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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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02.07.2026 à 16:09

Syrie : une transition en question

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Plus de quinze ans après le début de la guerre civile en Syrie, et la chute du régime Assad fin 2024, le pays reste confronté à de nombreux enjeux politiques, sécuritaires, économiques et sociaux. Les attaques israélo-américaines contre l’Iran et le Liban ont eu des répercussions sur l’ensemble de la région, notamment en Syrie, retardant les investissements étrangers indispensable à sa reconstruction, fragilisant ainsi davantage le pays. Ces tensions régionales affectent également sa situation sécuritaire qui reste fragile malgré une amélioration depuis les violences de 2025. Sur le plan politique, les élections législatives organisées en octobre 2025 ont marqué un tournant pour le pays mais elles soulèvent des interrogations sur la capacité des autorités syriennes à renforcer la souveraineté du pays, reconstruire des institutions solides et une société civile active. Dans ce contexte, quels sont les perspectives de reconstruction du pays et les principaux enjeux sécuritaires ? Quel état des lieux peut-on dresser de la situation politique et sociale en Syrie ? Le point avec Didier Billion, directeur adjoint de l’IRIS, en charge du Programme Moyen-Orient/Afrique du Nord. Quel est l’impact des attaques israélo-étatsuniennes contre l’Iran et le Liban pour la Syrie ? Nous savons les effets déstabilisateurs de la guerre déclarée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février pour toute la région. La Syrie qui tente difficilement de refonder des formes de stabilité politique et économique après presque 14 années de guerre civile subit elle aussi les conséquences de la situation induite. Certes, elle a été épargnée par les combats ou les bombardements, mais on peut aisément comprendre que dans cette situation de tensions et de déstabilisation les investissements directs étrangers (IDE) dont elle a un besoin vital ne lui parviennent que très insuffisamment. La Turquie et l’Arabie saoudite qui apparaissaient initialement comme les États les plus mobilisés pour aider […]

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Texte intégral (1589 mots)

Quel est l’impact des attaques israélo-étatsuniennes contre l’Iran et le Liban pour la Syrie ?

Nous savons les effets déstabilisateurs de la guerre déclarée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février pour toute la région. La Syrie qui tente difficilement de refonder des formes de stabilité politique et économique après presque 14 années de guerre civile subit elle aussi les conséquences de la situation induite. Certes, elle a été épargnée par les combats ou les bombardements, mais on peut aisément comprendre que dans cette situation de tensions et de déstabilisation les investissements directs étrangers (IDE) dont elle a un besoin vital ne lui parviennent que très insuffisamment. La Turquie et l’Arabie saoudite qui apparaissaient initialement comme les États les plus mobilisés pour aider à la reconstruction du pays montrent leurs limites : la première en raison de ses difficultés économiques intérieures, la seconde parce que les ambitieux et très onéreux projets de Mohamed Ben Salmane sont entravés par les conséquences du 28 février. Comme à son habitude, l’Union européenne est plus une spectatrice des événements qu’un acteur résolu et, dans le cas présent, semble plus préoccupée par la question des réfugiés syriens qui se trouvent sur son sol et qu’elle voudrait renvoyer dans leur pays que par la mise en place d’un plan d’aide effective et planifiée à la Syrie. La Chine, à ce stade, reste très prudente et ne tient visiblement pas à prendre quelque risque que ce soit en s’engageant plus avant aux côtés de Damas. Pour des raisons évidentes, liées à la guerre en Ukraine, la Russie n’est plus un acteur influent, même si elle est parvenue à pérenniser la présence de ses bases militaires sur le sol syrien, dossier pour elle essentiel. Quant aux États-Unis, Donald Trump dans un moment d’égarement mental a récemment proposé que les troupes d’Ahmed al-Charaa interviennent militairement au Liban pour régler son compte au Hezbollah… preuve supplémentaire de son abyssale méconnaissance de la situation régionale et des dynamiques politiques qui y prévalent.

Les conjonctures régionale et internationale sont donc mauvaises pour la Syrie qui voit les perspectives de sa reconstruction retardées alors que l’urgence de la situation nécessiterait au contraire d’en accélérer le rythme.

Les enjeux sécuritaires influencent directement les perspectives de reconstruction et de normalisation du pays. Où en est actuellement la question sécuritaire syrienne ?

Loin d’être stabilisée, elle s’est néanmoins améliorée. Les violences qui s’étaient déchaînées en mars 2025 contre des loyalistes du régime de Bachar al-Assad dans les régions côtières du pays puis s’étaient transformées en violences communautaires contre des membres de la communauté alaouite – environ 1500 civils tués –, puis en juillet de la même année, cette fois-ci contre des villages druzes ayant alors probablement fait plus de 1200 victimes et entraînées le déplacement de plus de 100 000 personnes ne se sont pas reproduites. En dépit d’accrochages sporadiques qui persistent, les violences n’ont plus le même degré d’intensité. Au mois de janvier 2026, des combats se sont cette fois cristallisés contre les quartiers kurdes d’Alep puis contre les régions du Nord-Est du pays, de facto en situation d’autonomie.

Le dernier sujet de préoccupation concernait l’éventuelle recrudescence des activités de Daech qui finalement ne s’est pas produite, en dépit de quelques opérations militaires favorisées par le retrait partiel des troupes étatsuniennes. Question afférente, celle des camps de prisonniers djihadistes sous contrôle kurde qui sont passés de manière organisée sous celui des troupes d’Ahmed al-Charaa, évitant ainsi leur fuite et leur éparpillement.

Si la situation sécuritaire n’est donc pas totalement stabilisée, elle s’est incontestablement améliorée. Pour autant, un sérieux point de tension persiste en raison de la politique israélienne : instrumentalisation d’une partie de la communauté druze pour créer des zones de tensions dans le sud du pays, bombardements aériens qui se poursuivent régulièrement sur le territoire syrien et élargissement de la zone occupée illégalement par l’armée de Tel-Aviv sur les contreforts du plateau du Golan se conjuguent comme autant de défis pour le pouvoir de Damas. On peut regretter que la soi-disant communauté internationale reste au demeurant quasi muette quant à ces entorses manifestes au droit international. Pour ces raisons, les facteurs de déstabilisation sont désormais plus géopolitiques que strictement confessionnels, même si des formes de « revanchardisme sunnite » n’ont pas disparu et peuvent créer des situations de tensions.

Cette réduction des facteurs de violence s’explique par la volonté affirmée et méthodique des nouvelles autorités politiques de reconstruire un appareil sécuritaire centralisé, attachant une importance particulière à l’institution militaire. Ainsi, de nombreuses mesures se sont conjuguées : intégration progressive des milices, réouverture d’écoles d’officiers et de sous-officiers dès l’été 2025, volonté de faire rentrer l’armée dans ses casernes, instauration d’une stricte discipline, concourent à la réalisation de l’objectif affiché, même si des facteurs de fragilité persistent indéniablement.

Ces tensions régionales interviennent dans un pays où la stabilité demeure précaire. Quel état des lieux peut-on dresser de la situation politique et sociale en Syrie ?

Des élections législatives ont été organisées le 5 octobre 2025, les premières depuis la chute de Bachar al-Assad. On peut d’ailleurs se demander si elles n’ont pas eu lieu trop rapidement pour une société atomisée par les épreuves endurées durant les années de guerre civile. Facteur aggravant, tous les partis politiques ont été interdits après la prise du pouvoir d’al-Charaa et on peut légitimement s’interroger sur la crédibilité d’élections organisées dans de telles conditions.

Le système électoral mis en œuvre est en outre d’une grande complexité, mais, pour aller à l’essentiel, les deux tiers des candidats ont été sélectionnés par des comités locaux nommés par une commission électorale composée par Ahmed al-Charaa. Le dernier tiers a été pour sa part directement désigné par ce dernier. C’est dans ces conditions singulières que 210 parlementaires ont été élus/désignés, au sein desquels seulement 4 % sont des femmes.

Ces nouveaux législateurs sont tous idéologiquement proches du pouvoir et ne seront guère enclins à s’opposer aux propositions et décisions de l’exécutif. En réalité, il semble bien que les tâches principales dans les mois et les années à venir soient de reconstruire les liens sociaux détruits par la guerre, de reconstituer une identité citoyenne, de mettre en œuvre une justice transitionnelle. Pour ce faire, le pouvoir doit s’appuyer sur les habitudes de solidarité encore vivaces au sein de la société syrienne et sur les forces vives – militants associatifs, intellectuels, entrepreneurs, etc. –, plutôt que de les maintenir dans une situation de marginalisation. C’est le triple mouvement de reconstruction d’un appareil étatique efficient, de reconstitution d’une société civile active et de préservation de la souveraineté du pays qui constituent les principaux défis du pouvoir. Nul ne sait s’il y parviendra.

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02.07.2026 à 15:53

Mélenchon veut une révolution géopolitique

stagiairedecomm@iris-france.org

Jean-Luc Mélenchon a prononcé, le samedi 27 juin, un discours d’une heure lors d’un colloque organisé par l’Institut La Boétie sur le thème « La nouvelle géopolitique, la France, l’Europe et le monde ». Pour le candidat à l’élection présidentielle, une éventuelle arrivée à l’Élysée ne se traduirait pas par une simple évolution de la diplomatie française, mais par une véritable révolution dans ce domaine. Son analyse part d’un constat : l’ordre économique et l’ordre géopolitique sont indissociables. Depuis 1971, les États-Unis disposent du privilège d’imprimer autant de monnaie qu’ils le souhaitent. Or cette domination touche, selon lui, à sa fin. Le dollar repose sur des matières premières notamment le pétrole, et la civilisation pétrolière débouche sur une crise écologique globale. Mélenchon estime que Washington n’a anticipé ni la montée en puissance de la Chine, ni le rapprochement de celle-ci avec la Russie. Il rappelle que l’URSS s’est effondrée après son retrait d’Afghanistan et suggère que les États-Unis pourraient suivre une trajectoire comparable. Face à ce déclin annoncé, il revendique un monde organisé autour du droit international et de l’ONU, seule instance représentant, selon lui, l’ensemble de l’humanité, contrairement au G7 ou au G20, et plaide pour une réforme de l’organisation. Sur le plan des alliances, il annonce vouloir sortir de l’OTAN, tout en proposant d’ouvrir des discussions avec la Russie pour établir des garanties mutuelles de sécurité après un retrait d’Ukraine. Il défend également un désarmement nucléaire au Moyen-Orient et un rapprochement coopératif avec la Chine. Mon analyse dans cette vidéo.

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Jean-Luc Mélenchon a prononcé, le samedi 27 juin, un discours d’une heure lors d’un colloque organisé par l’Institut La Boétie sur le thème « La nouvelle géopolitique, la France, l’Europe et le monde ». Pour le candidat à l’élection présidentielle, une éventuelle arrivée à l’Élysée ne se traduirait pas par une simple évolution de la diplomatie française, mais par une véritable révolution dans ce domaine.

Son analyse part d’un constat : l’ordre économique et l’ordre géopolitique sont indissociables. Depuis 1971, les États-Unis disposent du privilège d’imprimer autant de monnaie qu’ils le souhaitent. Or cette domination touche, selon lui, à sa fin. Le dollar repose sur des matières premières notamment le pétrole, et la civilisation pétrolière débouche sur une crise écologique globale.

Mélenchon estime que Washington n’a anticipé ni la montée en puissance de la Chine, ni le rapprochement de celle-ci avec la Russie. Il rappelle que l’URSS s’est effondrée après son retrait d’Afghanistan et suggère que les États-Unis pourraient suivre une trajectoire comparable. Face à ce déclin annoncé, il revendique un monde organisé autour du droit international et de l’ONU, seule instance représentant, selon lui, l’ensemble de l’humanité, contrairement au G7 ou au G20, et plaide pour une réforme de l’organisation.

Sur le plan des alliances, il annonce vouloir sortir de l’OTAN, tout en proposant d’ouvrir des discussions avec la Russie pour établir des garanties mutuelles de sécurité après un retrait d’Ukraine. Il défend également un désarmement nucléaire au Moyen-Orient et un rapprochement coopératif avec la Chine.

Mon analyse dans cette vidéo.

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02.07.2026 à 12:30

Les banques au cœur de la guerre contre le crime organisé : l’émergence d’un renseignement financier privé

Coline Laroche              

La mondialisation a profondément transformé les conditions d’exercice de la criminalité organisée. Les organisations criminelles contemporaines ne se limitent plus à des territoires ou à des activités spécifiques ; elles exploitent les flux financiers internationaux, les nouvelles technologies et les asymétries règlementaires pour développer des activités transnationales particulièrement résilientes. Dans ce contexte, le blanchiment de capitaux est devenu le centre de gravité du crime organisé. Qu’il s’agisse de trafic de stupéfiants, de cybercriminalité, de corruption ou de traite des êtres humains, la pérennité des réseaux criminels repose sur leur capacité à intégrer les revenus illicites dans l’économie légale. Face à cette évolution, les États ont progressivement déplacé leur attention des activités criminelles elles-mêmes vers les flux financiers qui les soutiennent. Cette transformation a conduit à l’émergence d’une nouvelle architecture de sécurité dans laquelle les institutions financières occupent une place centrale. À travers les dispositifs de connaissance client, la surveillance transactionnelle, l’identification des bénéficiaires effectifs ou les déclarations de soupçon, les banques collectent quotidiennement une quantité considérable d’informations relatives aux comportements économiques des individus et des organisations. Cette évolution soulève une question fondamentale : les banques sont-elles encore de simples intermédiaires financiers ou sont-elles devenues des acteurs à part entière du renseignement contemporain et l’un des principaux terrains de confrontation entre les États et les organisations criminelles au XXIe siècle ?

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La mondialisation a profondément transformé les conditions d’exercice de la criminalité organisée. Les organisations criminelles contemporaines ne se limitent plus à des territoires ou à des activités spécifiques ; elles exploitent les flux financiers internationaux, les nouvelles technologies et les asymétries règlementaires pour développer des activités transnationales particulièrement résilientes. Dans ce contexte, le blanchiment de capitaux est devenu le centre de gravité du crime organisé. Qu’il s’agisse de trafic de stupéfiants, de cybercriminalité, de corruption ou de traite des êtres humains, la pérennité des réseaux criminels repose sur leur capacité à intégrer les revenus illicites dans l’économie légale.

Face à cette évolution, les États ont progressivement déplacé leur attention des activités criminelles elles-mêmes vers les flux financiers qui les soutiennent. Cette transformation a conduit à l’émergence d’une nouvelle architecture de sécurité dans laquelle les institutions financières occupent une place centrale. À travers les dispositifs de connaissance client, la surveillance transactionnelle, l’identification des bénéficiaires effectifs ou les déclarations de soupçon, les banques collectent quotidiennement une quantité considérable d’informations relatives aux comportements économiques des individus et des organisations.

Cette évolution soulève une question fondamentale : les banques sont-elles encore de simples intermédiaires financiers ou sont-elles devenues des acteurs à part entière du renseignement contemporain et l’un des principaux terrains de confrontation entre les États et les organisations criminelles au XXIe siècle ?

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