouvernement. La victoire éclatante de Madame Takaichi peut être comparée à celle de Shinzo Abe, son modèle et mentor, qui fut le Premier ministre japonais ayant exercé le plus longtemps. Après avoir ramené le PLD au pouvoir en décembre 2012 grâce à une victoire électorale écrasante qu’il avait lui-même orchestrée, Shinzo Abe est resté en fonction pendant près de huit ans.

L’élection de Sanae Takaichi à la tête du parti en octobre 2025 a captivé l’opinion publique, en particulier les jeunes électeurs. Le large soutien dont a bénéficié cette femme politique atypique associée à l’aile la plus radicale du PLD montre qu’elle a su prouver qu’elle était une dirigeante pragmatique et avisée, capable de traiter des questions difficiles telles que l’immigration et les déficits budgétaires tout en tenant une ligne ferme face à la Chine. Tout en inscrivant sa trajectoire au sein d’un parti traditionnel et passéiste, l’énergie politique de la Première ministre lui permet d’incarner un avenir possible pour l’archipel, amenant un nouveau souffle au cœur d’un système dominé par des hommes âgés aux mentalités « d’héritiers ».

Face à madame Takaichi, l’opposition représentée par la nouvelle Alliance centriste pour la réforme, formée par le Parti constitutionnel démocratique et le Komeito, n’a pas réussi à créer une dynamique suffisante et a perdu un nombre important de sièges.

Le PLD a bénéficié d’un effet « d’entraînement », profitant de la côte de popularité élevée de la Première ministre. Cette dernière, qui a adopté un ton plus nationaliste que ses prédécesseurs récents, semble avoir rallié les électeurs conservateurs, dont certains avaient déserté le parti lors des élections précédentes. Sanae Takaichi a clairement donné la priorité à des questions telles que la constitution et sa position forte en matière de politique étrangère et de sécurité a été très bien accueillie par les électeurs les plus radicaux. Ce virage a intensifié la concurrence entre les partis néo-populistes qui rivalisent avec le PLD et sa ligne la plus dure, notamment sur l’immigration, dont le Sanseito et le Parti démocratique pour le peuple, qui ont tous deux eu du mal à augmenter leur nombre de sièges.

Un train de réformes devrait contribuer à redorer l’image très écornée du personnel politique nippon. Le premier est la demande d’une réglementation plus stricte du financement politique. Le PLD a longtemps été sujet à des scandales liés à l’argent et des règles plus strictes en matière de financement des campagnes électorales ont été instaurées. En 2023, l’ancien Premier ministre Kishida Fumio a enquêté sur des informations faisant état de caisses noires non déclarées, provenant principalement de collectes de fonds, et de nombreux membres du PLD ont été reconnus coupables ont été sanctionnés.

L’autre réforme politique, qui devrait avoir un impact important sur les petits partis concerne la réduction des sièges législatifs. Dans le cadre de l’accord de coalition avec le PLD, le Parti de l’Innovation a plaidé en faveur d’une réduction du nombre de sièges à la Diète et d’une réduction de la taille du gouvernement. Tout en luttant contre la bureaucratie japonaise, jugée particulièrement lourde par l’opinion publique, le Parti de l’Innovation entend diminuer les dépenses publiques et accroitre l’efficacité de l’appareil d’État. Le nombre de sièges à la Chambre basse devrait évoluer de 465 à 420, soit une diminution d’environ 10 % du total actuel.

Sanae Takaichi dispose désormais d’un grand pouvoir législatif et d’un capital politique important pour mettre en œuvre ses programmes de stimulation budgétaire. Elle s’est ainsi engagée à geler pendant deux ans la taxe à la consommation de 8 % sur les produits alimentaires pour aider les ménages à faibles et moyens revenus qui souffrent de la stagnation des salaires dans un contexte de forte inflation. Mais cette réduction de la taxe sur la consommation alimentaire devrait entraîner une baisse des recettes fiscales annuelles de 5 000 milliards de yens et contrarier la reprise de la croissance escomptée. L’endettement du pays dépasse les 230 % du PIB, le taux le plus élevé parmi les économies développées.

Par ailleurs, l’un des principaux points de discorde entre les forces au pouvoir et l’opposition reste la question, très débattue et instrumentalisée, de la présence d’étrangers au Japon. La question du « surtourisme » s’y mêlant sans discernement. Le gouvernement a déjà pris des mesures pour renforcer les règles relatives à la résidence permanente et à la propriété foncière. Le Parti de l’Innovation demande que le nombre d’étrangers soit « limité ». Or la réalité des chiffres évoque 2,7 % d’étrangers pour une population totale d’environ 125 millions d’habitants, ce qui apparait assez faible. Les pays les plus représentés étant la Chine, le Vietnam, la Corée du Sud et les Philippines.

Sur le plan diplomatique, la manière dont la Première ministre Takaichi gérera les relations de l’archipel avec l’allié américain et la Chine s’avère cruciale. Il est clair que Sanae Takaichi entend réaffirmer le primat de l’Alliance de sécurité entre le Japon et les États-Unis. Le 19 mars 2025, elle devrait se rendra aux États-Unis pour rencontrer Donald Trump, dans le but de renforcer la relation bilatérale. Quelques jours avant les élections japonaises, le président américain avait déclaré sur Truth Social que Sanae Takaichi avait son « soutien total et absolu ». Cependant, il doit lui-même rencontrer le dirigeant chinois Xi Jinping lors d’une visite officielle en Chine en avril 2025 et définir avec Pékin des relations qu’il a souhaité « respectueuses ».

Madame Takaichi se trouve ainsi dans une situation où les États-Unis et la Chine cherchent à se rapprocher, contrairement au Japon et à la Chine, ce qui place Tokyo dans une position incertaine. La Première ministre avait déclenché des tensions avec le gouvernement chinois en novembre 2025 en laissant entendre que le Japon pourrait intervenir en cas d’agression future de la Chine contre Taïwan, une déclaration par ailleurs dans la ligne des précédents commentaires de ses prédécesseurs, conscients que le Japon ne pourrait rester à l’écart en cas de crise dans le détroit. Sans surprise, Pékin – voyant l’occasion de tester la détermination de la nouvelle Première ministre- avait surréagi en imposant des restrictions sur les expéditions de terres rares vers l’archipel et en mettant en garde ses nationaux contre les voyages dans ce pays.

Si l’opinion publique japonaise se révèle partagée quant à l’opportunité de venir en aide à Taïwan en cas de conflit avec la Chine, la fermeté de madame Takaichi face au déclenchement de la virulence chinoise, tout comme l’augmenter le budget de la défense à 2 % du PIB d’ici mars 2026, soit deux ans plus tôt que prévu, bénéficie désormais d’un large soutien. En décembre 2025, le gouvernement nippon a approuvé une augmentation de 9,4 % des dépenses de défense pour atteindre cet objectif, en privilégiant la production nationale et les capacités avancées (cyberdéfense, spatial, frappes à longue portée). Plus largement, face à la montée des menaces émanant de la Chine, de la Corée du Nord et de la Russie, le gouvernement prévoit également de réviser rapidement les principales stratégies de sécurité et de défense du Japon.

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