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Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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06.02.2026 à 14:43

Climat et puissance dans le Pacifique Sud : les États insulaires au cœur des rivalités stratégiques

Déborah Yapi

Début décembre 2025, les premiers migrants climatiques de Tuvalu ont été accueillis en Australie, fuyant la montée des eaux qui menace l’habitabilité de l’archipel du Pacifique Sud. En effet, les États insulaires du Pacifique (EIP) figurent parmi les territoires les plus vulnérables aux effets immédiats des changements climatiques, ce qui les conduit à placer les politiques climatiques au cœur de leurs priorités nationales. Dans ce contexte, les EIP s’efforcent de nouer une pluralité de partenariats stratégiques avec les grandes puissances régionales dans une stratégie dite de « friends to all, enemies to none » (amis de tous, ennemis de personne) afin de bénéficier d’un large soutien financier et logistique dans la lutte contre les changements climatiques et de renforcer leur voix au sein des enceintes de la diplomatie climatique. Toutefois, cette approche est aujourd’hui mise à l’épreuve par l’intensification des rivalités entre grandes puissances pour le contrôle de la zone. Le Pacifique Sud, espace hautement convoité, constitue ainsi le théâtre d’une imbrication croissante entre vulnérabilités climatiques des États insulaires et ambitions géopolitiques concurrentes des grandes puissances. Le point avec Dorine Buchot, assistante de recherche au programme « Climat, environnement et sécurité » de l’IRIS à l’automne 2025 et Research Manager chez Carbon Free Europe.   En quoi la zone du Pacifique Sud est-elle particulièrement menacée par les changements climatiques ?  Les EIP sont particulièrement menacés d’inhabitabilité en raison de la montée du niveau de l’océan, qui met en danger la survie des populations vivant sur ces territoires dont le trait de côte dépasse rarement de plus de quelques mètres le niveau de l’océan. Cette élévation résulte notamment du réchauffement des océans (phénomène de dilatation thermique) et de la fonte des calottes glaciaires, et il se manifeste plus fortement dans cette région que dans la plupart des autres zones du globe. De nombreuses études scientifiques indiquent que plusieurs atolls et certaines parties des territoires des EIP pourraient être fréquemment ou constamment submergés dès 2050. Le phénomène est déjà observable aujourd’hui, notamment à travers une érosion côtière significative qui oblige les populations vivant le plus proche […]

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Texte intégral (2176 mots)

En quoi la zone du Pacifique Sud est-elle particulièrement menacée par les changements climatiques ? 

Les EIP sont particulièrement menacés d’inhabitabilité en raison de la montée du niveau de l’océan, qui met en danger la survie des populations vivant sur ces territoires dont le trait de côte dépasse rarement de plus de quelques mètres le niveau de l’océan. Cette élévation résulte notamment du réchauffement des océans (phénomène de dilatation thermique) et de la fonte des calottes glaciaires, et il se manifeste plus fortement dans cette région que dans la plupart des autres zones du globe. De nombreuses études scientifiques indiquent que plusieurs atolls et certaines parties des territoires des EIP pourraient être fréquemment ou constamment submergés dès 2050. Le phénomène est déjà observable aujourd’hui, notamment à travers une érosion côtière significative qui oblige les populations vivant le plus proche de la côte à se déplacer de manière saisonnière ou permanente.  

La région du Pacifique Sud est également régulièrement frappée par des événements climatiques extrêmes — tempêtes, cyclones, sécheresses — qui constituent des risques physiques immédiats pour les populations. Les dommages causés par ces phénomènes représentent des coûts considérables, se chiffrant à plusieurs milliards de dollars, et freinent le développement économique des EIP, dont certains — Kiribati, les Îles Salomon, Tuvalu et Vanuatu — figurent parmi les États insulaires les moins développés selon l’ONU. L’intensité et la fréquence de ces événements, ainsi que les coûts qu’ils entraînent, devraient s’accroître dans les décennies à venir. 

Comme d’autres régions du monde, le Pacifique Sud est également confronté à des vagues de chaleur extrêmes, liées à la dynamique globale du réchauffement de la température moyenne globale par rapport à l’ère pré-industrielle. Selon le rapport 2024 de l’Organisation météorologique mondiale, 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée dans la région, entraînant des perturbations significatives des régimes de précipitations. Ces changements affectent directement ladisponibilité des ressources en eau potable et des ressources agricoles, mais ont également des répercussions sur la santé des populations et, de manière plus large, sur la sécurité humaine dans la région. 

De quelle manière les intérêts des EIP sont-elles fragilisées par l’intérêt stratégique des grandes puissances mondiales pour la zone du Pacifique Sud ?  

Espace d’intérêt stratégique majeur, la région illustre l’imbrication croissante entre préoccupations climatiques des EIP et ambitions géopolitiques des grandes puissances. Cette dynamique tend à fragiliser la souveraineté des États insulaires et à peser sur la cohérence et la pérennité de leurs politiques de lutte contre le dérèglement climatique. Depuis plusieurs années, les nations du Pacifique Sud ont fréquemment alerté sur les risques liés à l’intensification de la compétition entre grandes puissances (États-Unis, Chine, Australie, Nouvelle-Zélande, France) pour le contrôle de la zone, attirées par ses nombreuses ressources halieutiques et en minerais critiques et à proximité directe des grandes routes maritimes dites de l’Asie-Pacifique, aujourd’hui noyau des échanges commerciaux mondiaux. Cette rivalité et le risque de « manipulation stratégique » pourrait conduire à reléguer au second plan les intérêts des États insulaires au profit des intérêts stratégiques des puissances étrangères. Les EIP craignent ainsi un désengagement des grandes puissances des cadres de coopération régionaux existants au profit d’initiatives parallèles et concurrentes portées individuellement par chaque donneur. Cette tendance risque d’accentuer la fragmentation de l’aide, de limiter la coordination entre bailleurs multilatéraux et de compromettre l’alignement de ces initiatives sur les priorités et les réels besoins des EIP.   

Paradoxalement, l’intérêt croissant des grandes puissances pour le Pacifique Sud offre également aux États insulaires l’opportunité de bénéficier d’une coopération accrue en matière de réponse aux catastrophes naturelles, notamment à travers des opérations de secours d’urgence, dites HADR (Humanitarian Assistance and Disaster Relief). Ces interventions leur permettent de bénéficier des capacités logistiques et opérationnelles dont ils ne disposent pas en propre. Historiquement, les États-Unis (depuis les années 1990), l’Australie et la France (à partir des années 2010) se sont imposés comme des partenaires de premier plan des États insulaires du Pacifique, cherchant à affirmer leur présence et leur influence dans la région, de manière bilatérale ou au sein de cadres multilatéraux, tel que le programme Pacific Partnership coordonné par les États-Unis. Toutefois, depuis plusieurs années, la Chine a, elle aussi, intensifié ce type d’opérations, en apportant une assistance humanitaire et un soutien logistique aux efforts de reconstruction post-catastrophe. Ainsi, cette « diplomatie de l’aide humanitaire » est de plus en plus analysée par la recherche scientifique comme répondant à une logique de projection de puissance, attisant les rivalités et menaçant le multi-alignement stratégique traditionnel des EIP. L’alignement différencié de certains EIP avec des partenaires occidentaux, et d’autres avec la Chine, remet ainsi en question la doctrine du « friends to all », dans la mesure où les partenariats en matière d’aide humanitaire tendent à s’inscrire dans des cadres de coopération bilatéraux plus larges avec chaque partenaire, dont certaines clauses sont susceptibles de conditionner le soutien d’une puissance à la prise de distance vis-à-vis d’une autre. 

Comment se traduit cette rivalité entre grandes puissances sur l’enjeu de la migration climatique, enjeu central pour les États insulaires du Pacifique à l’horizon 2050 ? 

La compétition pour l’influence dans le Pacifique Sud se manifeste également autour de la question des migrations climatiques. Confrontés au risque d’inhabitabilité partielle ou totale de leurs territoires, les EIP cherchent des solutions pour organiser le déplacement ou la relocalisation de toute ou partie de leur population à l’étranger à travers la signature d’accords bilatéraux. Or, ces dispositifs ne sont pas politiquement neutres : ils constituent pour les puissances extérieures une opportunité supplémentaire d’affirmer leur présence et leur influence stratégique dans la région, en institutionnalisant des liens durables à travers l’accueil de ressortissants insulaires sur leur territoire. 

À ce jour, le seul accord concrétisé de ce type est le traité bilatéral de « l’Union Falepili » entre l’Australie et Tuvalu, signé en 2024. Il prévoit l’attribution de 280 visas par an à des citoyens tuvaluans, leur permettant de s’installer en Australie. Si le dispositif a suscité un vif intérêt (plus de 3 000 Tuvaluans, soit près d’un tiers de la population du pays, se sont inscrits au premier tirage organisé en 2025), le programme, par sa taille limitée, n’est pas un changement majeur dans la politique d’accueil de citoyens insulaires par l’Australie. En revanche, l’accord comporte également des dispositions sécuritaires notables. L’article 4 prévoit notamment que Tuvalu doit consulter l’Australie pour tout engagement futur en matière de sécurité ou de défense avec des États tiers. Cette clause, largement interprétée comme un mécanisme visant à encadrer, voire à restreindre d’éventuels rapprochements futurs avec la Chine, contribue ainsi à asseoir l’influence stratégique australienne sur l’archipel et a été vivement critiquée localement pour son potentiel impact sur la souveraineté de Tuvalu.  

Parallèlement, la Chine cherche à renforcer ses liens avec un nombre croissant d’États insulaires du Pacifique Sud, à l’image de l’accord signé avec les Îles Salomon en 2022. Cet accord n’inclut pour l’instant pas de volet migratoire ni climatique, mais il illustre la stratégie d’influence chinoise dans la région de s’appuyer sur un ensemble de leviers de coopération (économique, sécuritaire, diplomatique, culturelle). À mesure que les effets des changements climatiques s’intensifieront, les États insulaires pourraient se montrer davantage disposés à conclure des accords de coopération, susceptibles d’intégrer des dispositions favorables à la Chine et de contribuer à l’extension de sa présence dans le Pacifique Sud, de plus en plus proche des zones économiques exclusives françaises et australiennes, comme nous l’avons imaginé dans un récent scénario de prospective dans une note de l’Observatoire Défense & Climat. L’accord de 2022 s’est par ailleurs accompagné de la reconnaissance par les Îles Salomon de la souveraineté de la République populaire de Chine sur Taïwan, reflétant la volonté chinoise de diffuser ses positions idéologiques à l’échelle régionale.  

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05.02.2026 à 18:09

Le gigantisme et la complexité de certaines ONG humanitaires à l’heure d’une redéfinition de la solidarité internationale

Coline Laroche              

Contrairement à ce que beaucoup pensent encore, le monde de l’action humanitaire ne se réduit pas à celui de l’association loi 1901. Les acteurs de l’humanitaire, comme ceux du domaine caritatif en général, ont emprunté les chemins qui mènent aux fonds publics et ceux de l’ingénierie organisationnelle. Ils ont développé, tant au plan national qu’international, tout un arsenal d’organismes au service de leurs causes. À l’heure de sévères coupes budgétaires, y compris celles visant l’aide publique au développement (APD), c’est tout cet arsenal qui est ébranlé. Pour Coordination Sud, qui globalement regroupe 186 ONG, « La question n’est pas seulement « comment tenir ? », mais comment redessiner ensemble les contours d’une solidarité internationale plus résiliente, plus inclusive et plus légitime ». C’est dans ce contexte, qu’il est utile de fournir quelques données et éléments de compréhension sur la croissance des ONG et plus particulièrement sur leur complexité organisationnelle.

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Contrairement à ce que beaucoup pensent encore, le monde de l’action humanitaire ne se réduit pas à celui de l’association loi 1901. Les acteurs de l’humanitaire, comme ceux du domaine caritatif en général, ont emprunté les chemins qui mènent aux fonds publics et ceux de l’ingénierie organisationnelle. Ils ont développé, tant au plan national qu’international, tout un arsenal d’organismes au service de leurs causes. À l’heure de sévères coupes budgétaires, y compris celles visant l’aide publique au développement (APD), c’est tout cet arsenal qui est ébranlé. Pour Coordination Sud, qui globalement regroupe 186 ONG, « La question n’est pas seulement « comment tenir ? », mais comment redessiner ensemble les contours d’une solidarité internationale plus résiliente, plus inclusive et plus légitime ».

C’est dans ce contexte, qu’il est utile de fournir quelques données et éléments de compréhension sur la croissance des ONG et plus particulièrement sur leur complexité organisationnelle.

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05.02.2026 à 12:45

Iran, Venezuela : quelle doctrine Trump ?

stagiairedecomm@iris-france.org

La promotion de la démocratie n’est pas une priorité pour Donald Trump. Les événements qui se sont produits tant au Venezuela qu’en Iran viennent en faire une nouvelle fois la démonstration. Certains, soit par cynisme, soit par naïveté, ont voulu croire que dans les deux cas, Donald Trump allait s’engager pour mettre fin à des régimes autoritaires largement contestés par leur propre population. Donald Trump a effectivement donné le sentiment ou l’illusion qu’il accompagnait la révolte populaire contre le pouvoir de Nicolás Maduro puis contre le régime des mollahs en Iran. Côté vénézuélien, il avait commencé par attaquer des navires qui, selon lui, servaient au trafic de drogue à destination des États-Unis. Cela s’était traduit par l’assassinat d’individus de façon parfaitement illégale. C’est seulement par la suite qu’il a dénoncé l’illégitimité de Nicolás Maduro au pouvoir du fait des élections contestées de 2024 et de l’opposition d’une grande partie de la population. Cela a déclenché, au Venezuela et ailleurs, l’espoir d’une intervention américaine qui permettrait de renverser le régime et de débarrasser la population vénézuélienne d’un pouvoir corrompu, inefficace, dictatorial et de pouvoir y instaurer la démocratie. C’est ce que prônait notamment la lauréate 2025 du prix Nobel de la paix, María Corina Machado. Que s’est-il passé ensuite ? Il ne semble pas que ce soit l’opposition à l’encontre de Nicolás Maduro qui ait été le principal leitmotiv de l’opération états-unienne au Venezuela dans la nuit du 2 au 3  janvier dernier.  Les forces états-uniennes ont enlevé Nicolas Maduro de façon parfaitement illégale, quoi que l’on pense de Nicolás Maduro, pour qu’ensuite l’administration Trump s’arrange avec sa successeure, la jusqu’alors Vice-présidente Delcy Rodríguez, qui appartient au même régime. En rien un régime plus démocratique n’a été mis en œuvre et en rien la répression n’a cessé. La simple différence c’est que […]

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Texte intégral (1084 mots)

La promotion de la démocratie n’est pas une priorité pour Donald Trump. Les événements qui se sont produits tant au Venezuela qu’en Iran viennent en faire une nouvelle fois la démonstration. Certains, soit par cynisme, soit par naïveté, ont voulu croire que dans les deux cas, Donald Trump allait s’engager pour mettre fin à des régimes autoritaires largement contestés par leur propre population. Donald Trump a effectivement donné le sentiment ou l’illusion qu’il accompagnait la révolte populaire contre le pouvoir de Nicolás Maduro puis contre le régime des mollahs en Iran.

Côté vénézuélien, il avait commencé par attaquer des navires qui, selon lui, servaient au trafic de drogue à destination des États-Unis. Cela s’était traduit par l’assassinat d’individus de façon parfaitement illégale. C’est seulement par la suite qu’il a dénoncé l’illégitimité de Nicolás Maduro au pouvoir du fait des élections contestées de 2024 et de l’opposition d’une grande partie de la population. Cela a déclenché, au Venezuela et ailleurs, l’espoir d’une intervention américaine qui permettrait de renverser le régime et de débarrasser la population vénézuélienne d’un pouvoir corrompu, inefficace, dictatorial et de pouvoir y instaurer la démocratie. C’est ce que prônait notamment la lauréate 2025 du prix Nobel de la paix, María Corina Machado. Que s’est-il passé ensuite ? Il ne semble pas que ce soit l’opposition à l’encontre de Nicolás Maduro qui ait été le principal leitmotiv de l’opération états-unienne au Venezuela dans la nuit du 2 au 3  janvier dernier.  Les forces états-uniennes ont enlevé Nicolas Maduro de façon parfaitement illégale, quoi que l’on pense de Nicolás Maduro, pour qu’ensuite l’administration Trump s’arrange avec sa successeure, la jusqu’alors Vice-présidente Delcy Rodríguez, qui appartient au même régime. En rien un régime plus démocratique n’a été mis en œuvre et en rien la répression n’a cessé. La simple différence c’est que ce nouveau pouvoir se montre plus disposé à orienter les exportations de pétrole vers les États-Unis et moins vers la Chine, satisfaisant donc ainsi les objectifs de politique extérieure de Donald Trump. Aucun changement de régime n’est donc à attendre au Venezuela. Et cela, Donald Trump s’en moque tant que, sur le plan international, le nouveau pouvoir répond aux exigences des États-Unis sur différents points.

Côté iranien, dans le cadre des manifestations qui ont gagné en ampleur dans le pays au cours du mois de janvier, le président des États-Unis a dans un premier temps appelé la population à sortir dans la rue, se révolter contre le régime en affirmant que l’aide arrivait.  Les Iraniens se sont massivement révoltés contre le pouvoir. L’agitation autour d’un retour du fils du Shah évoqué par certains a participé à la crispation du régime qui a mis en œuvre une terrible répression. Donald Trump avait pourtant assuré qu’il bombarderait l’Iran si la révolte populaire était réprimée. Une répression massive, inédite par son ampleur sur un temps si court a pourtant bien eu lieu. Sa violence est d’ailleurs certainement centrale dans la fin du mouvement de contestation. Donald Trump s’était vanté d’avoir sauvé 800 vies grâce à ses menaces sur l’Iran – 800 exécutions ayant été suspendues par le régime à la mi-janvier. Mais le nombre de morts dus à la répression se compte désormais par dizaines de milliers. Et malgré ses déclarations, Donald Trump n’a rien fait. Il a soutenu la population dans sa révolte, l’y a poussée puis n’a rien fait. Cela rappelle l’épisode hongrois de 1956 : les États-Unis avaient poussé les Hongrois à la révolte. L’intervention soviétique du pacte de Varsovie était venue noyer dans le sang la révolte sans que les États-Unis ne fassent rien en retour parce qu’ils se refusaient à se lancer dans une guerre contre l’Union soviétique. Il en est de même en Iran.

Désormais, l’administration Trump se lance à nouveau dans des négociations avec un régime qui a noyé dans le sang la révolte légitime du peuple iranien. Ces négociations portent sur la fin du programme nucléaire iranien ou du moins sur son strict encadrement, mais également sur le soutien aux proxys, désormais largement affaiblis. Au-delà du discours, les observateurs qui estimaient qu’une intervention militaire américaine était nécessaire pour renverser le régime oubliaient que l’on ne renverse pas des régimes par les seules aventures militaires — il faut pour cela mettre des troupes au sol, ce que Donald Trump n’est pas prêt à faire et les précédents irakiens ou afghans n’amènent pas à plaider en ce sens. Donald Trump va donc probablement s’arranger avec le régime iranien si les Iraniens se montrent accommodants sur les négociations.

À partir du moment où l’Iran donnera un satisfecit sur le plan de la politique extérieure aux États-Unis, Donald Trump ne se préoccupera pas du degré de répression interne. Cela nous renvoie au début de la realpolitikselon Richard Nixon et Henry Kissinger qui ne se préoccupaient pas du comportement interne de l’URSS à l’égard de sa population tant que, sur le plan extérieur, cette dernière ne contrevenait pas aux objectifs de la politique des États-Unis. Les États-Unis de Donald Trump n’ont nullement eu l’intention de promouvoir la démocratie par une intervention militaire, ceux qui y ont cru en sont un peu pour leurs frais.

Donald Trump défend la conception qu’il a des intérêts des États-Unis. Qui peut s’en étonner ? Qui pouvait penser autre chose ? Il fallait être bien naïf pour penser qu’il allait devenir le champion de la démocratie et risquer la vie de soldats pour promouvoir ce concept.

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