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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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13.05.2026 à 16:38

Après l’Occident ? Avec Hubert Védrine & Maurice Godelier

Déborah Yapi

La place de l’Occident apparaît de plus en plus contestée sur la scène internationale. La politique étrangère unilatérale et protectionniste menée par l’administration Trump a accentué les divisions au sein du bloc occidental et a affaibli l’image d’un Occident réuni autour de valeurs communes. Parallèlement, l’enlisement des États-Unis au Moyen-Orient, ainsi que leur soutien à Israël, soulève de nombreuses interrogations sur leur défense des droits humains et du droit international. Par ailleurs, les interventions militaires menées par les puissances occidentales ces dernières décennies, notamment en Irak et en Libye, ont durablement fragilisé leur crédibilité dans plusieurs régions du monde. Ces opérations sont souvent perçues comme des formes d’ingérence davantage motivées par des intérêts stratégiques et nationaux que par la défense de normes et de valeurs communes. Autant de facteurs qui alimentent le rejet de ce modèle par de nombreux États et qui laisse place à l’affirmation de nouvelles puissances, notamment des pays dits du « Sud global », redéfinissant ainsi les équilibres internationaux et les rapports de forces. Dès lors, l’Occident peut-il encore prétendre incarner un modèle universel et démocratique ? Comment expliquer le rejet croissant des valeurs occidentales dans de nombreuses régions du monde ? La volonté d’imposer ces valeurs à d’autres sociétés est-elle réellement compatible avec les principes démocratiques qu’il défend ? Quel rôle jouent aujourd’hui les pays dits du « Sud global » dans la recomposition des rapports de force internationaux ? Dans quelle mesure l’administration Trump participe-t-elle au déclin de la notion même d’« Occident » ? En revenant sur les origines et l’évolution historique de la notion d’Occident, Hubert Védrine, ancien Secrétaire général de l’Élysée, ancien ministre français des Affaires étrangères (1997-2002), et Maurice Godelier, anthropologue et ancien directeur scientifique du département des Sciences de l’homme et de la société au CNRS, offrent un éclairage sur les facteurs […]

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La place de l’Occident apparaît de plus en plus contestée sur la scène internationale. La politique étrangère unilatérale et protectionniste menée par l’administration Trump a accentué les divisions au sein du bloc occidental et a affaibli l’image d’un Occident réuni autour de valeurs communes. Parallèlement, l’enlisement des États-Unis au Moyen-Orient, ainsi que leur soutien à Israël, soulève de nombreuses interrogations sur leur défense des droits humains et du droit international. Par ailleurs, les interventions militaires menées par les puissances occidentales ces dernières décennies, notamment en Irak et en Libye, ont durablement fragilisé leur crédibilité dans plusieurs régions du monde. Ces opérations sont souvent perçues comme des formes d’ingérence davantage motivées par des intérêts stratégiques et nationaux que par la défense de normes et de valeurs communes. Autant de facteurs qui alimentent le rejet de ce modèle par de nombreux États et qui laisse place à l’affirmation de nouvelles puissances, notamment des pays dits du « Sud global », redéfinissant ainsi les équilibres internationaux et les rapports de forces.

Dès lors, l’Occident peut-il encore prétendre incarner un modèle universel et démocratique ? Comment expliquer le rejet croissant des valeurs occidentales dans de nombreuses régions du monde ? La volonté d’imposer ces valeurs à d’autres sociétés est-elle réellement compatible avec les principes démocratiques qu’il défend ? Quel rôle jouent aujourd’hui les pays dits du « Sud global » dans la recomposition des rapports de force internationaux ? Dans quelle mesure l’administration Trump participe-t-elle au déclin de la notion même d’« Occident » ?

En revenant sur les origines et l’évolution historique de la notion d’Occident, Hubert Védrine, ancien Secrétaire général de l’Élysée, ancien ministre français des Affaires étrangères (1997-2002), et Maurice Godelier, anthropologue et ancien directeur scientifique du département des Sciences de l’homme et de la société au CNRS, offrent un éclairage sur les facteurs à l’origine de la remise en cause de ce modèle.

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13.05.2026 à 15:25

Integration of the European Capability Process in Member States’ Administration : The Finnish Case

Coline Laroche              

Over time, the EU has established multiple instruments and processes to increase the synchronisation of member states’ defence planning practices and to push for more cooperation in executing their capability development plans. However, the results have so far been limited. To help understand why this is the case, this ARES Group Comment studies how Finland navigates the EU’s complex defence landscape. The paper examines to what extent the different EU capability development tools are – or are not – relevant for Finland and why this is the case. It argues that the EU instruments – especially those with funding attached – have become increasingly important for Finland in recent years, and that this trajectory is likely to continue. At the same time, the EU tools’ role should not be overemphasised, as several factors continue to limit Finland’s engagement and ambition.

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Over time, the EU has established multiple instruments and processes to increase the synchronisation of member states’ defence planning practices and to push for more cooperation in executing their capability development plans. However, the results have so far been limited. To help understand why this is the case, this ARES Group Comment studies how Finland navigates the EU’s complex defence landscape. The paper examines to what extent the different EU capability development tools are – or are not – relevant for Finland and why this is the case. It argues that the EU instruments – especially those with funding attached – have become increasingly important for Finland in recent years, and that this trajectory is likely to continue. At the same time, the EU tools’ role should not be overemphasised, as several factors continue to limit Finland’s engagement and ambition.

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13.05.2026 à 12:00

Levée des barrières douanières par la Chine au profit des pays africains : un instrument stratégique pour Pékin ?

admn_iris

Depuis le 1er mai 2026, la Chine a choisi de supprimer les droits de douane sur les produits en provenance de 53 pays africains. Cette mesure intervient dans un contexte de tensions commerciales mondiales et pourrait constituer une opportunité économique majeure pour les États du continent. Toutefois, pour en tirer pleinement profit, ils devront mettre en place des stratégies pour protéger leurs marchés et renforcer leurs capacités exportatrices. Dans quelle mesure les États africains peuvent-ils réellement bénéficier de cette levée des barrières douanières ? Quels sont les objectifs de la Chine derrière cette mesure ? Et comment éviter de tomber dans une relation commerciale déséquilibrée ? Le point avec Christian Pout, président du Centre africain d’études internationales diplomatiques économiques et stratégiques (CEIDES, Cameroun). À compter du 1er mai 2026, les exportations en provenance de 53 pays africains, excepté l’Eswatini, à destination de la Chine seront exemptées des droits de douane. Que gagne l’Afrique dans cette réforme ? L’annonce faite par le président chinois le 14 février dernier, en marge du 39e sommet de l’Union africaine, s’inscrit dans un contexte de guerre tarifaire, de crise du multilatéralisme commercial, de course mondiale aux ressources critiques pour la transition énergétique et numérique et d’accélération de la dédollarisation des paiements transfrontaliers via le système chinois CIPS[1]. Lue isolément, la mesure ressemblerait à un cadeau ; replacée dans cette matrice, elle est un instrument stratégique. En effet, depuis le 1er décembre 2024, les 33 pays les moins avancés (PMA) africains bénéficiaient déjà du tarif zéro chinois sur 100 % de leurs lignes ; au 1er mai 2026, ce sont les pays à revenu intermédiaire qui accèdent en franchise totale à un marché de 1,4 milliard de consommateurs, sur près de 97 % des lignes douanières. À cela s’ajoutent la facilitation procédurale via le « canal vert » et la perspective d’un accord économique structurant […]

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Texte intégral (1676 mots)

À compter du 1er mai 2026, les exportations en provenance de 53 pays africains, excepté l’Eswatini, à destination de la Chine seront exemptées des droits de douane. Que gagne l’Afrique dans cette réforme ?

L’annonce faite par le président chinois le 14 février dernier, en marge du 39e sommet de l’Union africaine, s’inscrit dans un contexte de guerre tarifaire, de crise du multilatéralisme commercial, de course mondiale aux ressources critiques pour la transition énergétique et numérique et d’accélération de la dédollarisation des paiements transfrontaliers via le système chinois CIPS[1]. Lue isolément, la mesure ressemblerait à un cadeau ; replacée dans cette matrice, elle est un instrument stratégique.

En effet, depuis le 1er décembre 2024, les 33 pays les moins avancés (PMA) africains bénéficiaient déjà du tarif zéro chinois sur 100 % de leurs lignes ; au 1er mai 2026, ce sont les pays à revenu intermédiaire qui accèdent en franchise totale à un marché de 1,4 milliard de consommateurs, sur près de 97 % des lignes douanières. À cela s’ajoutent la facilitation procédurale via le « canal vert » et la perspective d’un accord économique structurant annoncée à Addis-Abeba.

Sur le papier, le périmètre est plus large que celui de la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) et plus stable que celui de la « tout sauf les armes » européenne. Mais en pratique, le bénéfice reste conditionnel à la capacité d’offre. Les chiffres rappellent la contrainte structurelle : 89 % des exportations africaines vers la Chine relèvent encore de l’extractif. Pour mon pays, le Cameroun, dont 85 % des exportations sont peu ou pas transformées, avec un déficit commercial global de plus de 2 000 milliards FCFA en 2025 et un taux de couverture tombé à 59 %, la franchise tarifaire ne libère un potentiel réel que sur les segments capables de montée en gamme (cacao transformé, bois ouvré, agro-industrie, textile-confection, fruits tropicaux à haute valeur ajoutée). Sur les matières premières, déjà faiblement taxées à l’entrée chinoise, l’effet sera marginal. Le tarif zéro ouvre une porte mais il ne crée pas l’offre exportable.

La Chine a annoncé cette décision de manière unilatérale sans négociation préalable avec les États africains. Que vise finalement Pékin derrière cette mesure ? S’agit-il d’un simple geste de générosité vis-à-vis de l’Afrique ?  

L’unilatéralité en est elle-même le message. Dans le contexte de la guerre tarifaire, la décision positionne Pékin en champion du libre-échange dans le Sud global face au protectionnisme occidental. Le calcul est stratégique, multidimensionnel aussi, et il faudrait le déplier sans naïveté.

Premièrement, sécuriser l’amont des chaînes de valeur de l’économie chinoise. Avec environ 62 % des ventes mondiales de véhicules électriques en 2025, 85 % des capacités planétaires de fabrication de cellules de batteries, 41 % du cobalt minier mondial, plus de 80 % du graphite mondial extrait et raffiné, et un investissement cumulé de 143 milliards US$ à l’étranger entre 2014 et 2025 dans la filière véhicules électriques et batteries, Pékin doit verrouiller son accès au cobalt, au lithium, au manganèse, au cuivre et aux terres rares, indispensables à la transition énergétique et à l’absorption de ses propres surcapacités industrielles.

Deuxièmement, discipliner les choix diplomatiques africains. L’exclusion explicite de l’Eswatini, dernier allié africain de Taipei, constitue une signature politique de la mesure et illustre la pression exercée pour aligner les usages diplomatiques sur la doctrine de la « Chine unique ». Le tarif zéro serait ici un levier de cette diplomatie de la conformité.

Troisièmement, stimuler en miroir les exportations chinoises elles-mêmes, car un marché africain plus solvable importera davantage de véhicules électriques abordables, de panneaux solaires, d’électronique grand public ou encore de machines-outils.

Quatrièmement, faire avancer la dédollarisation. Le tarif zéro doit être lu en complément du déploiement africain du système de paiement chinois CIPS, qui a traité 175 000 milliards de yuans (environ 24 400 milliards USD) en 2024, en hausse de 43 %. Pour Pékin, plus l’Afrique exporte, plus elle est incitée à régler en yuan, et plus le yuan s’internationalise, un cercle vertueux pour la souveraineté monétaire chinoise, au grand dam de l’Oncle Sam… Aussi, n’oublions pas que l’unilatéralité a un revers structurel ; ce qui est concédé sans négociation peut, par construction, être retiré sans concertation.

Jusqu’ici, les flux commerciaux restent structurellement déséquilibrés en faveur de la Chine au détriment de l’Afrique. Que faut-il faire pour que cette dernière ne soit pas phagocytée par le géant chinois et qu’elle tire réellement profit de cette nouvelle relation commerciale ?

Il faudrait tout d’abord garder en mémoire la séquence de certains accords de libre-échange, où le démantèlement tarifaire prématuré, sans préparation industrielle, a creusé le déficit plutôt qu’il n’a stimulé les exportations. Cela étant dit, quatre conditions nous semblent nécessaires.

Il faudrait tout d’abord faire de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) une condition préalable. Aucun État pris isolément ne pèse face à la deuxième économie mondiale ; seule l’intégration continentale construira les volumes, les chaînes de valeur régionales et le rapport de force permettant d’exporter autre chose que de la matière brute. L’accord-cadre paraphé le 10 décembre 2025 entre le ministère du Commerce (MINCOMMERCE) et l’Ambassade de Chine au Cameroun ne tiendra ses promesses qu’inscrit dans cette dynamique.

Il faudrait également rompre avec la dialectique de la dépendance aux produits de base par une politique industrielle exigeante. Le précédent indonésien fait référence : depuis l’interdiction d’exporter le nickel non transformé en 2014, l’Indonésie est devenue le premier producteur mondial et a attiré 22 milliards US$ d’investissements chinois. Le tarif zéro chinois devrait être adossé à des restrictions ciblées d’exportation des minerais bruts, à du contenu local imposé aux investissements, à des transferts technologiques contractualisés, et à la montée en gamme des filières cacao, café, coton, bois.

En outre, il est important de négocier intelligemment les règles d’origine et les barrières non tarifaires, sinon, le tarif zéro deviendrait un aspirateur à réexportations. Les barrières non tarifaires (normes SPS, certifications HACCP/GACC, exigences linguistiques, contraintes logistiques, agréments d’établissement…) constituent par ailleurs le plafond de verre des exportations africaines à forte valeur ajoutée.

Enfin, la construction d’une défense commerciale est vitale. La Chine est, simultanément, le pays le plus visé au monde par les enquêtes antidumping, et l’un de ceux qui en usent le plus activement comme levier à l’export. L’Afrique, à l’inverse, demeure démunie. La franchise tarifaire offerte par Pékin doit s’accompagner, du renforcement des autorités nationales et continentales d’enquête commerciale, de mécanismes antidumping opérationnels et d’instruments de sauvegarde activables, faute de quoi la mise en concurrence frontale de l’industrie locale avec les surcapacités chinoises ne fera qu’achever ce que le déficit structurel a commencé… L’opportunité monétaire (règlements directs en yuan via CIPS, réduction du coût de la double conversion, diminution de l’exposition au dollar) doit être saisie de manière sélective et négociée, sans substituer une dépendance à une autre.

Le tarif zéro est une opportunité certes mais il ne deviendra un avantage qu’adossé à un cadre négocié, à des règles intelligentes, à une défense commerciale crédible et à une véritable politique de l’offre.


[1] CIPS (Cross-Border Interbank Payment System) : réseau de paiement international créé par la Banque populaire de Chine qui permet d’envoyer de l’argent entre pays directement en monnaie chinoise (yuan), sans passer par les circuits dominés par le dollar et le réseau SWIFT.

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