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29.02.2024 à 17:39

Quelles perspectives politiques pour l’Autorité palestinienne ?

Coline Laroche

Alors que plus de 30 000 personnes ont péri dans la bande de Gaza selon le ministère de la Santé du Hamas, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, a annoncé sa démission le lundi 26 février 2024. Entre … Suite
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Alors que plus de 30 000 personnes ont péri dans la bande de Gaza selon le ministère de la Santé du Hamas, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Shtayyeh, a annoncé sa démission le lundi 26 février 2024. Entre immobilisme et perte de confiance auprès de sa population, l’Autorité palestinienne voit sa légitimité et son influence de plus en plus questionnée. Quels scénarios politiques peuvent être envisagés à l’issue de cette démission ? Quelles pourraient être les conséquences de cette décision sur une résolution du conflit à Gaza, pour l’heure difficilement envisageable ? Entretien avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS et spécialiste du Moyen-Orient.

 

Le Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh a présenté sa démission à Mahmoud Abbas. Dans quel contexte s’inscrit cette démission ?

Nous sommes bien sûr avant tout dans un moment d’exacerbation des tensions entre Israël et le peuple palestinien. L’attention internationale est, à juste titre, concentrée sur la catastrophe absolue qui caractérise la situation à Gaza, mais le cours actuel des événements qui se déroulent en Cisjordanie ne doit pas être ignoré.

À Gaza tout d’abord, pour mémoire, ce sont certainement beaucoup plus de 30 000 victimes, dont une majorité de femmes et d’enfants, au moins 60 % des bâtiments détruits, une situation sanitaire qui se dégrade de jour en jour. Bref, tout ce qui constitue les fondements d’une vie en société annihilée. Ces données sont terribles et c’est dans ce contexte que, le 26 janvier 2024, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un arrêt provisoire, juridiquement contraignant, intimant à l’ État d’Israël de prendre toutes les dispositions nécessaires pour prévenir et réprimer le crime de génocide. Les autorités israéliennes, sourdes à cette exigence d’une autorité juridique internationale, veulent aller plus loin encore dans leur frénésie destructrice et menacent désormais d’une offensive contre Rafah, ville où s’entassent plus de 1,3 million de réfugiés. Le carnage serait alors à son comble.

En Cisjordanie ensuite, les colons les plus radicalisés tentent de profiter de la situation pour faire avancer leur projet annexionniste, affirmé et revendiqué, et les incursions militaires sont incessantes contre villes et villages palestiniens sous les prétextes les plus arbitraires. Dans le même mouvement le nombre de morts – on estime à près de 400 le nombre de victimes palestiniennes en Cisjordanie depuis le 7 octobre – ainsi que le nombre de prisonniers palestiniens ne cesse de s’accroître – 8 000 arrestations depuis la même date –. On se souvient qu’au mois de septembre Benyamin Netanyahou avait présenté à l’Assemblée générale de l’ONU la carte d’un futur Israël englobant l’ensemble de la Palestine. De la même façon, les ministres Bezalel Smotrich, Itamar Ben Gvir et quelques autres ne cachent pas leur projet annexionniste déniant toute perspective de création d’un État palestinien.

 

À l’heure où l’Autorité palestinienne est en perte de légitimité auprès de la population palestinienne, que traduit cette décision ? Contribue-t-elle à une perspective de « réforme » de cette dernière ? Comment cette démission a-t-elle été accueillie par la population ?

La décision est certainement l’une des conséquences des insistantes demandes de Washington de « revitalisation » de l’Autorité palestinienne pour soi-disant tenter de trouver les voies d’une résolution du conflit. Nous savons par ailleurs qu’au sein même du Fatah, le parti du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, des réunions informelles se sont tenues au Qatar entre cadres politiques palestiniens pour échanger sur les possibilités de succession de ce dernier. L’immobilisme et l’autoritarisme du chef, désormais âgé de 88 ans, semblent en effet de moins en moins supportés, et son silence remarqué depuis le 7 octobre interpelle de nombreux militants. Facteur aggravant, Mahmoud Abbas tente aussi de contrôler, pour s’opposer tant que faire se peut, les contacts qui se multiplient entre responsables du Fatah et du Hamas dans la perspective d’une réconciliation des factions palestiniennes.

Un des enjeux de ces contacts réside dans la perspective que le Hamas puisse enfin être intégré au sein de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), cadre politique et organisationnel historique de la représentation politique du peuple palestinien. Un des premiers jalons pourrait être la désignation d’un nouveau Conseil national palestinien, parlement de l’OLP, censé représenter toutes les composantes du peuple palestinien et qui pourrait donc accueillir le Hamas. Se poserait ensuite la question du programme et des initiatives concrètes à prendre ou à soutenir. Dans ce cadre, la question de l’organisation de nouvelles élections législatives constituera un enjeu majeur car permettant potentiellement de rééquilibrer les rapports de force entre les différents courants politiques palestiniens, très certainement au profit du Hamas. Cette perspective, on s’en doute, n’a guère la faveur de Mahmoud Abbas et de ses proches. Pour autant leur marge de manœuvre est étroite tant ils sont désormais coupés des préoccupations de la population qu’ils sont censés représenter et, pire, souvent considérés comme des collaborateurs consentants des forces d’occupation israélienne.

C’est pourquoi la population palestinienne de Cisjordanie a accueilli dans une véritable indifférence la démission de Mohammad Shtayyeh car elle ne correspond nullement à ce stade à une réforme tangible de l’Autorité palestinienne, mais exprime plutôt une manœuvre de ses actuels dirigeants pour préserver leurs prérogatives.

 

Cette recomposition partielle de l’Autorité palestinienne aura-t-elle de réelles conséquences politiques, notamment à l’égard des perspectives d’après-guerre à Gaza et de la situation en Cisjordanie ?

On ne peut parler à ce stade de recomposition politique de l’Autorité palestinienne mais tout au plus d’une tentative de replâtrage dont les effets seront certainement quasi inexistants. Washington, qui désire « revitaliser » l’Autorité palestinienne, exerce de fortes pressions pour la constitution d’un gouvernement de technocrates susceptible de collecter une aide occidentale massive, de mettre en œuvre des réformes de fond, de procéder à la reconstruction de Gaza dévastée, voire de préparer de nouvelles élections. Mais ce schéma a de fortes probabilités de rester très théorique tant les dirigeants israéliens s’opposent à toute perspective de prise en main par les Palestiniens de leur propre destin.

Cela pose la question d’une hypothétique initiative diplomatique internationale pour éviter un tête-à-tête israélo-palestinien dont on sait par avance qu’il sera vain tant les rapports de force sont asymétriques entre les deux adversaires. En outre, le centre de gravité politique situé à l’extrême droite de l’actuel gouvernement israélien rend strictement impossible toute avancée digne de ce nom dans la satisfaction des revendications palestiniennes, c’est-à-dire en réalité l’application du droit international.

À la lumière de ces quelques paramètres, on comprend que le véritable enjeu n’est finalement pas de remplacer le Premier ministre démissionnaire par un technocrate falot qui aurait l’appui de Washington et l’aval de Tel-Aviv. Il s’agirait de pouvoir procéder à un changement politique radical et incarné par un responsable possédant d’une forte légitimité populaire. Le nom de Marwan Barghouti, emprisonné depuis 2002 en Israël, vient évidemment immédiatement à l’esprit. Ce serait en outre le seul susceptible d’unir les différentes factions palestiniennes sur un programme commun minimum. C’est justement pour ces raisons que les autorités israéliennes ne le libèreront probablement pas de leurs geôles.

On le voit nous ne sommes pas loin de la quadrature du cercle… mais l’exigence première reste encore et toujours celle du cessez-le-feu immédiat. Elle est vitale. Les scénarios politiques pourront ensuite, mais seulement ensuite, se mettre en place.

29.02.2024 à 17:34

Gaza : le débat faussé

Victor Pelpel

Le deux poids, deux mesures est une lecture quotidienne de la guerre à Gaza. Le débat public en lien avec les prises de paroles des chefs d’États occidentaux ou encore de la majorité des médias français laissent penser que seuls … Suite
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Le deux poids, deux mesures est une lecture quotidienne de la guerre à Gaza. Le débat public en lien avec les prises de paroles des chefs d’États occidentaux ou encore de la majorité des médias français laissent penser que seuls les évènements atroces du 7 octobre demeurent dans l’Histoire du conflit israélo-palestinien. Les 75 années de répression et d’occupation illégale israélienne ont tendance à être éclipsées, et celles et ceux qui tentent d’analyser la situation par un prisme historique plus large se risquent à un ensemble d’accusations fallacieuses au regard des enjeux de la situation.

L’analyse de Pascal Boniface.

29.02.2024 à 10:08

Railleries américaines face à Macron va-t-en-guerre

Coline Laroche

Alors que je venais d’être qualifié de poutiniste sur le plateau de LCI, moi qui suis le fils d’une mère ukrainienne et qui, il y a deux ans, plaidais en faveur de l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine … Suite
Texte intégral (1003 mots)

Alors que je venais d’être qualifié de poutiniste sur le plateau de LCI, moi qui suis le fils d’une mère ukrainienne et qui, il y a deux ans, plaidais en faveur de l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine où combattent mes cousins, je fus interrompu dans ma réponse par la déclaration va-t’en guerre du président français Emmanuel Macron.

À la suite de la tribune de Gérard Araud parue dans Le Point, je tentais avant cette interruption d’expliquer en visioconférence à des personnes qui n’écoutaient pas qu’il était essentiel d’aider l’Ukraine à remporter rapidement quelques succès afin qu’elle puisse pouvoir aborder en position favorable d’éventuelles négociations avec Poutine.

Convaincu, et je le déplore profondément, que les Américains ne tarderont pas à abandonner Kiev, comme ils l’ont fait à maintes reprises au cours des dernières décennies avec leurs « alliés » – les femmes afghanes peuvent en témoigner -, il me semble en effet essentiel de tout mettre en œuvre pour éviter que Zelensky ne se retrouve  complètement à terre au moment des pourparlers ou piégé dans un conflit gelé qui ne ferait que repousser l’échéance – et qu’on ne vienne pas me dire que les Européens pourront prendre la place de l’oncle Sam, je ne les pense pas capables de pouvoir soutenir un tel effort sur le long terme, tant est par ailleurs qu’ils soient toujours sur la même longueur d’onde à ce moment-là.

Bref, alors que ce point de vue qui me semble plein de bon sens venait de me valoir d’être traité de poutinolâtre par les ennemis de la nuance, l’intervention de notre Jupiter national mis fin au débat.

Quelle ne fut pas ma surprise de voir s’afficher sur mon téléphone quelques secondes à peine après m’être déconnecté de LCI, les appels de journalistes américains qui venaient de suivre la déclaration présidentielle.

« Is your president crazy ? », me lança d’emblée une correspondante de CBS News que je connais bien. « The man is a joke », me dit un autre qui semblait se tordre de rire.

J’essayais un peu bêtement de bafouiller une explication qui tiennent la route – et à laquelle j’aurais aimé me raccrocher – : « Le président espère probablement créer un électrochoc qui permettra de ressouder le bloc occidental autour de l’Ukraine et cela afin qu’elle puisse tenir un minimum la dragée haute à Poutine dans les prochains mois… ». Mais au fond de moi, une petite voix me susurrait toute autre chose. N’étions-nous pas en train d’assister à la mise en place de la nouvelle stratégie de la Macronie face au Rassemblement national dans la perspective des élections européennes de juin prochain ? Emmanuel Macron, nouveau leader du monde libre face à la méchante Marine Le Pen bénéficiaire par le passé de prêts de banques russes ?

Le lendemain matin dans les couloirs de l’université Columbia, j’eus droit à des sourires en coin, à des plaisanteries un peu lourdes et même à toute une série d’injures à l’encontre d’Emmanuel Macron – que la bienséance m’oblige à garder pour moi – de la part de confrères qui pourtant connaissent mes liens avec l’Ukraine et ma tristesse face à situation.

Il suffisait d’allumer CNN ou Fox News pour comprendre que la classe politique américaine dans sa globalité raillait la position française. Si mon côté enfant de la Patrie n’avait pas pris le dessus, j’en serai sans doute arrivé à tenter de dissimuler mon accent frenchy et à me cacher derrière mon passeport américain.

Mais qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête du PR ? Intention sincère d’aider l’Ukraine empêtrée dans un conflit mal engagé depuis le départ ? Velléité d’influencer une campagne électorale qui voit le Rassemblement national caracoler en tête des sondages ?

Quoi qu’il en soit, cette déclaration maladroite*, faite sans concertation avec nos alliés qui tous l’ont dénoncé, n’est pas sans rappeler celle quelque peu surréaliste d’octobre dernier où le président français appelait à une coalition internationale contre le Hamas à la suite des attaques terroristes dont venait d’être victime Israël.

À la différence prête que cette nouvelle déclaration ne fait pas que discréditer un peu plus la France sur la scène internationale, mais la fait jouer avec le feu. Et cela à l’heure où l’on sait que tout dérapage peut-être dangereux.

Un sénateur américain que j’ai déjà cité à plusieurs reprises dans ces colonnes me demandait mercredi si les Français étaient prêts à mourir pour le Donbass.

En guise de réponse je lui transmis les dernières enquêtes d’opinion publiées par la presse française.

 

* Quelque peu rattrapée par Stéphane Séjourné.

 

——————————–

Romuald Sciora dirige l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS, où il est chercheur associé. Essayiste et politologue franco-américain, il est l’auteur de nombreux ouvrages, articles et documentaires et intervient régulièrement dans les médias internationaux afin de commenter l’actualité. Il vit à New York.

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