
02.03.2026 à 07:00
Au Poste
Somayeh Rostampour, sociologue au CNRS spécialiste des mouvements sociaux en Iran et au Kurdistan, ouvre l'émission depuis la diaspora, la voix chargée d'une inquiétude concrète: sa sœur à Téhéran, ses proches à Sanandaj filmant les bombardements depuis leur fenêtre. Elle replace les bombardements dans leur contexte: une révolte populaire massive venait de secouer 32 provinces iraniennes, et cette intervention extérieure vient précisément l'écraser. «C'était la guerre contre la politique, la guerre vraiment contre la révolution, parce que s'il y a un changement, les gens souhaitent que ça soit fait par eux-mêmes.»
Elle insiste: la population ne voulait pas de bombes, elle voulait juger elle-même ses bourreaux. «La libération, elle ne va jamais venir par les bombes, il n'est jamais venu par les bombes dans des parties du monde.» Elle décrit une société iranienne diverse, épuisée économiquement — 40% de pauvreté, sa sœur professeure gagnant 80€ par mois, payant le même loyer qu'à Paris —, prise en étau entre un régime dictatorial et des puissances impérialistes. Sur la diaspora royaliste qui applaudit les bombardements, elle est sans ambiguïté: très organisée, liée aux extrêmes droites occidentales et à Némésis depuis des années, elle ne représente pas la majorité iranienne.
«On peut dire clairement que 80% de la population est clairement contre ce régime», mais aussi contre cette guerre. Son livre «Femmes en armes, savoirs en révolte, Du militantisme kurde à la Jineolojî» (Agone) éclaire le mouvement kurde révolutionnaire comme modèle d'émancipation féministe et populaire, à rebours des armées d'État: «C'était une révolution dans la révolution, c'était une révolution des femmes dans la Révolution.»
Thomas Lemahieu, journaliste d'investigation à L'Humanité, révèle ensuite le contenu d'une boucle Telegram de 154 messages entre une cadre de Némésis et des dirigeants du groupuscule néo-fasciste Audace Lyon. La cadre, désignée comme Ornella, y propose explicitement d'«être deux, trois filles attroupées là où vous voulez les choper, un peu comme pour faire l'appât» afin que des néo-fascistes puissent tomber sur des étudiants antifascistes. Le dirigeant d'Audace Lyon mis en examen dans une autre affaire — Calixte Guy — est celui-là même qui aurait donné des coups de pied à la tête d'un militant antifasciste.
Lemahieu souligne la banalité des échanges: «C'est la tranquillité avec laquelle un traquenard se prépare.» Némésis a répondu en parlant de «calomnie» tout en laissant entendre implicitement que les échanges existent bien. Sur le financement, le journaliste confirme des liens avec Périclès, la structure de Stérin, et des assistantes parlementaires de Némésis employées par un député RN. «Il passe maintenant par la structuration avec l'empire médiatique de Vincent Bolloré, mais aujourd'hui ça dépasse évidemment Bolloré.»
23.02.2026 à 18:00
Au Poste
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23.02.2026 à 07:00
Au Poste
Des symboles détournés aux manifestations néonazies de Lyon, Geoffrey Dorne et Ricardo Parreira dévoilent les codes, les réseaux et les méthodes de recrutement.
Suit Thomas Portes, qui défend un antifascisme parlementaire assumé et répond aux critiques visant la France Insoumise.
Entre bataille culturelle, guerre des images et offensive médiatique, le débat fait du bien.
Il dénonce le traitement médiatique de la manifestation de Lyon et l’inversion des responsabilités : «on a renvoyé dos à dos les fascistes et les antifascistes».
Il affirme que la cible politique actuelle est claire : «L’objectif affiché là c’est de détruire la France Insoumise», évoquant une offensive médiatique coordonnée.
Il analyse la période politique comme un moment critique : «Nous sommes dans une période pré-fasciste», établissant un parallèle historique avec les dynamiques autoritaires.
Il justifie l’intégration de Raphaël Arnault à l’Assemblée et défend la complémentarité entre antifascisme institutionnel et antifascisme de rue.
Il revient sur la minute de silence et précise ne pas y avoir assisté personnellement, expliquant les enjeux politiques liés à la séquence.
Il dénonce la normalisation des thématiques d’extrême droite dans l’hémicycle et l’espace médiatique, évoquant une saturation permanente des débats par ces sujets.
Il appelle à reconstruire un antifascisme large et populaire, articulé à un projet social et politique de rupture, estimant que la lutte antifasciste ne peut être dissociée des combats sociaux.
Geoffrey Dorne présente Icono-fascisme comme la continuité du site Indextreme, structuré autour de «100 symboles qui sont des symboles qui sont réappropriés par l’extrême-droite». Il insiste sur la volonté de produire «un objet qui reste, qui soit durable», destiné aussi aux CDI et établissements scolaires.
Il explique que le livre ne se limite pas à un inventaire graphique mais comprend une réflexion sur «la question tout simplement de la sémiologie graphique», insistant sur «l’importance des sens, des symboles dans le graphisme».
Dorne identifie trois stratégies de manipulation : «la stratégie de l’inversion», qui consiste à «prendre un symbole progressiste et de le retourner» ; «la stratégie de l’euphémisation», soit «prendre un symbole explicitement fasciste et on l’adoucit» ; et «la stratégie de la confusion», où «plus c’est flou, plus c’est un peu brumeux et nuageux, plus tout le monde s’y perd».
Il précise que nombre de symboles analysés sont détournés : «la plupart des symbole que l’on présente sont des signes qui sont réappropriés, qui ont été pillés», certains «n’ont rien demandé et qui pourtant se font réapproprier par l’extrême droite».
Ricardo Parreira martèle la nécessité de qualification idéologique claire : «L’extrême droite est raciste, l’extrème droite est homophobe, transphobe, islamophobre, antisémite». Il affirme que la dédiabolisation ne change rien à la nature idéologique.
Il alerte sur la puissance visuelle des signes : «C’est des moteurs visuels qui ont une charge émotionnelle», expliquant que ces symboles agissent «même inconsciemment» dans les processus d’identification culturelle.
À propos de la manifestation lyonnaise, il affirme que «Ces événements-là, ils sont faits pour une chose, c’était de recruter les plus jeunes», détaillant le rôle des réseaux sociaux, Telegram et du maillage territorial de l’extrême droite.
Il décrit la démonstration publique comme un message codé adressé aux sympathisants : «nous les Néonazis, on est là, on arrive», analysant la manifestation comme un signal de normalisation et de puissance.
Il développe la logique idéologique sous-jacente aux slogans et symboles tels que «On est chez nous», en les replaçant dans l’histoire antisémite française, de Drumont à Maurras, et dans une perspective ethnodifférencialiste contemporaine.
Enfin, il explicite le projet politique radical qu’il attribue aux mouvances néonazies : «le projet politique d’aujourd’hui c’est d’abord la rémigration», décrivant une stratégie visant la déportation massive des personnes non-blanches hors d’Europe.