LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs Revues MÉDIAS
IRIS
 
INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

▸ Les 10 dernières parutions

27.04.2026 à 17:30

Liban : une situation très volatile

Déborah Yapi

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Un accord encore imparfaitement respecté, mais qui accorde aux populations libanaises un peu de répit après des semaines de bombardements. Ce cessez-le-feu apparait comme imposé par Washington au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, fragilisé par une contestation croissante au sein de l’opinion israélienne. Parallèlement, ces discussions marquent un tournant : il s’agit des premières négociations directes entre Israël et le Liban depuis plus de 40 ans, alors même que les deux États ne se reconnaissent pas officiellement. Ces échanges pourraient-ils ouvrir la voie à une reconnaissance d’Israël par le Liban, comme le souhaitent les États-Unis ? La question reste entière, alors que près de 6 % du territoire libanais demeure occupé par l’armée israélienne. Autre élément marquant : la France, pourtant alliée historique du Liban, a été écartée des négociations sans réelle réaction. Que révèle cette mise à l’écart sur l’état réel du partenariat entre Paris et Beyrouth ? En réalité, l’issue du conflit dépasse largement le cadre bilatéral. Elle dépendra en grande partie des discussions entre les États-Unis et l’Iran, notamment autour du détroit d’Ormuz, toujours sous tension. Dans ce contexte, quelles perspectives pourraient se dessiner pour le Liban, alors que ce dernier est confronté à une crise politique profonde, à l’affaiblissement de ses institutions et à des déplacements massifs de population ? Mon analyse dans cette vidéo.

L’article Liban : une situation très volatile est apparu en premier sur IRIS.

Lire plus (340 mots)

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu entre Israël et le Liban. Un accord encore imparfaitement respecté, mais qui accorde aux populations libanaises un peu de répit après des semaines de bombardements.

Ce cessez-le-feu apparait comme imposé par Washington au Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, fragilisé par une contestation croissante au sein de l’opinion israélienne. Parallèlement, ces discussions marquent un tournant : il s’agit des premières négociations directes entre Israël et le Liban depuis plus de 40 ans, alors même que les deux États ne se reconnaissent pas officiellement.

Ces échanges pourraient-ils ouvrir la voie à une reconnaissance d’Israël par le Liban, comme le souhaitent les États-Unis ? La question reste entière, alors que près de 6 % du territoire libanais demeure occupé par l’armée israélienne. Autre élément marquant : la France, pourtant alliée historique du Liban, a été écartée des négociations sans réelle réaction. Que révèle cette mise à l’écart sur l’état réel du partenariat entre Paris et Beyrouth ?

En réalité, l’issue du conflit dépasse largement le cadre bilatéral. Elle dépendra en grande partie des discussions entre les États-Unis et l’Iran, notamment autour du détroit d’Ormuz, toujours sous tension.

Dans ce contexte, quelles perspectives pourraient se dessiner pour le Liban, alors que ce dernier est confronté à une crise politique profonde, à l’affaiblissement de ses institutions et à des déplacements massifs de population ?

Mon analyse dans cette vidéo.

L’article Liban : une situation très volatile est apparu en premier sur IRIS.

27.04.2026 à 09:11

Somaliland : longue route vers la reconnaissance

Coline Laroche              

Autoproclamé indépendant depuis 1991, le Somaliland, situé au nord de la Somalie entre Djibouti et l’Éthiopie, s’est affirmé comme un acteur relativement stable dans une région marquée par les crises. Bien qu’il ne soit pas reconnu officiellement par la communauté internationale, le territoire entretient depuis des années des relations avec plusieurs acteurs étrangers, à travers des projets de coopération ou des partenariats économiques. En décembre 2025, sa reconnaissance par Israël a ravivé l’attention portée à ce territoire. Si cette décision peut apparaître comme une étape importante pour la légitimité du Somaliland, elle s’inscrit dans un contexte régional marqué par des tensions anciennes, des rivalités entre États et une recomposition des équilibres dans la Corne de l’Afrique. Dans quelle mesure la reconnaissance du Somaliland par Israël marque-t-elle un véritable changement pour ce territoire ? Quelle pourrait être ses répercussions dans une région déjà instable ?  Le point avec Géraldine Pinauldt, chercheuse associée à l’IRIS, spécialiste de la Corne de l’Afrique. Dans quelle mesure la reconnaissance du Somaliland par Israël constitue-t-elle un tournant diplomatique pour ce territoire ? L’annonce de la reconnaissance complète et réciproque du Somaliland par Israël le 26 décembre dernier a fait éclater une crise diplomatique et médiatique mondiale (non sans le précédent de janvier 2024) et a remis le Somaliland sur le devant de la scène mondiale. Pour autant, malgré le passage d’un État de facto à un État reconnu, il est difficile de qualifier cette reconnaissance de rupture diplomatique, en ce qu’il n’y avait de fait et depuis 1991, aucune présence des institutions somaliennes au Somaliland. De plus, de très nombreux partenaires internationaux y avaient déjà des représentations, des bureaux ou des actions. En effet, outre les bureaux de liaison des États voisins – Éthiopie depuis 25 ans, pour laquelle le représentant a un rang d’ambassadeur, et Djibouti – Hargeisa […]

L’article Somaliland : longue route vers la reconnaissance est apparu en premier sur IRIS.

Texte intégral (2304 mots)

Dans quelle mesure la reconnaissance du Somaliland par Israël constitue-t-elle un tournant diplomatique pour ce territoire ?

L’annonce de la reconnaissance complète et réciproque du Somaliland par Israël le 26 décembre dernier a fait éclater une crise diplomatique et médiatique mondiale (non sans le précédent de janvier 2024) et a remis le Somaliland sur le devant de la scène mondiale. Pour autant, malgré le passage d’un État de facto à un État reconnu, il est difficile de qualifier cette reconnaissance de rupture diplomatique, en ce qu’il n’y avait de fait et depuis 1991, aucune présence des institutions somaliennes au Somaliland. De plus, de très nombreux partenaires internationaux y avaient déjà des représentations, des bureaux ou des actions. En effet, outre les bureaux de liaison des États voisins – Éthiopie depuis 25 ans, pour laquelle le représentant a un rang d’ambassadeur, et Djibouti – Hargeisa est depuis une quinzaine d’années le siège d’un certain nombre de projets des coopérations européenne, allemande, britannique ou danoise. La coopération française, arrivée tardivement, y mène d’ailleurs un projet de valorisation du patrimoine, mais on peut rappeler que la France fut le premier État à aider l’armée somalilandaise naissante au début des années 1990 en lui fournissant ponctuellement vivres et uniformes. L’autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), dont la Somalie est le fondateur, opposée à la reconnaissance du Somaliland, y réalise toutefois des projets dans le cadre de l’intégration régionale et le Somaliland accueille une école vétérinaire de rang régional, faisant cohabiter son drapeau et celui de l’IGAD. Un certain nombre d’institutions onusiennes ont également bureau et actions au Somaliland, certes souvent dans des projets de portée « nationale », c’est-à-dire à l’échelle de la Somalie, ce qui leur a parfois valu d’être suspendus par le Somaliland.

Plus que de facto, c’est peut-être statu quo qui pourrait caractériser une période antérieure, notamment avec deux dates : 2010 et 2012. En 2010, les États-Unis ont autorisé le financement direct des « régions somaliennes » permettant ainsi à la Banque mondiale de financer des projets au budget de la République du Somaliland. En 2012, le passage de la Somalie d’un gouvernement de transition à un gouvernement fédéral a laissé libre interprétation du terme « Somaliland » rapidement « reconnu » par Mogadiscio comme l’un des États fédérés, entérinant un statu quo, chacun pouvant voir le Somaliland comme il le souhaitait. Depuis Hargeisa toutefois, on était bien loin de Mogadiscio.

Si ces présences étrangères ne constituent pas une reconnaissance et qu’elles ont bénéficié de la confusion possible, leurs arrivées progressives à partir du milieu des années 2000 ont été autant de validation des progrès significatifs réalisés par la République du Somaliland en 35 ans. 35 ans, cela signifie qu’une première génération d’enfants nés somalilandais est pleinement engagée dans les responsabilités, suivie de près par une seconde génération. Aussi, on peut dire que la reconnaissance n’a pas pour l’instant d’impact direct sur le quotidien des Somalilandais.

La seule conséquence concrète a porté sur les relations entre Djibouti et le Somaliland, avec la rupture des liens diplomatiques et la rupture de la connexion aérienne entre les deux capitales. La relation entre les deux voisins se caractérise toutefois depuis l’ouverture de représentations réciproques, par des épisodes de rupture et de rapprochements, et des séquences d’ouverture et de fermeture de leur frontière commune. L’Éthiopie, qui a des accords bilatéraux formels depuis le début des années 2000 avec le Somaliland et qui constitue un partenaire constant depuis lors, a gardé le silence sur cette reconnaissance.

Dans quelle mesure cette reconnaissance pourrait-elle bouleverser les équilibres géopolitiques dans la Corne de l’Afrique ?

La reconnaissance du Somaliland par Israël est à la fois un évènement géopolitique majeur et un non-évènement en soi pour la géopolitique de la Corne de l’Afrique. L’analyse globalement admise qui tend à dénoncer la République du Somaliland comme étant la cause, par sa reconnaissance, de la dégradation sécuritaire dans la Corne de l’Afrique semble relever d’une communication certes réussie mais qui résiste mal à l’observation des faits. Aussi convient-il de rappeler que sévit depuis 2023 une guerre sans nom au Soudan, qui est en train de déborder de ses frontières, que le Soudan du Sud est en guerre civile depuis son indépendance en 2011, que l’Éthiopie multiplie les conflits dans toutes les parties de son territoire depuis 2015 et que la Somalie du Sud, dont le conflit a changé d’habits au gré des problématiques internationales, atteint sa 37e année de guerre civile.La Corne de l’Afrique est instable, car des processus profonds sont en cours touchant les constructions nationales territorialisées de tous ses États, et que ces processus sont aggravés par la corridorisation de la région, accentuant les rentes de situations et aggravant les déséquilibres territoriaux alors que sont rarement mis en œuvre des mécanismes de compensation.

Aussi, face au commentaire de l’actualité, il convient de considérer les évènements actuels avec une profondeur historique allant un peu au-delà de décembre 2025 ou de janvier 2024, de constater le progressif raidissement de la Somalie qui voit l’activisme somalilandais pour sa reconnaissance internationale se réveiller à partir de 2017 et bousculer le statu quo, certes inconfortable pour tous, mais relativement fonctionnel depuis 1991.

Les observateurs internationaux s’interrogent sur les raisons propres à Israël pour cette reconnaissance, alors qu’elles sont d’une grande évidence (présence de Houthis au Yémen, proximité de l’Iran, contrôle de la mer Rouge et processus engagé par les accords d’Abraham). Mais la véritable interrogation porte à mon sens beaucoup plus sur les raisons pour lesquelles le Somaliland, à ce moment précis, pouvait accepter une reconnaissance d’Israël. En effet, Israël, représenté en Éthiopie et y ayant initié un certain nombre d’investissements, notamment agricoles dans l’État régional somali d’Éthiopie, a montré un intérêt pour le Somaliland dès sa reprise d’indépendance. Au début des années 2000, une forme de diplomatie sanitaire est mise en place avec l’organisation d’évacuations sanitaires vers Israël d’enfants somalilandais atteints de pathologies cardiaques. Depuis, les tentatives de rapprochement en haut lieu ont été nombreuses.

Au début des années 2020, Abiy Ahmed échoue à établir une « pax arabico-aethiopica » sur une grande Corne de l’Afrique qu’il aurait souhaité unifier. Devant l’accélération du renversement du monde, chacun des deux États, Somalie et Somaliland, en marge de pourparlers qui ne parviennent pas à s’installer, utilisent les cartes régionales et mondiales à leur portée et leurs rentes de situation respectives afin d’arriver à leur fin : la reconnaissance pour le Somaliland et l’intégrité territoriale pour une Somalie qui, avant même d’arriver à la question du Somaliland, peine à faire cohabiter un gouvernement central et des États fédérés qui ne le reconnaissent pas, ce dans un contexte où une immense partie du territoire est administrée par Al-Shabaab, un mouvement terroriste islamiste contre lequel les troupes de l’Union africaine, l’armée turque et les troupes d’élites états-uniennes appuyent l’État somalien

Le Somaliland signe un premier partenariat tripartite avec l’Éthiopie et DPWorld en 2016 pour l’utilisation et la gestion du port de Berbera et du corridor. Le jeune État dont la stratégie de recherche d’une reconnaissance semblait timide depuis plusieurs années, se dote, à partir de 2017, d’un comité en charge de travailler à la reconnaissance et d’établir de nouvelles relations diplomatiques, notamment avec un tour d’Afrique. Les relations avec Taïwan, débutée en 2009, ont abouti en 2019 à leur affirmation et en 2020 à l’échange de représentants et ambassadeurs alors que la Chine avait rétabli une ambassade à Mogadiscio en 2013. Sur fond de conflit frontalier maritime et d’une guerre du khat avec la Somalie, le Kenya se rapproche du Somaliland en 2019, qui ouvre une représentation officielle à Nairobi en 2024. À partir de 2022, les États-Unis effectuent plusieurs visites à Berbera.

Devant cet activisme qui vient brusquer l’histoire, la Somalie se dote d’outils inédits et offensifs : accords militaires bilatéraux avec la Turquie en 2017 puis en 2024 et enfin avec l’Égypte en 2024 et 2025, outils numériques, mise en œuvre d’une loi sur le e-visa exigeant des compagnies aériennes qu’elles ne reconnaissent pas le visa somalilandais en septembre 2025, et instrumentalisation des dynamiques centripètes au Somaliland, ce alors que le fondement de l’État somalilandais repose sur l’allégeance initiale des clans au projet national.

La profonde crise politique entre le Somaliland et la Somalie s’intensifiant depuis plusieurs années, dans le contexte d’une Corne de l’Afrique en mouvement, il devenait urgent pour le Somaliland de se protéger face à un État somalien très appuyé.

Il serait plus juste de lire que ce sont les bouleversements des équilibres géopolitiques de la Corne de l’Afrique et dans le monde depuis 2015 qui ont présidé à la reconnaissance du Somaliland par Israël.

Est-ce la « mauvaise reconnaissance » ?

Depuis l’adoption de sa Constitution en 2001, la République du Somaliland misait sur la reconnaissance incontestable de ses avancées démocratiques pour obtenir une reconnaissance qui lui semblait méritée. Par ailleurs, faisant valoir son indépendance du protectorat britannique du 26 juin 1960 et de ce fait le respect de la Charte de l’Union africaine attachée à l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, ainsi que la non-ratification de l’acte d’Union avec la Somalie et le non-respect par Mogadiscio des principes de l’Union entre 1960 et 1991, le Somaliland estimait sa recherche d’indépendance suffisamment légitime au regard du droit international pour être reconnu. Il est vite apparu évident qu’être un bon élève ne suffirait pas à obtenir la reconnaissance des Nations unies attendant celle des organisations régionales dont la Somalie est membre : l’IGAD et la Ligue arabe. Pour des raisons tenant à leur géopolitique interne et au grand jeu régional, aucun État membre de l’IGAD, particulièrement l’attendue Éthiopie n’allait le reconnaitre. Pour des raisons tenant aux relations entre l’Égypte et l’Éthiopie la Ligue arabe s’est, dès les années 1990, positionnée pour une Somalie réunifiée et forte face à l’Éthiopie. Dès lors, la reconnaissance ne pouvait arriver que d’une puissance internationale pour ses intérêts propres. Et une telle reconnaissance n’allait intervenir que dans un contexte de crise internationale – tel que les crispations autour de la mer Rouge. Dans cette configuration, toute reconnaissance l’aurait été « pour de mauvaises raisons », c’est-à-dire pour les raisons de l’autre et dans un jeu géopolitique déjà engagé dans la région.

Il faut se méfier des raisonnements par « axes internationaux » : il y a de la part des Somalilandais un profond sentiment de souveraineté et la certitude qu’ils maîtrisent leur destin et qu’une alliance n’est jamais une allégeance. C’est une vision de la souveraineté très partagée dans la Corne de l’Afrique, où les alliances à des blocs ont toujours été opportunistes et jamais idéologiques, et où d’autres États parviennent à gérer des alliances contraires, et ont d’ailleurs réussi à préserver des relations tant avec la Somalie qu’avec le Somaliland.

Ainsi, dans la configuration actuelle de la Corne de l’Afrique et de ses alliances, le Somaliland avait-il une alternative à cette reconnaissance ?

L’article Somaliland : longue route vers la reconnaissance est apparu en premier sur IRIS.

23.04.2026 à 17:29

L’Indo-Pacifique face à la guerre au Moyen-Orient : entre inquiétude et résignation

stagiaire-comm@iris-france.org

L’espace Indo-Pacifique est profondément bouleversé, tant sur le plan économique que diplomatique, par la guerre au Moyen-Orient. Fortement dépendante des routes commerciales et des approvisionnements énergétiques extérieurs, la région fait face à une pression accrue sur ses économies. Cette crise révèle également la complexité des jeux d’alliances dans la région, tiraillés entre intérêts économiques, attachement au respect du droit international et rivalités entre grandes puissances. Elle révèle enfin la perte l’influence américaine dans la région, dont l’implication dans la guerre affecte sa crédibilité auprès de ses partenaires. Dans quelle mesure les économies indopacifiques ont-elles été affectées par la guerre au Moyen-Orient ? Quelles réactions les pays de la région ont-ils adoptées sur le plan diplomatique face à ce conflit ? Enfin, en quoi ces positionnements sont-ils susceptibles de fragiliser l’équilibre des alliances avec les États-Unis dans la région ? Le point avec Marianne Péron-Doise, directrice de recherche à l’IRIS, co-responsable du programme Asie-Pacifique et directrice de l’Observatoire géopolitique de l’Indo-Pacifique. Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient a-t-elle affecté les économies des pays asiatiques ? Quelles dispositions ont été prises pour répondre à ce choc exogène ? Les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes de Téhéran sur Israël et plusieurs pays du Golfe, combinées au blocage du détroit d’Ormuz, se sont traduites par un choc économique exogène important pour les pays de l’ensemble Indo-Pacifique. Les conséquences sociopolitiques de long terme du conflit portent un potentiel de déstabilisation significatif pour de nombreux gouvernements, particulièrement en Asie du Sud-Est et du Sud. Le coût du transport et des denrées alimentaires pèse déjà lourdement sur le quotidien et le bien-être des populations. On le sait, le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole, un quart des échanges de gaz […]

L’article L’Indo-Pacifique face à la guerre au Moyen-Orient : entre inquiétude et résignation est apparu en premier sur IRIS.

Texte intégral (2633 mots)

Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient a-t-elle affecté les économies des pays asiatiques ? Quelles dispositions ont été prises pour répondre à ce choc exogène ?

Les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes de Téhéran sur Israël et plusieurs pays du Golfe, combinées au blocage du détroit d’Ormuz, se sont traduites par un choc économique exogène important pour les pays de l’ensemble Indo-Pacifique. Les conséquences sociopolitiques de long terme du conflit portent un potentiel de déstabilisation significatif pour de nombreux gouvernements, particulièrement en Asie du Sud-Est et du Sud. Le coût du transport et des denrées alimentaires pèse déjà lourdement sur le quotidien et le bien-être des populations.

On le sait, le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole, un quart des échanges de gaz naturel liquéfié (GNL), et dont dépendent de nombreux pays asiatiques. Le Japon et la Corée du Sud importent plus de 70 % de leur pétrole brut depuis cette région et ont été confrontés à une hausse immédiate des coûts énergétiques, renchérissant la production industrielle et pesant sur la compétitivité des entreprises. L’Inde, également très dépendante des hydrocarbures moyen orientaux a vu son déficit commercial s’aggraver ce qui exerce une forte pression sur la roupie et l’inflation domestique. Dans les pays de l’ASEAN non producteurs (Thaïlande, Philippines), les hausses de prix du carburant ont affecté directement le pouvoir d’achat des ménages et les finances publiques. L’Australie, qui a largement externalisé sa sécurité énergétique et qui est tributaire des voies maritimes internationales, est particulièrement touchée. Les conséquences macroéconomiques immédiates se sont traduites par une accélération de l’inflation importée, le ralentissement de la croissance, la détérioration des balances courantes et la montée de tensions sociales liées à la hausse du coût de la vie.
Les conflits au Moyen Orient impactent également la vaste région Indo-Pacifique via la désorganisation du transport aérien, la hausse du coût du kérosène, et un climat géopolitique anxiogène qui constituent autant de freins à la mobilité et aux échanges régionaux comme aux déplacements internationaux. Des économies très liées au tourisme comme la Thaïlande, l’Indonésie, le Viêtnam ou encore les Maldives subissent une chute des arrivées internationales. Les compagnies aériennes asiatiques font face à une double contrainte : une augmentation des coûts (carburant, assurances) et une baisse de la demande. Les effets économiques sont hétérogènes et se traduisent entre autres par des pertes d’emplois dans les services, l’hôtellerie et la restauration, où le secteur informel (emplois non déclarés et activités ponctuelles) est important et une baisse significative des recettes en devises. Des analystes évoquent un ralentissement de la croissance et les difficultés d’une reprise, même à court terme, semblables aux effets postpandémie enregistrés après le Covid-19 pour certains pays.

Les gouvernements asiatiques ont mis en œuvre plusieurs dispositifs de court et de long termes afin d’atténuer les effets amplificateurs de la flambée des prix. Une première réponse, supposant cependant un minimum de planification, a été la mobilisation des réserves stratégiques : le Japon, la Corée du Sud et l’Inde disposent de stocks qu’ils peuvent libérer temporairement pour lisser les effets des dépenses des carburants et du gaz. Une autre initiative a consisté en des subventions et des aides ciblées pour préserver le pouvoir d’achat comme à Taiwan et en Thaïlande. D’autres économies plus fragiles ont dû recourir à un rationnement strict comme aux Philippines et au Bangladesh. Faute de stock, l’Australie fait face à une pénurie énergétique préoccupante. La situation a relancé les politiques de diversification des approvisionnements afin de réduire la dépendance au Moyen Orient. L’Indonésie et l’Inde se sont rapidement tournées vers la Russie. On note également une accélération de la transition énergétique. Le Japon investit dans l’hydrogène, la Corée du Sud développe les énergies nucléaires et renouvelables, l’Inde accélère son virage vers le solaire et l’éolien domestiques. Quant au secteur touristique, il tente de se réorganiser en s’adaptant à une offre régionale et nationale, notamment en Chine, en Thaïlande ou au Japon.

Quelles réactions la guerre au Moyen-Orient a-t-elle suscité auprès des pays de l’Indo-Pacifique sur le plan diplomatique ?

La guerre au Moyen Orient a provoqué des réactions diplomatiques contrastées de la part des pays de la région. Ceci s’explique par des intérêts géopolitiques divergents, notamment la dépendance énergétique, les alliances stratégiques, le positionnement vis à vis des grandes puissances (Chine, États-Unis) et la volonté de préserver la stabilité régionale et les échanges internationaux.
De façon générale, les réactions diplomatiques se sont révélées prudentes. De nombreux pays ont adopté une attitude attentiste, évitant de prendre parti clairement dans le conflit afin de préserver leurs relations à la fois avec les pays du Moyen Orient et avec leurs alliés occidentaux. L’Inde a appelé à la désescalade et au dialogue, tout en évitant de condamner explicitement certaines parties du conflit. Cette prudence s’explique par ses relations énergétiques avec les pays du Golfe et par sa coopération stratégique avec les États Unis et Israël. Le Sri Lanka entend se tenir à une stricte neutralité. Plusieurs pays de l’ASEAN (Singapour, l’Indonésie, la Malaisie et le Viêtnam) ont insisté sur le respect du droit international et la protection des civils, privilégiant un discours multilatéral et consensuel.

Bien sûr, les positionnements ont été plus ou moins affirmés selon les proximités politico-militaires. Les pays alliés des États Unis dans la région ont généralement exprimé un soutien politique modéré, tout en cherchant à éviter une escalade. Le Japon, qui a toujours privilégié une relation stable avec l’Iran, a largement insisté sur la nécessité de protéger les routes maritimes commerciales et énergétiques, vitales pour son économie. La Corée du Sud s’est alignée sur les appels à la sécurité régionale, mais sans engagement direct, afin de rester concentrée sur la menace nord coréenne. Séoul a notamment vu avec crainte Washington prélever certains équipements de défense antimissiles sur son territoire pour les déployer au Moyen-Orient. Ni Tokyo ni Séoul n’ont d’ailleurs répondu à l’appel de Donald Trump à participer à une opération navale de sécurisation du détroit d’Ormuz. Le Pakistan tire habilement son épingle du jeu en s’imposant comme un médiateur entre l’Iran et les États-Unis. Il renforce ainsi son rôle de garant de la sécurité des monarchies du Golfe (déploiement de troupes au Qatar, mise en place de F16 en Arabie saoudite) avec lesquelles il entretient de nombreuses coopérations de défense. Quant à l’Inde, qui vient de signer un partenariat stratégique spécial avec Israël lors de la visite de Narendra Modi à Tel-Aviv en février 2026, elle reste silencieuse, prise au piège de sa politique de multi-alignement.

Sans surprise, la Chine a dénoncé l’instabilité provoquée par les initiatives militaires américaines et s’est présentée comme un acteur diplomatique alternatif, appelant à des solutions politiques. Pékin cherche ainsi à renforcer son image de puissance médiatrice et à consolider ses relations avec les pays du monde arabe. Cette posture n’est pas sans ambiguïté. Partenaire de l’Iran au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai que Téhéran a rejoint en 2021, la Chine a régulièrement participé à des manœuvres navales conjointes avec les marines russe et iranienne dans l’océan Indien depuis 2022, participant ainsi au renforcement des capacités de cette dernière.

En tout état de cause, la sécurité des approvisionnements énergétiques et des routes maritimes a fortement influencé les réactions diplomatiques. Plusieurs pays asiatiques, comme la Corée du Sud et le Pakistan, ont renforcé leur coopération diplomatique et sécuritaire avec les États du Golfe. Ils ont également soutenu les initiatives, dont celles de l’Organisation maritime internationale, visant à garantir la liberté de navigation et la sécurité des flux commerciaux internationaux. De fait, la guerre au Moyen Orient pousse les pays asiatiques à adopter une diplomatie économique, centrée sur la stabilité plutôt que sur des considérations idéologiques ou normatives.

L’attaque contre le Venezuela, les crises du Proche-Orient et les frappes israélo-américaines sur l’Iran s’inscrivent dans une dynamique plus large de diplomatie transactionnelle et d’un durcissement de la politique étrangère conduit par un Donald Trump sans retenue. Dans quelle mesure ce positionnement est-il susceptible de fragiliser les alliances et les partenariats stratégiques des États-Unis ?

La dimension conflictuelle de la diplomatie américaine actuelle illustre un retour assumé à une politique de hard power avec un Donald Trump s’exprimant et agissant avant tout comme un « commander in Chief ». Cette ligne belliqueuse tous azimuts, présentée comme la défense de la primauté de l’intérêt national américain immédiat, America First, ne peut que fragiliser la confiance stratégique des alliés traditionnels de l’Indo-Pacifique, région pourtant au cœur de la rivalité systémique entre la Chine et les États-Unis. Confrontés à l’interventionnisme grandissant de la politique étrangère américaine, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie se sont sentis marginalisés. Les frappes contre l’Iran ont été décidées sans consultation approfondie avec eux, alors même qu’elles ont des effets directs sur leur sécurité énergétique et économique. Le Japon a exprimé ses préoccupations quant à l’absence de coordination stratégique, tout en soutenant formellement l’alliance avec Washington. La Corée du Sud redoute que l’engagement militaire américain au Moyen-Orient ne détourne des ressources essentielles de la péninsule coréenne, face à la menace nord coréenne. Taïwan s’inquiète de la poursuite des livraisons d’armements américaines à son bénéfice.

Cette situation fragilise les principes fondamentaux de l’alliance : la prévisibilité et la fiabilité du protecteur américain. Sous la nouvelle présidence de Donald Trump, les alliances sont de plus en plus perçues comme des relations conditionnelles, dépendantes des contributions financières ou de l’alignement politique des partenaires. Le discours américain sur le « partage du fardeau » (burden sharing) inquiète fortement Tokyo, Séoul, Manille et Canberra, qui redoutent une protection et un soutien variables selon les priorités de Washington. L’éventuelle réduction ou le redéploiement d’actifs militaires américains vers le Moyen-Orient a ravivé la crainte d’un désengagement progressif de l’Indo-Pacifique.

Cela alimente une logique de doute stratégique chez certains alliés, les incitant à diversifier leurs partenariats et à s’engager davantage dans un processus d’autonomisation stratégique via la hausse conséquente des budgets de défense et des programmes d’acquisitions d’armements. Le Japon renforce ses coopérations avec l’Australie, les États européens (Royaume-Uni, France), l’OTAN tout en accélérant sa montée en puissance militaire. Des débats sur le tabou de l’acquisition de capacités nucléaires militaires se font jour en Corée du Sud. Les pays de l’ASEAN, traditionnellement non alignés, redoublent de prudence et évitent de s’associer ouvertement aux actions américaines au Moyen Orient, privilégiant le dialogue et le multilatéralisme.

On soulignera que ce durcissement américain crée également des opportunités géopolitiques pour Pékin, qui se présente comme une puissance plus prévisible et favorable à la stabilité. La Chine a condamné les frappes israélo-américaines tout en appelant à une solution politique, renforçant son image de médiateur responsable, notamment auprès des pays du Sud global. Certains États asiatiques, sans rompre avec Washington, adoptent une posture d’équilibrage stratégique (hedging) entre les États-Unis et la Chine. Ce qui à terme affaiblit la capacité des États Unis à fédérer un front asiatique uni contre Pékin.

Malgré ces tensions, il serait excessif de parler d’une remise en cause des alliances asiatiques des États-Unis que ce soit par Washington ou ses partenaires. Les garanties de sécurité américaines restent indispensables face au front mouvant que présentent la Chine, la Corée du Nord et la Russie. Les grandes manœuvres et exercices d’entrainements conjoints comme Balikatan, Cobra Gold en Asie du Sud-Est ou Ulchi Freedom Shield en Asie du Nord menés sous l’égide américaine se poursuivent avec la même ampleur. Les forums et dialogues de sécurité dont ceux organisés autour de l’ASEAN et des cadres de coopération comme le Quad, rassemblant les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie, continuent d’exister, bien que sur un mode plus pragmatique. Toutefois, la guerre au Moyen-Orient agit comme un révélateur des limites du leadership américain et accélère une évolution vers des partenariats et des formats plus transactionnels, moins idéologiques et plus conditionnels. À terme, la principale menace pour Washington n’est donc pas la fin des alliances, mais leur érosion normative et leur désenchantement stratégique.

L’article L’Indo-Pacifique face à la guerre au Moyen-Orient : entre inquiétude et résignation est apparu en premier sur IRIS.

3 / 10
  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Catastrophes naturelles
Conspis
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Information
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
🌓