
27.03.2026 à 17:13
admn_iris
États-Unis et Israël conduisent des opérations aériennes sur l’Iran depuis le 28 février 2026. Mais depuis la mi-mars, des renforts en unités à capacités aéroterrestres sont en cours d’acheminement vers le théâtre d’opérations. Il s’agit de deux Marine Expeditionary Unit (MEU). Ces unités embarquées sur leurs propres bateaux disposent de capacités aériennes et terrestres puissantes et de moyens d’appui et de soutien[1] diversifiés. Elles sont débarquées en amphibie ou héliportées et peuvent combattre en autonomie avec 2 500 combattants. Environ 3 000 parachutistes de la 82e division parachutiste sont aussi annoncés. Fortement entraînés, mais avec des capacités de combat moins puissantes, ils trouveront sur les bases américaines du Proche-Orient les appuis et soutiens complémentaires à leurs engagements qui commencent souvent par parachutage ou héliportage. Les lignes d’opérations et les capacités tactiques Définir les missions de ces unités, c’est évaluer d’abord leur apport potentiel aux lignes d’opérations stratégiques (LOS) : 1/ Destructions des capacités nucléaires militaires ; 2/ Destructions des capacités balistiques ; 3/ Destructions des capacités de combat aériennes, terrestres et navales, principalement des Pasdarans ; 4/ Neutralisation des milices Bassidjis ; 5/ Décapitation des instances dirigeantes religieuses, civiles et militaires ; 6/ Saisie d’un « centre de gravité » stratégique ; 7/ Soulèvement de la population. Auxquelles s’est rajoutée une nouvelle ligne non prévue, semble-t-il : 8/ Sécurisation du détroit d’Ormuz. Toutes ces LOS concourent à un but politique, qui semblait certes différent au début pour Israël et les États-Unis, mais qui pourrait, au vu des résultats peu conclusifs, se résumer dans les semaines qui viennent en un consensus : « affaiblir suffisamment le régime pour qu’il ne reprenne pas son programme agressif avant plusieurs années ». Un but politique « de raison » qui s’éloigne de la recherche de la chute du régime au vu de sa résilience présente et permettra d’argumenter le retrait qui semble se préparer via des pourparlers. C’est aussi, et surtout, […]
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États-Unis et Israël conduisent des opérations aériennes sur l’Iran depuis le 28 février 2026. Mais depuis la mi-mars, des renforts en unités à capacités aéroterrestres sont en cours d’acheminement vers le théâtre d’opérations. Il s’agit de deux Marine Expeditionary Unit (MEU). Ces unités embarquées sur leurs propres bateaux disposent de capacités aériennes et terrestres puissantes et de moyens d’appui et de soutien[1] diversifiés. Elles sont débarquées en amphibie ou héliportées et peuvent combattre en autonomie avec 2 500 combattants. Environ 3 000 parachutistes de la 82e division parachutiste sont aussi annoncés. Fortement entraînés, mais avec des capacités de combat moins puissantes, ils trouveront sur les bases américaines du Proche-Orient les appuis et soutiens complémentaires à leurs engagements qui commencent souvent par parachutage ou héliportage.
Définir les missions de ces unités, c’est évaluer d’abord leur apport potentiel aux lignes d’opérations stratégiques (LOS) : 1/ Destructions des capacités nucléaires militaires ; 2/ Destructions des capacités balistiques ; 3/ Destructions des capacités de combat aériennes, terrestres et navales, principalement des Pasdarans ; 4/ Neutralisation des milices Bassidjis ; 5/ Décapitation des instances dirigeantes religieuses, civiles et militaires ; 6/ Saisie d’un « centre de gravité » stratégique ; 7/ Soulèvement de la population. Auxquelles s’est rajoutée une nouvelle ligne non prévue, semble-t-il : 8/ Sécurisation du détroit d’Ormuz. Toutes ces LOS concourent à un but politique, qui semblait certes différent au début pour Israël et les États-Unis, mais qui pourrait, au vu des résultats peu conclusifs, se résumer dans les semaines qui viennent en un consensus : « affaiblir suffisamment le régime pour qu’il ne reprenne pas son programme agressif avant plusieurs années ». Un but politique « de raison » qui s’éloigne de la recherche de la chute du régime au vu de sa résilience présente et permettra d’argumenter le retrait qui semble se préparer via des pourparlers.
C’est aussi, et surtout, évaluer la capacité tactique des moyens mobilisés à les réaliser.
À ce titre, il est clair que ces moyens de renfort ne pourront que remplir des missions dans un cadre espace-temps limité, en périphérie de l’Iran pour faciliter leur désengagement voire, plus risqué, dans la profondeur de son territoire.
Pour la LOS 1 : les tactiques utilisées depuis plusieurs années s’articulent autour des bombardements de sites, des attaques cyber ou des neutralisations de scientifiques. On voit mal ce qu’une opération terrestre viendrait apporter, y compris pour rechercher et emporter les 440 kg d’uranium enrichi. Il faut d’abord savoir où ils sont et, surtout, les Iraniens ont naturellement mis en place autour de ces stocks un système de défense capable de détruire toute force, aussi prestigieuse soit-elle, au moment de son arrivée sur site, nécessairement par voie des airs. Un impact égal au fiasco de l’opération Eagle Claw [2]en perspective…
Pour la LOS 2 : le raisonnement sur la probabilité de réussite tactique et d’intérêt opérationnel d’une telle mission est le même que pour la LOS 1.
Pour la LOS 3 (à lier à la LOS 8) : pour l’instant ici, la priorité tactique est donnée aux frappes aériennes et aux opérations sous-marines. Mais il n’est pas exclu que certains repaires d’unités de drone naval ou de missiles antinavires sur les rivages du détroit d’Ormuz soient difficiles à traiter ainsi. Une opération coup de poing depuis la mer ou les airs sur eux peut avoir du sens tactique et stratégique, car c’est dans sa capacité à interdire la navigation et donc à étrangler le commerce mondial, et par ce fait, à discréditer les États-Unis, que réside aujourd’hui la force de l’Iran. Mais ces opérations doivent être incluses dans une action d’ensemble continue dans le temps et dans l’espace pour traiter plus de 150 kilomètres de côtes avec une grande ville – Bandar Abbas – dans laquelle les sites de tir antinavires peuvent être dissimulés. La bataille pour Ormuz, si elle doit être livrée, sera une guerre dans la guerre dans laquelle les forces aéroterrestres pourraient avoir un rôle, mais semblent en nombre largement insuffisant.
Pour la LOS 4 : la milice Bassidji agit en civil au sein de la population. Elle est attaquée, notamment à Téhéran, par des frappes aériennes, sur renseignements fournis par la population hostile au pouvoir (plusieurs hauts gradés, dont le chef lui-même, ont été tués). Cette tactique conduit à des dommages collatéraux, mais une opération terrestre au cœur des villes n’a aucun sens tactique. C’est une affaire d’unités secrètes.
Pour la LOS 5 : la tactique utilisée depuis le début de la guerre est la frappe aérienne, mais aussi l’opération secrète (attaque sur le général Qassem Soleimani en 2020). Une MEU ou des parachutistes n’ont rien de plus à apporter à ces solutions éprouvées.
Pour la LOS 6 : l’atout stratégique évident est l’île de Kharg, cœur économique de l’Iran, d’où partent les exportations de pétrole et de gaz finançant le régime. Les installations militaires de protection ont été bombardées à la mi-mars, mais seront certainement régénérées avant une possible attaque. Ce serait une opération à fort coût, tant pour la saisie de force que pour tenir dans la durée. Une occasion pour l’Iran d’infliger des pertes humaines aux Américains. Donc une opération très difficile tactiquement et potentiellement préjudiciable politiquement tant en politique intérieure américaine que vis-à-vis des clients de l’énergie iranienne, au premier chef la Chine.
Pour la LOS 7 : il n’existe pas d’opposition organisée et armée à soutenir comme c’était le cas avec l’alliance du Nord en Afghanistan par exemple. Cependant, quelques unités kurdes, entraînées par les forces spéciales américaines s’infiltrent déjà depuis l’Irak au nord-ouest du pays. Un soutien par les unités d’infanteries américaines citées est tactiquement possible, jusqu’à la contre-attaque de la division des Pasdarans qui tient la zone. Le rapport de force n’est pas en faveur des Kurdes. Stratégiquement, une telle opération aurait un effet très limité et enfin, elle pourrait avoir un effet politique désastreux en enkystant des ferments de guerre civile communautaire sans espoir.
Il est difficile d’imaginer un apport positif par ces déploiements d’unités à capacité aéroterrestres aux opérations de guerre actuellement en cours. Mais, les deux principes amplificateurs d’efficacité militaires sont justement la surprise et son corollaire, la déception[3]. Au-delà des options étudiées ci-dessus, que l’Iran connaît, l’idée première de cet affichage pourrait être de pousser l’état-major iranien à démultiplier ses efforts de protection au-delà de la défense antiaérienne et à diluer en conséquence ses capacités dans de multiples postures afin d’éviter toute surprise. Surprise qui pourrait être l’attaque d’un objectif non analysé ici. Toutefois, le gain sur l’issue du conflit paraît très faible et le risque de pertes humaines élevé, avec des dommages politiques importants.
[1] Les « appuis » sont les moyens de combat qui viennent renforcer une force donnée (artillerie, génie, drones, etc.) et les « soutiens » sont les unités logistiques qui permettent son engagement (ravitaillement, munitions, mécanique…).
[2] Opération conduite en Iran le 24 avril 1980 pour tenter de libérer les otages de l’ambassade des États-Unis à Téhéran dont l’échec a coûté la vie à huit soldats et la perte de deux aéronefs.
[3] La déception constitue le volet proprement militaire de la désinformation.
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27.03.2026 à 12:22
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Depuis plusieurs années, Cuba fait face à une situation économique et sociale particulièrement tendue, largement accentuée par l’embargo des États-Unis, qui limite fortement les échanges commerciaux et l’accès aux ressources. La pandémie de Covid-19 a également durement frappé le pays, notamment avec la chute du tourisme, un secteur clé pour l’économie cubaine. Dans ce contexte déjà fragile, les récentes déclarations de Donald Trump ont ravivé les tensions, évoquant un possible durcissement des mesures à l’encontre du gouvernement cubain. Par ailleurs, l’intervention miliaire américaine au Venezuela a eu un impact direct sur Cuba, plongeant l’île dans une grave crise énergétique. La population cubaine est aujourd’hui fortement touchée, et le pays se rapproche d’une situation humanitaire dramatique. Alors que les États-Unis sont déjà engagés dans la guerre en Iran, des interrogations demeurent : quelles sont leurs véritables intentions vis-à-vis de Cuba ? Cherchent-ils à affaiblir durablement le régime ou à provoquer un changement politique ? Quelle est la gravité de la situation économique à Cuba aujourd’hui ? Pourquoi la dépendance au Venezuela a-t-elle un impact aussi important sur l’île ? Et surtout, quelles répercussions ces tensions auront-elles sur la vie quotidienne des Cubains ? Nouvelle chronique de l’Amérique latine avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Amérique latine/Caraïbe.
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Depuis plusieurs années, Cuba fait face à une situation économique et sociale particulièrement tendue, largement accentuée par l’embargo des États-Unis, qui limite fortement les échanges commerciaux et l’accès aux ressources. La pandémie de Covid-19 a également durement frappé le pays, notamment avec la chute du tourisme, un secteur clé pour l’économie cubaine. Dans ce contexte déjà fragile, les récentes déclarations de Donald Trump ont ravivé les tensions, évoquant un possible durcissement des mesures à l’encontre du gouvernement cubain. Par ailleurs, l’intervention miliaire américaine au Venezuela a eu un impact direct sur Cuba, plongeant l’île dans une grave crise énergétique. La population cubaine est aujourd’hui fortement touchée, et le pays se rapproche d’une situation humanitaire dramatique. Alors que les États-Unis sont déjà engagés dans la guerre en Iran, des interrogations demeurent : quelles sont leurs véritables intentions vis-à-vis de Cuba ? Cherchent-ils à affaiblir durablement le régime ou à provoquer un changement politique ? Quelle est la gravité de la situation économique à Cuba aujourd’hui ? Pourquoi la dépendance au Venezuela a-t-elle un impact aussi important sur l’île ? Et surtout, quelles répercussions ces tensions auront-elles sur la vie quotidienne des Cubains ?
Nouvelle chronique de l’Amérique latine avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, responsable du Programme Amérique latine/Caraïbe.
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26.03.2026 à 16:13
Déborah Yapi
Puissance agricole incontournable, acteur diplomatique en devenir, le Brésil s’impose aujourd’hui comme un pivot stratégique dans un monde en pleine recomposition. Entre une gouvernance marquée par le clientélisme et l’influence structurante de la bancada ruralista, une diplomatie du non-alignement portée par Lula da Silva, et un mix énergétique décarboné à 50 % unique parmi les grands émetteurs, le pays dispose d’atouts considérables — mais aussi de failles profondes. À l’horizon 2035 et 2050, la vraie bataille ne se joue pas dans ses champs ou ses forêts : elle se joue dans les normes mondiales, les enceintes climatiques et la capacité du Brésil à faire reconnaître ses modèles tropicaux d’agriculture et d’énergie comme des références globales. À l’occasion de la sortie du Déméter 2026, Caroline Rayol, senior intelligence strategic analyst au sein du Groupe d’intelligence économique ADIT, répond à nos différentes questions :
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Puissance agricole incontournable, acteur diplomatique en devenir, le Brésil s’impose aujourd’hui comme un pivot stratégique dans un monde en pleine recomposition. Entre une gouvernance marquée par le clientélisme et l’influence structurante de la bancada ruralista, une diplomatie du non-alignement portée par Lula da Silva, et un mix énergétique décarboné à 50 % unique parmi les grands émetteurs, le pays dispose d’atouts considérables — mais aussi de failles profondes. À l’horizon 2035 et 2050, la vraie bataille ne se joue pas dans ses champs ou ses forêts : elle se joue dans les normes mondiales, les enceintes climatiques et la capacité du Brésil à faire reconnaître ses modèles tropicaux d’agriculture et d’énergie comme des références globales.
À l’occasion de la sortie du Déméter 2026, Caroline Rayol, senior intelligence strategic analyst au sein du Groupe d’intelligence économique ADIT, répond à nos différentes questions :
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