
15.06.2026 à 14:23
Coline Laroche
Plus de trois mois après le déclenchement du conflit qui a opposé Israël, les États-Unis et l’Iran nul ne peut en prédire l’issue définitive, en dépit de l’annonce d’un accord dont les contours restent flous et les interprétations à géométrie variable. L’Iran a démontré une capacité de résilience et de riposte qui avait été sous-estimée par ses adversaires. L’Iran sort vainqueur de cette confrontation. Ses adversaires n’ayant rejoint aucun des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Le régime est en place et son emprise est plus forte que jamais. Téhéran ne cèdera pas son uranium enrichi en dépit des déclarations triomphantes de Donald Trump. Sa capacité balistique qui semé la terreur dans toute la région n’est que très faiblement entamée. Ses avoirs à l’étranger, notamment dans le Golfe, sont partiellement débloqués et le sort du détroit d’Ormuz n’est pas scellé. Quelles conséquences pour les alliances conclues ? Cet épisode guerrier qui a embrasé toute la région du Golfe a déjà eu des conséquences importantes. Il n’est plus sûr que les pays de la région qui ont déjà essuyé plusieurs milliers de tirs (7 500) de la part des Iraniens sur leurs infrastructures aient conservé leur confiance dans les capacités de leur allié (protecteur) américain à assurer leur sécurité. Au contraire, un ressentiment est palpable envers ceux qui les ont entrainés malgré eux dans un conflit qui met en péril la stabilité de la région et tout ce qui s’y rattache. Les contacts officiels entre Riyad et Washington se sont nettement ralentis depuis quelques mois. C’est le signe d’un refroidissement des relations. Un conflit révélateur de l’impuissance des pays de la région face aux menaces Ce qui étonne le plus c’est la paralysie dont semblent frappés les pays de la région. L’embarras dans lequel ils se trouvent est le signe d’une impuissance révélée au grand […]
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Plus de trois mois après le déclenchement du conflit qui a opposé Israël, les États-Unis et l’Iran nul ne peut en prédire l’issue définitive, en dépit de l’annonce d’un accord dont les contours restent flous et les interprétations à géométrie variable. L’Iran a démontré une capacité de résilience et de riposte qui avait été sous-estimée par ses adversaires. L’Iran sort vainqueur de cette confrontation. Ses adversaires n’ayant rejoint aucun des objectifs qu’ils s’étaient fixés. Le régime est en place et son emprise est plus forte que jamais. Téhéran ne cèdera pas son uranium enrichi en dépit des déclarations triomphantes de Donald Trump. Sa capacité balistique qui semé la terreur dans toute la région n’est que très faiblement entamée. Ses avoirs à l’étranger, notamment dans le Golfe, sont partiellement débloqués et le sort du détroit d’Ormuz n’est pas scellé.
Cet épisode guerrier qui a embrasé toute la région du Golfe a déjà eu des conséquences importantes. Il n’est plus sûr que les pays de la région qui ont déjà essuyé plusieurs milliers de tirs (7 500) de la part des Iraniens sur leurs infrastructures aient conservé leur confiance dans les capacités de leur allié (protecteur) américain à assurer leur sécurité. Au contraire, un ressentiment est palpable envers ceux qui les ont entrainés malgré eux dans un conflit qui met en péril la stabilité de la région et tout ce qui s’y rattache. Les contacts officiels entre Riyad et Washington se sont nettement ralentis depuis quelques mois. C’est le signe d’un refroidissement des relations.
Ce qui étonne le plus c’est la paralysie dont semblent frappés les pays de la région. L’embarras dans lequel ils se trouvent est le signe d’une impuissance révélée au grand jour. La protection américaine n’a pas suffi à préserver les pays de la région. Pire, ils ont été entrainés malgré eux dans un conflit qu’ils n’avaient pas souhaité.
Riyad qui avait commencé à construire avant le conflit un nouvel axe régional (Turquie, Pakistan, Égypte et Qatar) se voit conforté dans cette voie. Le rapprochement de Mohamed Ben Salman avec la Turquie revêt ici une importance capitale. Riyad et Ankara ont le projet de créer (ou de faire revivre) un couloir terrestre pour l’acheminement des marchandises entre les pays du Golfe et l’Europe. Il s’agit de faire revivre la fameuse ligne du chemin de fer du Hedjaz qui reliait Istanbul à la Mecque. Ligne qui avait été inaugurée en 1908 au temps de l’Empire ottoman. Cette ligne qui passe par la Turquie, la Syrie, la Jordanie et l’Arabie saoudite serait connectée à d’autres lignes ferroviaires dans la péninsule arabique. Le Qatar étudie pour sa part l’idée de remettre en fonction un gazoduc qui le relierait au port de Banyas en Syrie.
Le projet saoudo-turc vise aussi à contourner la fermeture du détroit d’Ormuz et d’échapper aux tarifs d’assurance qui ont augmenté de 300 %.
Autre particularité, tous ces projets mettent en relief l’importance de la Syrie de l’après-Assad. Les deux principaux alliés du président syrien Ahmed al-Charaa (Turquie et Arabie saoudite) permettront ainsi à ce pays exsangue de tirer de substantiels bénéfices des droits de passage sur son territoire. Damas passe ainsi de paria du Moyen-Orient à un rôle central.
L’absence de riposte des pays du Golfe aux attaques qu’ils subissent de la part des Iraniens est le signe d’un désarroi. Ces pays tentent malgré tout de préserver l’avenir. Ils savent que l’Iran sera toujours leur voisin immédiat et qu’il faudra faire avec. L’absence de riposte (à part un raid de l’aviation émiratie en avril dernier) s’explique aussi par la faiblesse structurelle des armées du Golfe. Les Monarchies de la péninsule ne souhaitent pas s’engager dans un conflit dont l’issue est plus qu’incertaine. Le formidable arsenal accumulé ces dernières années ne leur sert à rien et leur dissuasion est réduite à la plus simple expression.
Dans cet ensemble le cas d’Oman est assez emblématique. Le Sultanat a toujours affiché une neutralité de bon aloi et a cherché à privilégier les voies du dialogue. Jusqu’au déclenchement des hostilités, Oman jouait le rôle d’intermédiaire entre l’Iran son voisin et les États-Unis. La contribution d’Oman à la conclusion de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) avait été cruciale au début des négociations.
Après le début du conflit en février dernier, le Sultanat qui avait œuvré jusqu’au bout pour un accord s’est senti trahi par son allié américain et a été brutalement écarté de son rôle de facilitateur entre les deux parties au profit du Pakistan et plus tard du Qatar. C’est un camouflet de plus pour la diplomatie omanaise.
Saïd Badr al-Busaïdi, le ministre omanais des Affaires étrangères, ex-médiateur dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis, dans une interview à The Economist avait accusé l’administration américaine de « s’être laissée entrainer » par Israël dans cette guerre alors qu’un accord semblait à portée de main. L’assassinat de Ali Larijani, ancien secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien (2025-2026), a privé le Sultanat de son principal interlocuteur iranien.
Pourtant, Oman est un acteur régional majeur. Il partage avec l’Iran le détroit d’Ormuz dont la circulation s’effectuait principalement sur le rail omanais dans ses eaux territoriales. Le Sultanat n’a pas réagi à la fermeture d’Ormuz de la part de l’Iran, de même que les attaques iraniennes n’ont pas épargné les terminaux de Doqum et de Fahl près de Mascate. À part des protestations de pure forme, les Omanais n’ont pas réagi. Il est vrai qu’Oman tire profit de sa position en dehors des eaux du détroit. Bon nombre des denrées qui transitaient par le détroit pour approvisionner les pays du Golfe sont déchargées dans les ports omanais situés sur la mer d’Arabie et sont ensuite acheminées par voie terrestre vers leur destination.
La situation à Bahreïn, qui abrite le Commandement central des États-Unis (Centcom), et au Koweït est plus délicate. Ces deux pays sont les cibles d’attaques iraniennes des Iraniens, même si les défenses antiaériennes réussissent pour l’instant à contenir l’impact des frappes de rétorsion après les attaques américaines contre des cibles iraniennes. Le prix à payer semble assez élevé pour ces deux pays dont la situation intérieure est fragile : ils comptent tous deux de fortes minorités chiites et des cellules accusées d’être liées aux Gardiens de la Révolution iraniens ont été démantelées dans les deux pays.
La volonté de Donald Trump de vouloir parvenir à tout prix à un accord avec l’Iran aura des conséquences lourdes pour la région. L’Iran aura prouvé sa capacité à résister à deux puissances majeures. Si la situation dans le détroit d’Ormuz ne revient pas au statu quo ante et si l’Iran conservait sa capacité de poursuivre son programme nucléaire, les monarchies du Golfe devront revoir leur stratégie diplomatique. Elles devront, soit composer avec le régime iranien, soit se tourner vers de nouvelles alliances, aussi fragiles soient-elles.
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15.06.2026 à 12:53
stagiairedecomm@iris-france.org
Donald Trump a annoncé qu’un accord a été trouvé avec l’Iran et doit être signé le 19 juin en Suisse. Donald Trump le présente déjà comme un triomphe diplomatique. Pourtant, les principaux objectifs qu’il affichait au début de la crise semblent loin d’être atteints : pas de changement de régime à Téhéran, pas de transfert du stock d’uranium enrichi hors d’Iran, pas de fin du programme nucléaire iranien. L’accord prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée des sanctions américaines et l’ouverture de négociations sur le stock d’uranium enrichi, qui resterait en Iran après dilution. En revanche, rien n’est prévu concernant les missiles iraniens ou les alliances régionales de Téhéran. Le cessez-le-feu doit également s’étendre au Liban, plaçant Benyamin Netanyahou dans une position délicate : obéir à Donald Trump au risque de fragiliser sa majorité en interne, ou s’y opposer au risque d’une rupture avec Washington. Cet accord est-il une victoire des États-Unis ou la reconnaissance d’un rapport de force favorable à l’Iran ? Qui sont les véritables gagnants de ces 106 jours de guerre ? Mon analyse dans cette vidéo.
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Donald Trump a annoncé qu’un accord a été trouvé avec l’Iran et doit être signé le 19 juin en Suisse. Donald Trump le présente déjà comme un triomphe diplomatique. Pourtant, les principaux objectifs qu’il affichait au début de la crise semblent loin d’être atteints : pas de changement de régime à Téhéran, pas de transfert du stock d’uranium enrichi hors d’Iran, pas de fin du programme nucléaire iranien.
L’accord prévoit la réouverture du détroit d’Ormuz, la levée des sanctions américaines et l’ouverture de négociations sur le stock d’uranium enrichi, qui resterait en Iran après dilution. En revanche, rien n’est prévu concernant les missiles iraniens ou les alliances régionales de Téhéran.
Le cessez-le-feu doit également s’étendre au Liban, plaçant Benyamin Netanyahou dans une position délicate : obéir à Donald Trump au risque de fragiliser sa majorité en interne, ou s’y opposer au risque d’une rupture avec Washington.
Cet accord est-il une victoire des États-Unis ou la reconnaissance d’un rapport de force favorable à l’Iran ? Qui sont les véritables gagnants de ces 106 jours de guerre ?
Mon analyse dans cette vidéo.
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13.06.2026 à 15:57
admn_iris
Le président chinois Xi Jinping s’est rendu le 8 juin en Corée du Nord pour un sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pyongyang a nettement renforcé sa coopération avec Moscou, notamment sur le plan militaire et diplomatique, ce qui contribue à augmenter les tensions dans la région. À travers cette visite, la Chine cherche à consolider son alliance avec la Corée du Nord, afin de préserver son influence dans la région et affirmer sa puissance face à la Russie. Dans le même temps, la poursuite de la Corée du Nord de son programme nucléaire et ses essais balistiques représente une menace grandissante pour les pays voisins et la stabilité régionale. Quel le bilan peut-on tirer de la visite du président chinois en Corée du Nord ? Quels sont les objectifs stratégiques poursuivis par la Chine face au rapprochement entre Moscou et Pyongyang. Quelles pourraient être les conséquences d’un renforcement de la coopération sino-nord-coréenne pour la sécurité régionale ? Le point avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique. Quel état des lieux peut-on dresser de la relation sino-nord-coréenne et quels étaient les principaux enjeux (politiques, économiques, diplomatiques et sécuritaires) de cette rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un ? Cette rencontre a eu lieu les 8 et 9 juin à Pyongyang. Elle a été préparée, côté chinois, par le département des Affaires du Parti, une branche particulière des Affaires étrangères, en grande partie gérée par les services de renseignement. C’est le premier déplacement du dirigeant chinois à l’étranger depuis le début de l’année. Xi Jinping et Kim Jong-un s’étaient déjà rencontrés en présence de Vladimir Poutine le 3 septembre dernier dans une démonstration de force déployée sur la place Tiananmen, officiellement pour commémorer la fin de la Seconde Guerre […]
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Le président chinois Xi Jinping s’est rendu le 8 juin en Corée du Nord pour un sommet avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Depuis le début de la guerre en Ukraine, Pyongyang a nettement renforcé sa coopération avec Moscou, notamment sur le plan militaire et diplomatique, ce qui contribue à augmenter les tensions dans la région. À travers cette visite, la Chine cherche à consolider son alliance avec la Corée du Nord, afin de préserver son influence dans la région et affirmer sa puissance face à la Russie. Dans le même temps, la poursuite de la Corée du Nord de son programme nucléaire et ses essais balistiques représente une menace grandissante pour les pays voisins et la stabilité régionale. Quel le bilan peut-on tirer de la visite du président chinois en Corée du Nord ? Quels sont les objectifs stratégiques poursuivis par la Chine face au rapprochement entre Moscou et Pyongyang. Quelles pourraient être les conséquences d’un renforcement de la coopération sino-nord-coréenne pour la sécurité régionale ? Le point avec Emmanuel Lincot, directeur de recherche à l’IRIS, co-responsable du Programme Asie-Pacifique.
Quel état des lieux peut-on dresser de la relation sino-nord-coréenne et quels étaient les principaux enjeux (politiques, économiques, diplomatiques et sécuritaires) de cette rencontre entre Xi Jinping et Kim Jong-un ?
Cette rencontre a eu lieu les 8 et 9 juin à Pyongyang. Elle a été préparée, côté chinois, par le département des Affaires du Parti, une branche particulière des Affaires étrangères, en grande partie gérée par les services de renseignement. C’est le premier déplacement du dirigeant chinois à l’étranger depuis le début de l’année. Xi Jinping et Kim Jong-un s’étaient déjà rencontrés en présence de Vladimir Poutine le 3 septembre dernier dans une démonstration de force déployée sur la place Tiananmen, officiellement pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale et la victoire contre le Japon, et pour rappeler que Pyongyang ne devait pas échapper au giron chinois, au seul profit de la Russie. Les déboires de Moscou sur le front ukrainien ont scellé un rapprochement inédit entre Pyongyang et la capitale russe et, au risque d’être marginalisé, Pékin a bien compris qu’il pouvait y avoir un risque pour la Chine de se voir écarté du grand jeu en Asie du Nord-Est tandis que ses relations avec le Japon se détériorent, chaque mois davantage. Quoi qu’il en soit, Pyongyang se retrouve au centre des attentions russes et chinoises. Ce triumvirat profite des difficultés des États-Unis au Moyen-Orient pour renforcer une coopération qui porte sur la livraison d’armes nord-coréennes à la Russie en échange, vraisemblablement, d’une aide russe dans la construction de sous-marins nucléaires. Pour ce qui concerne les relations sino-coréennes, ces dernières sont désormais plus transactionnelles que hiérarchiques. Xi Jinping cherche à rééquilibrer ces relations, alors que Kim Jong-un a gagné en autonomie diplomatique et en importance sur la scène internationale. Cette visite d’État est aussi l’occasion pour Pékin de promouvoir la Corée du Nord comme destination touristique, renforçant ainsi la dépendance économique de Pyongyang envers la Chine. En somme, ce voyage est à la fois une opération de séduction envers Kim Jong-un, une tentative de réaffirmer la prééminence chinoise face à la Russie, et un moyen pour Pékin de maintenir son influence dans une région en pleine recomposition géopolitique. Signes intéressants : Xi Jinping, alors accompagné de son épouse Peng Liyuan, tout ébaudis par les chorégraphies réaliste-socialistes qui étaient offertes en l’honneur du couple présidentiel chinois, s’est montré pour la première fois avec des cheveux grisonnants et devisait avec Kim Jong-un en arborant en public une paire de lunettes. Protocolairement parlant, il s’agissait sans doute de rappeler, sur un mode à la fois paternaliste et confucéen que le dirigeant chinois gardait un ascendant sur son jeune interlocuteur nord-coréen.
Dans un contexte de rapprochement entre Moscou et Pyongyang, quels sont les objectifs poursuivis par la Chine à travers le renforcement de sa relation avec la Corée du Nord ?
La Corée du Nord a réaffirmé à plusieurs reprises que son statut de puissance nucléaire était « irréversible ». Xi Jinping, tout en louant l’amitié « invincible » entre les deux pays, acquise durant la lutte opposant le Nord au Sud de la péninsule de 1950 à 1953, a insisté sur la nécessité de la stabilité régionale. La Chine, bien que soutenant traditionnellement la dénucléarisation, semble désormais accepter le fait accompli du programme nucléaire nord-coréen, tout en cherchant à éviter une escalade des tensions. Pour Pyongyang, la réunification avec le Sud n’est plus évoquée. C’est un signe inquiétant adressé à l’encontre de Séoul. Toute tentative de réconciliation avec le « frère ennemi » semble vouée désormais à l’échec. Les relations entre la Chine et la Corée du Nord sont par ailleurs liées à des enjeux économiques d’importance, avec l’intensification des échanges aériens commerciaux et le développement des zones portuaires frontalières, celle de Dandong-Sinŭiju en particulier. Il s’agit d’un hub logistique majeur pour la Corée du Nord, utilisé pour l’importation de pétrole (et d’autres marchandises). La raffinerie de pétrole de Ponghwa, située à Sinŭiju même, traite une partie du pétrole brut importé de Chine. Le développement des infrastructures touristiques de la ville de Samjiyon a certainement été abordé. Dans cette même optique, la station de ski du Mont Masik devrait accueillir à terme un flux important de touristes chinois. Ces projets s’inscrivent dans la doctrine économique du « Byungjin » (développement parallèle de l’économie et de l’arme nucléaire) de Kim Jong-un. Rappelons que les échanges avec la Chine représentent à ce jour une part très majoritaire du commerce total de la Corée du Nord avec l’étranger. À l’inverse, la Chine aura besoin de sécuriser à terme ses points de passage autour du littoral nord-coréen afin d’emprunter la voie du pôle des Nouvelles Routes de la Soie empruntant la voie de la Sibérie.
Dans quelle mesure un renforcement de l’alliance sino-nord-coréenne pourrait-il impacter les équilibres stratégiques sur le continent asiatique ?
Il s’agit bel et bien d’une alliance en vigueur depuis la signature en 1961 d’un Traité d’amitié, de coopération et d’assistance mutuelle. En cas d’agression, la Chine se doit d’apporter une assistance militaire à la Corée du Nord, et réciproquement. Xi Jinping s’est dit, auprès de son hôte prêt à « maintenir une communication stratégique étroite et continuer à guider les relations entre la Chine et la Corée du Nord vers de nouveaux sommets », a rapporté l’agence de presse officielle chinoise Chine nouvelle. Il a ajouté que « les deux parties devraient renforcer leurs échanges diplomatiques, policiers et militaires ». Cela signifie que Pékin prend du champ vis-à-vis de Washington dans le souhait américain d’opter pour une dénucléarisation de la péninsule. Cette position s’explique par la volonté de la Chine de maintenir un État-tampon stable face aux forces américaines en Corée du Sud, et de consolider son alliance avec Pyongyang. En somme, la Chine reconnaît implicitement la Corée du Nord comme puissance nucléaire, tout en cherchant à éviter tout conflit régional qui pourrait menacer ses intérêts. Et contrairement à 2019, où Kim Jong-un espérait encore négocier avec les États-Unis via la Chine, la situation a évolué : la Corée du Nord mise désormais sur le renforcement de son arsenal nucléaire et ne cherche plus à normaliser ses relations avec Washington. Cette posture réduit les marges de manœuvre diplomatiques pour les Américains, qui doivent composer avec un bloc sino-russe plus soudé. Le Japon craint que cette alliance renforcée entre la Chine et la Corée du Nord n’encourage Pyongyang à poursuivre ses essais de missiles (dont certains ont déjà survolé le territoire japonais) et à ignorer les sanctions internationales, avec le soutien tacite de la Chine. La reprise des liaisons ferroviaires et aériennes entre les deux pays en 2026 est aussi vue comme un contournement des pressions économiques exercées par l’ONU. Enfin, la visite de Xi Jinping s’inscrit dans une dynamique où Pékin, Moscou et Pyongyang cherchent à afficher un front commun face à l’Occident, ce qui isole davantage le Japon et la Corée du Sud dans leur politique de fermeté envers la Corée du Nord qui a rappelé, dans ce contexte, que son statut de puissance nucléaire était « absolument non-négociable ». En d’autres mots, à Tokyo, la rencontre de Pyongyang est perçue comme un signal alarmant de consolidation d’un bloc sino-nord-coréen (voire sino-russo-nord-coréen), qui déstabilise l’équilibre régional et menace directement la sécurité du Japon. La question nucléaire reste le point de crispation majeur, avec un sentiment d’impuissance face à l’inaction chinoise sur ce dossier.
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