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12.02.2026 à 14:52

Japon : ce que nous dit la victoire de la Première ministre Takaichi aux élections législatives

Déborah Yapi

Ce dimanche 9 février 2026, les électeurs japonais se sont rendus aux urnes à la suite des élections anticipées provoquées par Sanae Takaichi qui escomptait redonner la majorité à son parti, le Parti libéral-démocrate (PLD). Un défi largement gagné : un premier décompte montre que le PLD et son partenaire, le Parti de l’innovation du Japon, ont dépassé les 310 sièges nécessaires pour obtenir la majorité des deux tiers à la Chambre des représentants, qui compte 465 membres. Les enjeux de politique intérieure ont dominé ce scrutin : le coût de la vie, la question de l’immigration et de la place des « étrangers » dans la société, la rancœur contre les scandales de pots-de-vin pesant sur les élites politiques de l’archipel et l’objectif plus large d’une réforme politique réelle. Toutefois, les questions de sécurité nationale et la relation avec les États-Unis et la Chine, demeurent très présentes dans l’agenda de la Première ministre, soucieuse de renforcer au plus vite la dissuasion militaire de l’archipel. Un succès sans appel dû à la personnalité volontariste de Sanae Takaichi La Première ministre dispose désormais d’un mandat fort pour s’attaquer à la reprise économique et au renforcement de la défense de l’archipel. Ce succès constitue un revirement spectaculaire, après deux défaites consécutives aux élections nationales de 2024-2025 qui ont laissé le PLD dans l’incapacité de former un gouvernement. La victoire éclatante de Madame Takaichi peut être comparée à celle de Shinzo Abe, son modèle et mentor, qui fut le Premier ministre japonais ayant exercé le plus longtemps. Après avoir ramené le PLD au pouvoir en décembre 2012 grâce à une victoire électorale écrasante qu’il avait lui-même orchestrée, Shinzo Abe est resté en fonction pendant près de huit ans. L’élection de Sanae Takaichi à la tête du parti en octobre 2025 a captivé l’opinion publique, en particulier les […]

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Texte intégral (1764 mots)

La Première ministre dispose désormais d’un mandat fort pour s’attaquer à la reprise économique et au renforcement de la défense de l’archipel. Ce succès constitue un revirement spectaculaire, après deux défaites consécutives aux élections nationales de 2024-2025 qui ont laissé le PLD dans l’incapacité de former un gouvernement. La victoire éclatante de Madame Takaichi peut être comparée à celle de Shinzo Abe, son modèle et mentor, qui fut le Premier ministre japonais ayant exercé le plus longtemps. Après avoir ramené le PLD au pouvoir en décembre 2012 grâce à une victoire électorale écrasante qu’il avait lui-même orchestrée, Shinzo Abe est resté en fonction pendant près de huit ans.

L’élection de Sanae Takaichi à la tête du parti en octobre 2025 a captivé l’opinion publique, en particulier les jeunes électeurs. Le large soutien dont a bénéficié cette femme politique atypique associée à l’aile la plus radicale du PLD montre qu’elle a su prouver qu’elle était une dirigeante pragmatique et avisée, capable de traiter des questions difficiles telles que l’immigration et les déficits budgétaires tout en tenant une ligne ferme face à la Chine. Tout en inscrivant sa trajectoire au sein d’un parti traditionnel et passéiste, l’énergie politique de la Première ministre lui permet d’incarner un avenir possible pour l’archipel, amenant un nouveau souffle au cœur d’un système dominé par des hommes âgés aux mentalités « d’héritiers ».

Face à madame Takaichi, l’opposition représentée par la nouvelle Alliance centriste pour la réforme, formée par le Parti constitutionnel démocratique et le Komeito, n’a pas réussi à créer une dynamique suffisante et a perdu un nombre important de sièges.

Le PLD a bénéficié d’un effet « d’entraînement », profitant de la côte de popularité élevée de la Première ministre. Cette dernière, qui a adopté un ton plus nationaliste que ses prédécesseurs récents, semble avoir rallié les électeurs conservateurs, dont certains avaient déserté le parti lors des élections précédentes. Sanae Takaichi a clairement donné la priorité à des questions telles que la constitution et sa position forte en matière de politique étrangère et de sécurité a été très bien accueillie par les électeurs les plus radicaux. Ce virage a intensifié la concurrence entre les partis néo-populistes qui rivalisent avec le PLD et sa ligne la plus dure, notamment sur l’immigration, dont le Sanseito et le Parti démocratique pour le peuple, qui ont tous deux eu du mal à augmenter leur nombre de sièges.

Un train de réformes devrait contribuer à redorer l’image très écornée du personnel politique nippon. Le premier est la demande d’une réglementation plus stricte du financement politique. Le PLD a longtemps été sujet à des scandales liés à l’argent et des règles plus strictes en matière de financement des campagnes électorales ont été instaurées. En 2023, l’ancien Premier ministre Kishida Fumio a enquêté sur des informations faisant état de caisses noires non déclarées, provenant principalement de collectes de fonds, et de nombreux membres du PLD ont été reconnus coupables ont été sanctionnés.

L’autre réforme politique, qui devrait avoir un impact important sur les petits partis concerne la réduction des sièges législatifs. Dans le cadre de l’accord de coalition avec le PLD, le Parti de l’Innovation a plaidé en faveur d’une réduction du nombre de sièges à la Diète et d’une réduction de la taille du gouvernement. Tout en luttant contre la bureaucratie japonaise, jugée particulièrement lourde par l’opinion publique, le Parti de l’Innovation entend diminuer les dépenses publiques et accroitre l’efficacité de l’appareil d’État. Le nombre de sièges à la Chambre basse devrait évoluer de 465 à 420, soit une diminution d’environ 10 % du total actuel.

Sanae Takaichi dispose désormais d’un grand pouvoir législatif et d’un capital politique important pour mettre en œuvre ses programmes de stimulation budgétaire. Elle s’est ainsi engagée à geler pendant deux ans la taxe à la consommation de 8 % sur les produits alimentaires pour aider les ménages à faibles et moyens revenus qui souffrent de la stagnation des salaires dans un contexte de forte inflation. Mais cette réduction de la taxe sur la consommation alimentaire devrait entraîner une baisse des recettes fiscales annuelles de 5 000 milliards de yens et contrarier la reprise de la croissance escomptée. L’endettement du pays dépasse les 230 % du PIB, le taux le plus élevé parmi les économies développées.

Par ailleurs, l’un des principaux points de discorde entre les forces au pouvoir et l’opposition reste la question, très débattue et instrumentalisée, de la présence d’étrangers au Japon. La question du « surtourisme » s’y mêlant sans discernement. Le gouvernement a déjà pris des mesures pour renforcer les règles relatives à la résidence permanente et à la propriété foncière. Le Parti de l’Innovation demande que le nombre d’étrangers soit « limité ». Or la réalité des chiffres évoque 2,7 % d’étrangers pour une population totale d’environ 125 millions d’habitants, ce qui apparait assez faible. Les pays les plus représentés étant la Chine, le Vietnam, la Corée du Sud et les Philippines.

Sur le plan diplomatique, la manière dont la Première ministre Takaichi gérera les relations de l’archipel avec l’allié américain et la Chine s’avère cruciale. Il est clair que Sanae Takaichi entend réaffirmer le primat de l’Alliance de sécurité entre le Japon et les États-Unis. Le 19 mars 2025, elle devrait se rendra aux États-Unis pour rencontrer Donald Trump, dans le but de renforcer la relation bilatérale. Quelques jours avant les élections japonaises, le président américain avait déclaré sur Truth Social que Sanae Takaichi avait son « soutien total et absolu ». Cependant, il doit lui-même rencontrer le dirigeant chinois Xi Jinping lors d’une visite officielle en Chine en avril 2025 et définir avec Pékin des relations qu’il a souhaité « respectueuses ».

Madame Takaichi se trouve ainsi dans une situation où les États-Unis et la Chine cherchent à se rapprocher, contrairement au Japon et à la Chine, ce qui place Tokyo dans une position incertaine. La Première ministre avait déclenché des tensions avec le gouvernement chinois en novembre 2025 en laissant entendre que le Japon pourrait intervenir en cas d’agression future de la Chine contre Taïwan, une déclaration par ailleurs dans la ligne des précédents commentaires de ses prédécesseurs, conscients que le Japon ne pourrait rester à l’écart en cas de crise dans le détroit. Sans surprise, Pékin – voyant l’occasion de tester la détermination de la nouvelle Première ministre- avait surréagi en imposant des restrictions sur les expéditions de terres rares vers l’archipel et en mettant en garde ses nationaux contre les voyages dans ce pays.

Si l’opinion publique japonaise se révèle partagée quant à l’opportunité de venir en aide à Taïwan en cas de conflit avec la Chine, la fermeté de madame Takaichi face au déclenchement de la virulence chinoise, tout comme l’augmenter le budget de la défense à 2 % du PIB d’ici mars 2026, soit deux ans plus tôt que prévu, bénéficie désormais d’un large soutien. En décembre 2025, le gouvernement nippon a approuvé une augmentation de 9,4 % des dépenses de défense pour atteindre cet objectif, en privilégiant la production nationale et les capacités avancées (cyberdéfense, spatial, frappes à longue portée). Plus largement, face à la montée des menaces émanant de la Chine, de la Corée du Nord et de la Russie, le gouvernement prévoit également de réviser rapidement les principales stratégies de sécurité et de défense du Japon.

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12.02.2026 à 11:00

L’aide publique au développement : à la recherche de durabilité et d’efficacité dans un contexte de crises multiples

Déborah Yapi

Alors que l’aide publique au développement fait face à une contraction sans précédent, entre coupes budgétaires annoncées, montée des urgences humanitaires et aggravation des crises de la dette, les débats sur son efficacité se réactivent. Depuis vingt ans, les réformes impulsées par la Déclaration de Paris ont profondément transformé les pratiques : aide plus ciblée, projets évalués, redevabilité accrue et partenariat renforcé avec les pays récipiendaires. Pourtant, la baisse des financements menace ces acquis, au moment même où les besoins structurels (éducation, santé, adaptation climatique) n’ont jamais été aussi élevés. Entre impératifs de court terme, risques de dépendance, fragilité institutionnelle et arbitrages imposés par le surendettement, un dilemme se pose : comment préserver une aide efficace, soutenable et tournée vers le long terme, lorsque les moyens se réduisent, que les urgences s’accumulent et que les créanciers privés jouent un rôle grandissant dans les négociations ?

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Alors que l’aide publique au développement fait face à une contraction sans précédent, entre coupes budgétaires annoncées, montée des urgences humanitaires et aggravation des crises de la dette, les débats sur son efficacité se réactivent. Depuis vingt ans, les réformes impulsées par la Déclaration de Paris ont profondément transformé les pratiques : aide plus ciblée, projets évalués, redevabilité accrue et partenariat renforcé avec les pays récipiendaires. Pourtant, la baisse des financements menace ces acquis, au moment même où les besoins structurels (éducation, santé, adaptation climatique) n’ont jamais été aussi élevés. Entre impératifs de court terme, risques de dépendance, fragilité institutionnelle et arbitrages imposés par le surendettement, un dilemme se pose : comment préserver une aide efficace, soutenable et tournée vers le long terme, lorsque les moyens se réduisent, que les urgences s’accumulent et que les créanciers privés jouent un rôle grandissant dans les négociations ?

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11.02.2026 à 18:23

Sommet IA de New Delhi : l’Inde trace une « quatrième voie » pour le Sud global

Déborah Yapi

Du 16 au 20 février, New Delhi accueille le quatrième Sommet mondial sur l’intelligence artificielle. Plus de 100 pays y participent et près de 35 chefs d’État ou de gouvernement, au nombre desquels Emmanuel Macron qui, voici un an, avait coprésidé le Sommet de Paris avec le Premier ministre indien Narendra Modi, hôte de ce sommet. Cette année, en Inde, le sujet choisi est l’impact de l’IA. Son titre officiel est d’ailleurs « India AI Impact Summit 2026 ». Le thème est loin d’être anecdotique, la présidence indienne ayant tenu à ce que pour la première fois depuis la tenue de tels sommets, les utilisateurs, et non plus seulement les « producteurs d’IA » soient au centre des préoccupations, tant en ce qui concerne les individus que les pays. Car l’Inde, qui se projette en porte-parole du « Sud Global », entend bien saisir l’occasion, comme elle l’avait fait en 2023 avec la présidence du G20, pour affirmer ce rôle et marquer des points vis-à-vis des autres acteurs internationaux, qu’il s’agisse de l’Occident, de la Chine ou de ses partenaires et rivaux au sein de ce même Sud Global.

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Du 16 au 20 février, New Delhi accueille le quatrième Sommet mondial sur l’intelligence artificielle. Plus de 100 pays y participent et près de 35 chefs d’État ou de gouvernement, au nombre desquels Emmanuel Macron qui, voici un an, avait coprésidé le Sommet de Paris avec le Premier ministre indien Narendra Modi, hôte de ce sommet.

Cette année, en Inde, le sujet choisi est l’impact de l’IA. Son titre officiel est d’ailleurs « India AI Impact Summit 2026 ». Le thème est loin d’être anecdotique, la présidence indienne ayant tenu à ce que pour la première fois depuis la tenue de tels sommets, les utilisateurs, et non plus seulement les « producteurs d’IA » soient au centre des préoccupations, tant en ce qui concerne les individus que les pays. Car l’Inde, qui se projette en porte-parole du « Sud Global », entend bien saisir l’occasion, comme elle l’avait fait en 2023 avec la présidence du G20, pour affirmer ce rôle et marquer des points vis-à-vis des autres acteurs internationaux, qu’il s’agisse de l’Occident, de la Chine ou de ses partenaires et rivaux au sein de ce même Sud Global.

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