
23.02.2026 à 23:43
CrimethInc. Ex-Workers Collective

Dans l’analyse suivante, des participant·e·s à la résistance contre l’assaut mené par les services de l’immigration et des douanes (ICE) dans les « Villes Jumelles » retracent l’évolution du mouvement de 2025 à nos jours, explorant les raisons pour lesquelles il a pris de l’ampleur malgré une répression croissante.
L’afflux des mercenaires fédéraux dans les « Villes Jumelles » n’est pas terminé. Même s’il est vrai, comme l’affirme les autorités fédérales, qu’il reste moins de 500 agents fédéraux (sans compter les agents chargés des enquêtes en lien avec la sécurité intérieure), cela représente tout de même plusieurs fois le nombre d’agents de l’ICE qui étaient déployés dans les « Villes Jumelles » avant 2026. L’une des stratégies classiques du fascisme consiste à intensifier la violence au maximum, puis à renoncer aux mesures les plus extrêmes afin d’habituer la population à un statu quo plus répressif.
Néanmoins, l’objectif initial de l’administration était de normaliser l’envoi de milliers de mercenaires pour terroriser des villes entières et les soumettre. À cet égard, les habitant·e·s des « Villes Jumelles » ont remporté une victoire, sapant la légitimité perçue des forces fédérales et les forçant à changer de tactique.
Les habitant·e·s des « Villes Jumelles » n’ont pas renversé la tendance contre l’occupation par la force des armes, mais en créant une mobilisation plus forte que celle de l’ICE. Cela ne signifie toutefois pas que la lutte physique contre les occupants n’a joué aucun rôle dans l’issue actuelle du conflit.
Une mobilisation massive de l’ensemble de la société a contraint le gouvernement fédéral à progressivement battre en retraite. Plus de 30 000 personnes ont participé d’une manière ou d’une autre aux réseaux d’intervention rapide, en utilisant un large éventail de tactiques. Plusieurs milliers d’entre elles ont consacré leur vie à la résistance et ont patrouillé les rues tous les jours pendant plus de deux mois. Plusieurs milliers d’autres ont participé à des réseaux clandestins d’entraide pour apporter de la nourriture, des fournitures et fournir une aide financière aux familles sans papiers contraintes de se cacher afin que ces dernières puissent payer leurs loyers. Un adulte sur quatre dans le Minnesota a participé d’une manière ou d’une autre à la grève générale du 23 janvier, et on estime que 8% de tou·te·s les habitant·e·s du Minnesota ont refusé de travailler ce jour-là. Des pancartes indiquant « Tout le monde est la/le bienvenu·e sauf l’ICE » sont apparues dans les vitrines de pratiquement tous les commerces des quartiers sud de Minneapolis.
L’ampleur de la résistance à inciter Stephen Miller à souligner que :
« Il suffit de lire leurs propres mots, d’écouter leurs propres paroles et de juger leur propre conduite pour comprendre qu’il s’agit clairement d’une insurrection contre le gouvernement fédéral. »
Le 24 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre d’Alex Pretti.
Lors des négociations à Hanoï une semaine avant la chute de Saigon en 1975, un général américain aurait déclaré à un commandant nord-vietnamien : « Vous savez, vous ne nous avez jamais battus sur le champ de bataille. »
Le commandant nord-vietnamien répondit : « C’est peut-être vrai, mais cela n’a aucune importance. »
Aujourd’hui, les « Villes Jumelles » pourraient offrir la même réplique à notre ennemi. Les insurrections gagnent en épuisant continuellement un adversaire plus puissant. Nous gagnons par notre capacité à ne pas perdre.
Si la grande majorité des patrouilleurs utilisaient les klaxons de leurs voitures, les appareils photo et vidéo de leurs téléphones portables et des sifflets comme armes, il serrait incorrect de qualifier la résistance de strictement non violente. Un nombre inconnu de personnes courageuses se sont interposées entre l’ICE et nos voisin·e·s vulnérables. Selon le « tsar des frontières » Tom Homan, rien qu’en janvier, près de 160 personnes ont été arrêtées pour avoir entravé ou agressé des agents fédéraux. Au cours de ce mois, l’ICE et la police des frontières (Border Patrol) ont tiré sur une personne chaque semaine, tuant Renee Good et Alex Pretti et blessant Julio Sosa-Celis. Sans se laisser décourager, les gens se sont révoltés et leur nombre n’a fait que croître après chaque fusillade : le 7 janvier en combattant les agents fédéraux au collège Roosevelt, en prenant d’assaut les portes d’un tribunal fédéral et en dressant des barricades sur le lieu du meurtre de Renee ; le 14 janvier, en chassant les agents fédéraux des quartiers nord de Minneapolis et en pillant trois de leurs voitures ; et le 24 janvier, en érigeant des barricades à Whittier et en repoussant à la fois l’ICE et la police locale, les contraignants à battre en retraite et à quitter la zone.
Des accrochages quotidiens sur les lieux des enlèvements, aux émeutes qui ont embrasé des quartiers entiers, ces affrontements ont joué un rôle crucial dans le développement de la résistance. Sans ces incidents, les discussions quotidiennes sur les fils de discussion des réseaux d’intervention rapide, les groupes de quartier hyperlocaux, les manifestations bruyantes tard dans la nuit devant les hôtels et même les arrêts de travail massifs n’auraient peut-être pas pu se transformer en un mouvement capable de faire fléchir la détermination du gouvernement fédéral. Les raisons en sont sociales et non militaires.
Plutôt que de considérer ces moments comme des occurrences aléatoires de turbulences stochastiques, des activités parallèles qui ont ponctué le travail d’organisation en profondeur par des titres sensationnels dans les journaux, nous considérons chaque confrontation avec les forces ennemies comme faisant partie d’un processus d’intensification continu. Chaque escalade de la part de l’ICE entraînait notre propre escalade dans une boucle de rétroaction. Chaque fois que les gens ripostaient, cela ouvrait un nouvel éventail de possibilités et nous franchissons un portail vers une nouvelle phase de résistance.
Chaque affrontement avec l’ICE a fait avancer le mouvement de trois manières :
Pour montrer comment cela s’est produit, nous allons brièvement passer en revue l’évolution du mouvement depuis ses origines.
Le 24 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre d’Alex Pretti.
Dans les « Villes Jumelles », la première confrontation importante avec l’ICE a eu lieu le 3 juin 2025 à la Taqueria Las Cuatro Milpas. Le lendemain, des personnes ont affronté les agents de l’ICE alors qu’ils menaient des raids à Chicago et à Grand Rapids. Deux jours plus tard, des affrontements ont éclaté à Los Angeles et ont rapidement débouché sur le premier soulèvement du second mandat de Trump.
Puis, alors que Trump déployait la Garde nationale à Los Angeles et visait Chicago et d’autres villes en y envoyant de nombreux agents fédéraux, l’administration a décidé ne pas immédiatement intensifier les activités de l’ICE dans les « Villes Jumelles ».
Les premiers signes annonçant l’opération Metro Surge sont apparus il y a trois mois, ce qui semble être une éternité pour tout le monde ici. Nous avons reçu le premier signe avant-coureur le 18 novembre, lorsque l’ICE a tenté de faire une descente dans l’usine de papier Bro-Tex à Saint Paul. Ils ont enlevé deux travailleurs, aspergé les curieuses et curieux avec leur bombe lacrymo et repoussé les manifestant·e·s hors de la rue alors qu’une foule s’était spontanément formée et tentait de bloquer leurs véhicules. Alors que les mercenaires s’enfuyaient, quelqu’un a brisé la vitre arrière d’un van de l’ICE.
La nouvelle du raid et la réaction qu’il a suscitée se sont répandues comme une traînée de poudre. Tant parmi les militant·e·s de gauche que dans les communautés d’immigré·e·s aux sens large, les prémices de ce qui allait devenir plus tard les réseaux d’intervention rapide ont commencé à prendre forme dans des groupes Signal et WhatsApp.
Une semaine plus tard, le 25 novembre, une autre descente de l’ICE a eu lieu, cette fois dans l’est de Saint Paul, dans le quartier de Payne-Phalen. Ils ont emmené deux autres personnes. Cette fois-ci, la nouvelle s’est répandue dans toutes la ville et une foule beaucoup plus importante – plus d’une centaine de personnes – s’est rassemblée pour les arrêter. L’énergie dégagée par les affrontements moins importants de la semaine précédente avait préparé la population. Cette fois-ci, certaines personnes sont venues équipées de masques à gaz et de casques. Les agents fédéraux ont intensifié leurs tactiques répressives, tirant des balles de poivre et des balles en caoutchouc avec leurs fusils. Un·e manifestant·e a été blessé·e par des agents qui lui ont fracassé la tête contre le trottoir.
Tout comme lors du mois de juin dernier, les agents du département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) ont tenté d’affirmer après coup que la descente n’avait aucun lien avec l’immigration, mais personne ne les a cru. Comme nous le verrons plus tard, il s’agit vraisemblablement d’une tactique de désinformation visant à « calmer le jeu », une priorité partagée par les républicains et les démocrates.
Le 25 novembre 2025. Les prémices d’une réponse proportionnée.
Une semaine plus tard, l’ICE a envahi les « Villes Jumelles ». Les informations diffusées dans les médias indiquaient qu’ils ciblaient les immigrant·e·s somalien·ne·s. Une vague de peur s’est répandue au sein de toutes les communautés d’immigrant·e·s. Certaines personnes ont cessé de se rendre sur leur lieu de travail. Ils ont enlevé douze personnes au cours des premiers jours du mois de décembre, avant que le département de la Sécurité intérieure n’annonce officiellement le début de l’opération Metro Surge le 4 décembre 2025. Peu de temps après, plus de 300 agents de l’ICE occupaient nos rues. Des rumeurs ont commencé à circuler au sujet de descentes de police dans les banlieues. Les organisatrices et organisateurs de manifestation ont commencé à convoquer des réunions en face à face afin de mettre en place des groupes de défense de quartier. Une organisation appelée Monarca a commencé à organiser des formations d’observateurs juridiques pour les personnes qui souhaitaient patrouiller. Les premier·ère·s patrouilleuses et patrouilleurs ont pris l’habitude de se qualifier par euphémisme de « banlieusard·e·s ».
Au cours des deux premières semaines de l’occupation, une situation d’attente s’est installée. Les agents de l’ICE sortaient de leurs voitures par deux et arrêtaient quelqu’un. Parfois, si nous avions de la chance, une foule se formait. Les gens sortaient leurs téléphones, sifflaient et les insultaient. Les agents aspergeaient quelqu’un avec leur bombe lacrymo et partaient avec leur victime.
Les rares fois où nous avons pu empêcher les enlèvements grâce à notre nombre, nous l’avons fait. Par exemple, lorsque l’ICE a fait une descente sur un chantier de construction à Chanhassen par des températures dangereusement basses et que deux ouvriers ont souffert d’engelures après avoir été piégés sur un toit pendant qu’une foule d’individus faisait face aux agents fédéraux dans la rue. Mais dans l’ensemble, la plupart d’entre nous sommes resté·e·s des observatrices et observateurs relativement passives et passifs pendant cette période. La plupart des enlèvements effectués ont donc abouti.
Le 15 décembre, les choses ont commencé à changer. Deux agents de l’ICE ont tenté de kidnapper une femme enceinte à l’angle de la 29ème rue et de Pillsbury. L’agent Brenden Cuni l’a plaquée au sol et lui a enfoncé son genou dans le dos. C’était également la première fois que nous identifions formellement un agent de l’ICE après l’avoir vu sur le terrain. Les gens ont commencé à lancer de tous les côtés des boules de neige et de gros morceaux de glace sur les agents fédéraux.
Alors que la température atmosphérique baissait au cours de la seconde moitié du mois de décembre, la température politique, quant à elle, grimpait en flèche. Il était devenu courant de voir l’ICE brutaliser des gens. Le 22 décembre, ils ont utilisé pour la première fois des balles réelles contre nous, lorsqu’ils ont tiré sur un homme à Saint Paul après avoir percuté sa voiture. Des informations ont également circulé selon lesquelles l’ICE aurait tiré sur les pneus du véhicule d’un·e observatrice ou observateur. Un·e autre a été arrêté·e dans un parking près du bâtiment fédéral Whipple et accusé·e de « harcèlement ». Ils ont commencé à freiner brusquement devant les conductrices et conducteurs qui les suivaient de trop près ou à nous bloquer dans les rues avec leurs véhicules. Ils ont commencé à tenter de procéder à des enlèvements de manière plus rapide et plus violente. Leur violence est devenue plus théâtrale. L’occupation a créé un nouveau statu quo.
Avant le 6 janvier 2026, nous avons connus quelques jours étrangement calmes et il semblait que le nombre d’enlèvements à Minneapolis allait enfin diminuer. Puis le DHS a annoncé l’arrivée de 2 000 agents supplémentaires de l’ICE et de la police des frontières. Du jour au lendemain, les rues ont été envahies par ces agents. Alors qu’auparavant, il fallait une voiture pour se déplacer sur les lieux où intervenaient les agents de l’ICE, leur nombre était désormais si important que les patrouilles à pied autour de certains points chauds sont devenues tout aussi efficaces. Les enlèvements sont devenus de plus en plus arbitraires. Nous avons vu des agents attraper des gens à des arrêts de bus et utiliser des logiciels de reconnaissance faciale sur des personnes choisies au hasard dans la rue. Le jour même où cette vague a commencé, l’ICE a arrêté et déporté Victor Manuel Diaz, un résident de Minneapolis, à Fort Bliss, au Texas, où il est mort – ou a été assassiné – une semaine plus tard seulement.
Le 7 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre de Renee Good.
Un jour après le début de cette vague d’attaques, le 7 janvier, l’agent de l’ICE Jonathan Ross a assassiné Renee Good. Des dizaines d’agents fédéraux se sont rassemblés sur le lieu du meurtre pour menacer la foule de manifestant·e·s. Compte tenu de ce que les agents venaient de faire, la réaction immédiate de la foule a été modérée et mesurée. Les gens ont bloqué la rue et ont scandé des slogans contre les complices du meurtre. Sans avoir été provoqués, les agents « Bor-Tac » de la police des frontières Michael Sveum et Edgar Vazquez ont ouvert le feu avec des armes chimiques, déclenchant des échauffourées à l’angle de la 34ème rue et de Portland.
Deux heures plus tard, une bagarre a éclaté au collège Roosevelt, où des personnes ont réussi à empêcher les agents de l’ICE d’enlever un travailleur immigrant en les encerclant devant le bâtiment. Cette nuit-là, les habitant·e·s ont barricadé Portland Avenue. Dix mille personnes se sont rassemblées pour veiller Renee Good.
Après le meurtre de Renee Good, un nouveau statu quo est apparu. L’ICE a intensifié sa terreur à un niveau sans précédent. Il est devenu courant pour eux de briser les vitres des voitures des manifestant·e·s. Ils ont arrêté d’avantage d’observatrices et d’observateurs. Ils ont commencé à utiliser des gaz lacrymogènes lors d’affrontements mineurs, alors qu’il aurait été inhabituel pour des policiers ordinaires de les utiliser. Deux employé·e·s du magasin Target, qui étaient citoyen·ne·s américain·e·s, ont été passé·e·s à tabac et arrêté·e·s pour avoir filmé des agents fédéraux. L’ICE a relâché des personnes arrêtées au beau milieu de la nuit, par des températures négatives, dans des parcs publics. Des théories du complot libérales ont gagné en popularité, affirmant que Trump essayer d’utiliser cette forme de violence pour nous provoquer et nous pousser à réagir. Les discussions sur les réseaux sociaux ont rapidement pris de l’ampleur.
Le 11 janvier, Greg Bovino a ostensiblement conduit un convoi de la police des frontières le long de University Avenue, harcelant les gens dans les zones très fréquentées. À une station-service Speedway de Saint Paul, ils ont tabassé et étranglé Orbin Mauricio Enriquez Serrano jusqu’à ce qu’il perde connaissance, puis ont frappé et plaqué au sol des observatrices et des observateurs alors qu’ils emportaient son corps. Deux jours plus tard, une centaine de personnes se sont rassemblées pour affronter l’ICE alors qu’ils effectuaient une descente dans une maison dans le quartier de Powderhorn ; l’ICE a utilisé des gaz lacrymogènes contre les manifestant·e·s présent·e·s sur place. Plus tard, dans la nuit du 13 janvier, des affrontements ont éclaté au bâtiment Whipple lorsque des manifestant·e·s et des agents du DHS ont échangé des feux d’artifice contre des gaz CS (gaz lacrymogènes) et des grenades assourdissantes.
Le 14 janvier 2026. La police et les agents fédéraux ont recouvert un quartier entier de gaz lacrymogènes après avoir tiré sur Julio Sosa-Celis.
Le 14 janvier 2026. La police et les agents fédéraux terrorisant un quartier après avoir tiré sur Julio Sosa-Celis.
Nous avons assisté à un tournant décisif le 14 janvier, lorsqu’un agent de l’ICE a tiré sur Julio Sosa-Celis à travers la porte d’entrée de son domicile dans le nord de Minneapolis. Des centaines de jeunes issu·e·s des communautés noires et latino-américaines du quartier populaire de Northside sont descendu·e·s dans la rue et ont affronté les agents fédéraux aux côtés de militant·e·s. Pendant trois heures, les agents de police de la ville de Minneapolis ont prêté main forte à l’ICE qui tirait des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur la foule. Les manifestant·e·s ont riposté en lançant des bouteilles, des pierres, des pétards et des feux d’artifice.
Les agents de l’ICE ont été les premiers à se replier, abandonnant au moins trois véhicules sur place. La police de Minneapolis a pris la fuite peu après. Les jeunes du Northside ont tagué et saccagé leurs voitures, volé un coffre-fort contenant des armes à feu retrouvé dans l’un des coffres des véhicules et transformé les lieux des affrontements en une fête de quartier très animée. Des témoins ont diffusé en direct des images montrant des personnes fouillant les véhicules de l’ICE, récupérant des documents sensibles et des « pièces de défi », pièces généralement distribuées aux mercenaires en guise de récompense pour leurs actions violentes menées à l’encontre des communautés. Les agents fédéraux ne sont revenus sur les lieux que plusieurs heures plus tard.
Pour beaucoup d’habitant·e·s dans les « Villes Jumelles », le 14 janvier a marqué un véritable tournant. Il a représenté le réveil d’un géant endormi : la même force sociale qui avait donné naissance à la rébellion suite à la mort de George Floyd s’est levée pour marquer de son empreinte indélébile la lutte contre l’ICE.
Le 14 janvier 2026. Les gens réagissent après que l’ICE a tiré sur Julio Sosa-Celis.
Le 14 janvier 2026. Les gens réagissent après que l’ICE a tiré sur Julio Sosa-Celis.
Des personnes inspectent les véhicules abandonnés par les agents fédéraux après avoir tiré sur Julio Sosa-Celis et avoir terrorisé le quartier pendant des heures à coups de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes.
La situation a atteint son paroxysme le 23 janvier, lorsque 300 000 personnes se sont mises en grève pour protester contre l’occupation de l’ICE.
Le lendemain, six agents des douanes et de la protection des frontières (US Customs and Border Protection, CBP) ont assassiné Alex Pretti de sang-froid, en plein jour. Un appel a été lancé pour trouver des observatrices et des observateurs. Parmi toutes les émeutes que nous avons connues, les combats de rue à Whittier se sont distingués par la rapidité avec laquelle ils sont apparus. Le plus impressionnant, c’est que sans aucune planification, tou·te·s les participant·e·s savaient immédiatement quoi faire. Des barricades ont été érigées sur Nicollet, Blaisdell et la 26ème rue. Les gens ont incendié des bennes à ordures. Les palettes d’un entrepôt ont toutes été réutilisées pour construire et renforcer les barricades. Les agents fédéraux ont tiré une quantité impressionnante de gaz lacrymogène pour couvrir leur retraite avant de s’enfuir sur l’autoroute 35W.
Trois jours plus tard, Greg Bovino avait été relevé de ses fonctions et le gouvernement de l’État cherchait à conclure un accord avec les autorités fédérales en vue d’établir une certaine forme de détente. Le même jour, le gouverneur Tim Walz a déclaré :
« La politique de la Maison Blanche est qu’elle ne peut pas se permettre de voir des gaz lacrymogènes dans les rues et elle ne peut certainement pas se permettre de voir un autre incident comme celui que nous avons vu samedi matin. »
Le 24 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre d’Alex Pretti.
Aujourd’hui, près de quatre semaines se sont écoulées depuis le meurtre d’Alex et les événements de Whittier. Le tsar des frontières Tom Homan aurait retiré 700 agents des rues des « Villes Jumelles » après ces événements, bien que lui-même et les autres représentants du gouvernement fédéral ne nous aient donné aucune raison de les croire sur parole.
Plutôt qu’un retrait, nous assistons simplement à un changement de stratégie. Le gouvernement de l’État a donné à l’ICE l’accès à toutes les prisons du comté. Aujourd’hui, l’ICE est peut-être moins visible et terrorise peut-être davantage les banlieues que les centres-villes, mais elle est toujours là : son parc automobile est toujours rempli à Whipple et elle continue de kidnapper des gens tous les jours. Dans les « Villes Jumelles », la « réduction » du nombre de forces fédérales dans les rues est d’avantage une opération médiatique visant à apaiser et pacifier une certaine audience qu’une réalité sur le terrain. Les organisatrices locales et les organisateurs locaux appellent à une semaine d’action du 25 février au 1er mars afin de maintenir la pression à un moment où le régime tente de la relâcher.
Le 25 janvier 2026 : un mercenaire fédéral menace des personnes à l’extérieur d’un hôtel où sont logés des agents de l’ICE.
Nous pouvons tirer trois conclusions provisoires de cette séquence d’événements :
L’introduction de tactiques militantes n’a pas diminué le soutien populaire à la résistance. Au contraire, l’infrastructure des groupes d’intervention rapide a continué à se développer et à s’étendre à chaque phase de lutte. Il y avait 3 000 participant·e·s en décembre ; à la mi-février, iels étaient environ 30 000. L’État n’a pas réussi à convaincre le public d’accepter une dichotomie entre les « bons manifestants » et les « mauvais manifestants ». Le mouvement reste encore extrêmement populaire.
« Troubler l’ordre public » est en soi un moyen de pression pour le mouvement. Ce qui a contraint le gouvernement fédéral à battre en retraite, ce n’est pas seulement la surveillance directe et la confrontation des agents de l’ICE par les patrouilleuses et patrouilleurs, mais aussi la menace générale pour l’ordre public que représente un mouvement de milliers de personnes en communication constante et en temps réel, qui débouche parfois sur des rébellions de quartier, comme celles qui ont eu lieu à Northside et Whittier en réponse à la fusillade du 14 janvier et au meurtre d’Alex Pretti le 24 janvier. Lorsqu’ils ont entamé les négociations, Walz et Trump ont tous les deux convenus qu’il était crucial de « faire baisser la température ». Dans la mesure où cette priorité unifie les fascistes au sein du parti républicain et la fausse opposition représentée par l’establishment démocrate, elle montre comment un mouvement social populaire pourrait poursuivre ses propres intérêts d’une manière qui ne peut être cooptée par aucune des forces dominantes au sein du gouvernement.
Les vieux mécanismes de répression ne fonctionnent plus. C’est pourquoi l’État a recours à la force brute. Les pouvoirs en place ne sont plus intéressés par la pratique d’une contre-insurrection visant à gagner les cœurs et les esprits. Ils tentent de gouverner uniquement par la terreur. Historiquement, cela est l’indicateur d’un État faible, qui n’a plus aucune légitimité aux yeux de celles et de ceux qu’il gouverne.
En d’autres termes, un gouvernement en sursis.
Le 24 janvier 2026. Les gens réagissent au meurtre d’Alex Pretti.
« Désormais, les démagogues, les opportunistes et les magiciens ont une tâche difficile. L’action qui les a plongés dans une lutte au corps à corps confère aux masses un goût vorace pour le concret. »
– Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre
20.02.2026 à 20:24
CrimethInc. Ex-Workers Collective

À la fin du mois de janvier 2026, les affrontements entre les agents des services de l’immigration et des douanes (ICE) et la communauté dans son ensemble ont atteint leur paroxysme dans les « Villes Jumelles », avant de s’étendre à Portland et à d’autres villes des États-Unis, y compris dans des localités moins associées à des mouvements de protestation très médiatisés. Dans le récit qui suit, un·e participant·e décrit le déclenchement des hostilités avec les agents fédéraux et la police d’Eugene, dans l’Oregon, et l’analyse comme un microcosme de la résistance qui affaiblit de plus en plus l’ICE à travers le pays.
Je sais que le nouveau monde est réel parce que parfois, un portail s’ouvre, me permettant d’en avoir un petit aperçu. Parfois, cela ressemble à une brique volant dans les airs, à une grenade lacrymogène retournant à son expéditeur, à un cordon de police battant en retraite.
À Eugene, fin janvier, le portail vers un monde nouveau s’est ouvert à plusieurs reprises. Des affrontements ont éclaté entre les manifestant·e·s et les forces fédérales à leur quartier général situé dans le centre-ville, durant plusieurs heures et culminant avec l’intrusion au sein du bâtiment fédéral dans la nuit du vendredi 29 janvier. Ces accrochages ont rassemblé des centaines d’habitant·e·s d’Eugene, qui ont puisé leur inspiration dans les affrontements et les manifestations qui ont eu lieu à Los Angeles et dans les « Villes Jumelles », ainsi que dans la mémoire collective de notre propre histoire de lutte locale. Il s’agit des affrontements les plus intenses avec les forces de l’ordre à Eugene depuis 2020 ; ils ont inauguré un nouveau chapitre dans la lutte contre l’ICE dans notre ville.
Eugene est fière de son histoire marquée par les différents mouvements de protestation et de contre-culture. Les observatrices et observateurs extérieur·e·s se sont demandé si ce qui se passe à Eugene en 2026 représente un retour aux jours tumultueux des années 1990, lorsque Eugene était largement connue comme étant un centre névralgique de l’organisation du mouvement écologiste radical et de l’action directe. En réalité, il s’agit à la fois d’une réponse communautaire organique à la campagne de nettoyage ethnique menée actuellement par le gouvernement fédéral et de la dernière incarnation d’un réflexe insurrectionnel qui s’est développé à la suite de la rébellion en lien avec la mort de George Floyd et des émeutes de l’été 2020. Tu peux lire une analyse complète de cette période ici. Plus récemment, nous avons vu ce réflexe insurrectionnel émerger dans les combats de rue avec l’extrême droite et lors d’une marche du black bloc vers le bâtiment fédéral le 1er mai 2025.
Depuis l’été 2025, les membres de la communauté organisent presque quotidiennement des manifestations devant le bâtiment fédéral que l’ICE utilise comme base opérationelle. Ces manifestations ont été très suivies, mais dans l’ensemble, à l’instar des manifestations No Kings, elles n’ont pas dégénéré en affrontements directs avec les agents fédéraux. Il y a eu des exceptions, comme cette nuit d’automne 2025 où les agents de l’unité tactique du service des douanes de la police des frontières et les agents de la protection des frontières ont joué au chat et à la souris avec une centaine de manifestant·e·s. Malheureusement, à ce moment-là, la plupart des manifestant·e·s n’étaient pas prêt·e·s à réagir efficacement et ont subi des abus considérables de la part des agents.
Les meurtres de Renee Good et d’Alex Pretti ont changé la donne à Eugene. La tension et la colère ont atteint leur paroxysme. Le 24 janvier, jour du meurtre de Pretti, plusieurs centaines de manifestant·e·s se sont rassemblé·e·s devant le bâtiment fédéral pour la manifestation prévue ce jour-là. Une banderole disait : « Deux des nôtres, Tous les vôtres ».
Le gouvernement d’Eugene a tenté de devancer la colère en organisant une réunion publique à 13 heures ce jour-là, en présence du maire et du conseil municipal. Nous sommes désormais habitué·e·s à cette tactique qui consiste à faire des promesses vaines en affirmant que des mesures seront prises pour agir. Cela aboutit généralement, dans le meilleur des cas, à une lettre officielle au ton ferme. Les organisateurs du Parti pour le socialisme et la libération (« Party for Socialism and Liberation ») ont conduit de nombreuses et nombreux manifestant·e·s du bâtiment fédéral à la mairie. Dès que tout le monde s’est retrouvé dans la salle de réunion, la séance prévue s’est transformée en une séance de cris et de perturbations.
Le mardi 27 janvier, vers 14 heures, des agents du département de la Sécurité intérieure (DHS) vêtus de tenues tactiques ont attaqué un petit groupe de manifestant·e·s qui participaient à la manifestation hebdomadaire « Love and Rage » (« Amour et Rage ») devant le bâtiment fédéral. Jusqu’à ce jour, ils avaient généralement ignoré les manifestant·e·s ; cette fois-ci, ils les ont attaqué·e·s avec des balles de poivre et ont plaqué plusieurs personnes au sol afin de les traîner à l’intérieur du bâtiment.
Les nouvelles se répandent rapidement dans une petite ville. Des messages appelant à soutenir les manifestant·e·s ont circulé sur divers canaux, accompagnés d’images montrant des agents masqués du DHS brutalisant des personnes. Les sympathisant·e·s ont afflué alors que les agents poursuivaient leur offensive. En l’espace de quelques heures, ils ont arrêté une demi-douzaine de personnes. Mais ce n’était que la première manifestation de la journée : à 17 heures, l’Association des infirmières et infirmiers de l’Oregon avait prévu d’organiser une veillée en hommage à Alex Pretti, attirant une foule encore plus nombreuse sur les lieux.
La vue de centaines de personnes se précipitant pour soutenir celles et ceux qui étaient attaqué·e·s par les agents fédéraux était impressionnante. Des centaines de personnes ont envahi la cour, qui est entourée sur trois côtés par le bâtiment fédéral ; d’autres se sont massées sur les trottoirs à l’intersection voisine.
La manifestation était plus bruyante que les précédentes, avec des slogans plus agressifs. Mais au début, elle manquait de direction. Différents groupes tentaient de prendre la tête, imposant leurs propres slogans et leurs propres efforts, toutes et tous uni·e·s par la vue des agents en tenue tactique présents à l’intérieur du bâtiment. Plusieurs années s’étaient écoulées depuis le dernier affrontement majeur et les gens manquaient d’entraînement.
Les manifestant·e·s voulaient surtout que les autorités fédérales libèrent les personnes qu’elles avaient arrêtées plus tôt dans la journée. L’attitude de la foule est devenue de plus en plus conflictuelle. Quelques manifestant·e·s ont tagué des murs, braqué des lasers et lancé des bouteilles d’eau sur les panneaux de verre qui séparaient les manifestant·e·s des agents fédéraux. Anticipant les affrontements, beaucoup de gens ont enfilé des équipements de protection comme des masques respiratoires et des casques.
« Nique l’administration ».
Vers 19 heures, le bruit assourdissant de l’explosion d’une grenade a retenti. Des nuages de gaz lacrymogène ont envahi la place et se sont répandus dans les rues environnantes. La foule a reculer sans paniquer. Certain·e·s manifestant·e·s ont renvoyé les grenades vers la ligne d’agents fédéraux qui avançait ; d’autres ont éteint les gaz lacrymogènes avec de l’eau. Comme la veillée avait été organisée par l’Association des infirmières et infirmiers de l’Oregon, de nombreuses et nombreux participant·e·s savaient comment réagir face à ces produits chimiques nocifs. Iels scandaient : « nous n’avons pas peur ».
En infériorité numérique, les agents fédéraux se sont repliés à l’intérieur du bâtiment, tandis que des centaines de personnes avançaient vers eux. Les affrontements entre les manifestant·e·s et les agents fédéraux se sont poursuivis pendant plusieurs heures.
Les policiers d’Eugene ne sont arrivés qu’à 20 heures. Ils sont arrivés en camion, équipés de tenues anti-émeutes, pilotant des drones au-dessus de leurs têtes. Cependant, ils n’ont pas engagé le combat contre les manifestant·e·s. La police locale a hésité à soutenir ouvertement l’ICE, maintenant une certaine distance avec eux dans leurs opérations. Cela lui a permis de blanchir sa réputation, se présentant comme « la moins pire » des institutions chargées de faire appliquer la loi opérant dans la ville, malgré la terreur quotidienne qu’elle inflige elle aussi à Eugene, en particulier après de la population sans-abri.
Au cours des jours qui ont suivi, même les libéraux ont eu du mal à dénoncer les manifestant·e·s les plus radicales et radicaux. Le maire d’Eugene, Kaarin Knudson, a dénoncé l’ICE tout en exprimant son « inquiétude » pour la sécurité de la communauté, comme si les agents de l’ICE n’avaient pas déjà enlevé des membres de la communauté avant ces événements. Ne manquant jamais une occasion de canaliser l’énergie populaire vers les institutions, le maire a également annoncé que la ville – et par conséquent sa police – élaborait une stratégie commune pour faire face à ces situations à l’avenir et que l’EPD (le département de la police d’Eugene) serait d’avantage impliqué dans le maintien de l’ordre lors des manifestations.
Les gaz lacrymogènes ont le pouvoir de raviver les liens entre ancien·ne·s ami·e·s et réseaux, tout comme la pluie active les spores qui donnent naissance à la mousse de couleur vert néon qui fait la renommée du Pacific Northwest, la région du nord-ouest des États-Unis. Il était inévitable que la violence étatique finisse par ramener les gens dans les rues. Il était inévitable que les autorités municipales libérales ne parviennent pas à apaiser la colère de la population, car elles n’avaient aucun moyen de pression réel sur le gouvernement fédéral. Il était inévitable que l’organisation, l’agitation et la préparation concertées portent leurs fruits une fois que la paix sociale n’était plus possible.
Eugene Punks United, un groupe de jeunes radicales et radicaux connu localement pour avoir organisé des grèves scolaires, a annoncé une manifestation le 30 janvier à 14h, prévue pour coïncider avec la « grève générale » qui avait lieu ce jour-là dans les « Villes Jumelles ». Plusieurs autres événements étaient annoncés pour cette journée, mais la manifestation a attiré un groupe bruyant et bien préparé qui espérait « affronter la vermine nazie », selon les termes de l’appel à l’action.
Des participant·e·s entreprenant·e·s dans la foule ont tagué des slogans sur le bâtiment fédéral. D’autres ont brisé des vitres. En réponse, les agents fédéraux, en infériorité numérique, ont tiré des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes sur la foule. Cette fois-ci, la police d’Eugene est venue à leur secours. Les autorités ont déclaré que la manifestation était maintenant considérée comme une émeute et une bataille rangée s’est ensuivie. Pendant près de quatre heures, les policiers et les manifestant·e·s ont échangé des salves de grenades lacrymogènes, de grenades assourdissantes, de bouteilles, de feux d’artifice et d’autres projectiles. La dernière salve de grenades lacrymogènes a été tirée après minuit.
Tout comme les pillages et les incendies qui ont suivi la mort de George Floyd, l’émeute au bâtiment fédéral représente un bond en avant dans l’histoire récente des luttes à Eugene. Elle pourrait marquer un tournant dans la forme que prennent les manifestations contre l’ICE. Cependant, elle n’a pas reçu le même soutien massif que les affrontements du 27 janvier. L’opinion publique est divisée sur la question de savoir si les choses sont allées « trop loin », bien que le débat soit moins intense que la réaction négative qui a suivi les pillages du 29 mai 2020. Certain·e·s citent des vidéos virales montrant des agents fédéraux brisant les fenêtres du bâtiment pour étayer des théories du complot selon lesquelles ils auraient brisé leurs propres fenêtres. Mais en réalité, les fenêtres étaient déjà brisées à ce moment-là – un fait dont les manifestant·e·s peuvent être fier·ère·s – et les agents ne faisaient que repousser les débris afin de tirer des gaz lacrymogènes sur les manifestant·e·s.
La réaction de l’État et des autorités locales aux événements du 30 janvier a été rapide. Les deux sénateurs de l’Oregon ainsi que la gouverneure Tina Kotek ont tenu une conférence de presse avec le maire d’Eugene le lendemain matin. Iels ont cherché à établir une distinction entre les « bons manifestants » et les « mauvais manifestants » exhortant la population à « ne pas mordre à l’hameçon » et menaçant de sanctions celles et ceux qui se livraient à des destructions de biens ou à des violences contre la police. Iels ont imploré les manifestant·e·s de ne pas donner au gouvernement fédéral une raison de cibler Eugene comme il l’a fait à Minneapolis, affirmant qu’Eugene ne pourrait pas faire face à l’arrivée de milliers d’agents de l’ICE.
Il est important de dire que le gouvernement fédéral n’est pas intervenu à Minneapolis parce que les manifestant·e·s « lui ont donné une raison » : Trump a envoyé des milliers d’agents de l’ICE et de la police des frontières parce qu’une personnalité d’extrême droite présente sur les réseaux sociaux a publié un message viral alléguant que des fraudes avaient lieu dans le système d’aide sociale de Minneapolis, sans compter que Trump en voulait aussi personnellement à Minneapolis depuis le soulèvement de George Floyd. Si tout le monde, partout, résiste farouchement aux agents fédéraux, ceux-ci seront trop dispersés et disposeront de trop peu de soutien pour pouvoir continuer à attaquer d’autres villes comme ils ont attaqué les « Villes Jumelles ». En revanche, si les gens font ce que les politiciens susmentionnés leur recommandent et se limitent à des protestations symboliques impuissantes, l’ICE serra en mesure d’attaquer une ville après l’autre, pour finalement atteindre Eugene et d’innombrables autres villes.
Outre la réaction des autorités fédérales, Donald Trump a qualifié les manifestantes et manifestants de « folles/fous, d’agitatrices/agitateurs et d’insurrectionnalistes » [sic], menaçant de déployer des troupes pour réprimer les manifestations. Cependant, il s’est fait tellement d’ennemis à travers le pays que nous ne devrions pas prendre ces menaces au pied de la lettre.
Depuis ce samedi, les manifestations se poursuivent devant le bâtiment fédéral, qui reste barricadé. Elles sont moins importantes qu’à la fin du mois de janvier, mais d’autres occasions se présenteront bientôt. Selon des témoignages et des rumeurs qui circulent, des agents du FBI ont été aperçus en train de demander aux commerces situés à proximité du bâtiment fédéral de leur fournir des images vidéo et ils ont tenté d’interroger au moins deux membres de la communauté.
Malgré leurs menaces, nous devons rester concentré·e·s sur notre objectif. Nous avons une chance de contribuer à mettre fin une fois pour toutes au cauchemar américain en dispersant leurs forces, ce qui créera des opportunités ailleurs. Chaque agent de l’ICE déployé pour défendre le bâtiment fédéral est un agent de moins dans les rues pour terroriser et enlever des gens. Plus ils utilisent la force, plus tout le monde les considérera comme une armée d’occupation illégitime. Plus nous leur résisterons, plus les avertissements des politiciens locaux et les menaces des fonctionnaires fédéraux sonneront creux.
Nous espérons que la vague de contestation contre le gouvernement fédéral qui déferle actuellement sur le pays marque le début d’un mouvement capable, à terme, de démanteler l’État policier techno-féodal que Donald Trump, Stephen Miller, Peter Thiel, Elon Musk, Sam Altman et d’autres tentent de mettre en place. Leur défaite nous permettra d’obtenir une victoire plus profonde et plus décisive contre l’État et la propriété privée.
Quoi qu’il arrive, nous ne pouvons pas et ne laisserons pas leur monde prendre forme. Si notre mouvement doit être forgé dans le creuset de l’occupation fédérale, qu’il en soit ainsi. La victoire appartient à celles et ceux qui se battent pour une cause juste. À de nombreuses autres nuits d’action à Eugene. Que le portail s’ouvre à nouveau, que nous puissions le franchir une fois pour toutes.
Tout notre amour à nos combattant·e·s !
Rest in power, Keith Porter Jr., Renee Good, Alex Pretti et tant d’autres.
13.02.2026 à 23:57
CrimethInc. Ex-Workers Collective

Le 4 juillet, une douzaine de personnes ont participé à une manifestation au centre de rétention de Prairieland, un établissement où sont incarcéré·e·s des immigrant·e·s faisant l’objet d’une procédure d’expulsion. Lorsque la police est intervenue, des coups de feu ont été tirés et un officier aurait été blessé. Aujourd’hui, dix-neuf personnes, dont certaines n’auraient apparemment ni participé à la manifestation ni mis les pieds à proximité du centre de rétention de Prairieland, sont accusées « d’avoir fourni un soutien matériel au terrorisme », ainsi que d’émeute, de port d’explosifs et d’armes à feu, de tentative de meurtre sur un employé fédéral et d’autres chefs d’accusation. Dix-huit d’entre elles sont toujours en prison.
Les procureurs ont cherché à monter de toutes pièces une affaire criminelle impliquant non seulement les participant·e·s à la manifestation, mais aussi toutes les personnes qu’ils pouvaient trouver pour les prendre pour cible, inculpant les compagnes et compagnons des personnes arrêtées et même un membre d’un comité de soutien. Étant donné que la diffusion de mensonges éhontés est une pratique courante de l’administration Trump et de ses partisans, il est probable qu’au moins certaines des allégations diffusées par les autorités fédérales et les médias de droite au sujet des accusé·e·s de Prairieland n’aient aucun fondement factuel.
Cette affaire vise à créer un précédent afin de criminaliser la protestation et d’intimider les personnes qui s’organisent en solidarité avec les immigrant·e·s et les accusé·e·s. Le 17 février, la sélection du jury débutera pour un procès impliquant neuf des accusé·e·s.
Nous allons ici examiner quels sont les enjeux de cette affaire pour le reste du pays.
Une banderole lors d’une action de soutien.
Lors des intenses manifestations qui ont suivi le meurtre de George Floyd en mai 2020, la police a arrêté des milliers de personnes. Des centaines de milliers d’autres ont réagi en faisant des dons pour payer les cautions. À la fin de l’été, le Minneapolis Freedom Fund avait récolté près de 40 millions de dollars. D’autres groupes de solidarité ont récolté des millions de dollars supplémentaires.
Dans le même temps, des veillées nocturnes ont vu le jour devant les prisons, où des sympathisant·e·s offraient aux personnes arrêtées une accolade, une cigarette ou un moyen de locomotion pour rentrer chez elles. Les manifestations se sont propagées à travers tout le pays, tandis que la stratégie répressive de l’État s’effondrait dans une improvisation maladroite. Les greffiers ont égaré des dossiers, les retards se sont accumulés, les tribunaux ont classé des milliers d’affaires sans suite. L’État a battu en retraite.
Au cours de la dernière décennie, les mouvements populaires ont démontré qu’il était possible de perturber les structures de pouvoir bien établies, qu’il s’agisse des services de police, des services d’immigration ou des administrations universitaires. Les institutions qui n’ont aucune raison de craindre pour leur contrôle n’ont pas besoin d’accuser les militant·e·s de terrorisme, de complot ou de racket. Tout comme le gouvernement étatsunien recourt à des guerres illégales, à des frappes aériennes et à des enlèvements pour préserver sa domination mondiale, les forces de l’ordre ont de plus en plus souvent recours à des moyens scandaleux, voire criminels, pour réprimer les mouvements de contestation nationaux. Si cela est effrayant, cela indique également l’efficacité de ces mouvements. Le désespoir du gouvernement est une conséquence de la résistance populaire. Les luttes de millions de personnes ont le potentiel d’apporter un véritable changement.
Quand on regarde les dernières décennies, on voit partout la même histoire : des communautés qui se défendent contre les attaques de l’État.
Mais il y a également une autre tendance.
Que se passe-t-il quand les gens ne s’opposent pas à la répression ? Pour connaître la réponse, il suffit tout simplement de se pencher sur une affaire judiciaire en cours contre dix-neuf personnes dans le nord du Texas. Elles font l’objet de poursuites à l’échelle fédérale et étatique pour leur implication présumée dans une manifestation qui s’est déroulée le 4 juillet 2025 devant le centre de rétention Prairieland à Alvarado, au Texas. Dans le silence qui entoure cette affaire, les autorités fédérales tentent d’en faire toujours plus, cherchant à profiter de cette passivité pour créer de dangereux nouveaux précédents.
Cette affaire représente une intensification stratégique de la campagne menée depuis des décennies pour étendre la répression étatique, criminaliser la dissidence et préparer le terrain pour lancer une attaque totale contre les mouvements populaires.
Pour soutenir les accusé·e·s de Prairieland qui refusent de coopérer, commence ici. Pour soutenir les insurgé·e·s de 2020 qui se sont révolté·e·s à la suite de la mort de George Floyd et qui sont toujours emprisonné·e·s, commence ici.
Le 20 janvier, premier jour de son second mandat, Donald Trump a signé plusieurs décrets visant à terroriser les immigrant·e·s. Ces décrets ont confié au ministère de la Défense la responsabilité de la stratégie frontalière étatsunienne tout en restreignant les voies légales pour que les individus puissent avoir accès à leur statut de résident·e·s. Le gouvernement a désigné plusieurs trafiquants de drogue étrangers comme étant des « organisations terroristes étrangères » et a fortement réduit le nombre de migrant·e·s autorisé·e·s à entrer sur son territoire.
Depuis un an, les services de Sécurité intérieure, les douanes et la police des frontières, ainsi que d’autres agences fédérales, traquent les citoyen·ne·s américain·e·s dans les villes en étant cagoulés, et kidnappent des personnes au hasard. Ils se sont associés aux autorités locales et à des agents pour mener des raids sur des lieux de travail, dans des églises, des établissements scolaires, des cliniques, des fermes et des hôpitaux. Ils ont mené des actions publiques d’intimidation et de violence, brisant des vitres de voitures, arrachant des enfants à leurs parents, arrêtant des bus scolaires. Alors que les autorités chargées de l’immigration agissent depuis longtemps de cette manière aux frontières, la nouvelle stratégie consiste à terroriser publiquement les immigrant·e·s dans tout le pays, incitant un certain nombre de personnes à « s’auto-expulser » – un euphémisme officiel pour désigner le fait de fuir le pays par peur. Les autorités ont également entrepris de criminaliser toute personne qui soutient ces communautés en difficulté.
Le 4 juillet 2025, la police d’Alvarado, au Texas, a arrêté neuf personnes à proximité du centre de rétention de Prairieland. Selon une plainte pénale déposée le 7 juillet, l’agent spécial du Federal Bureau of Investigation (FBI) Clark Wiethorn a affirmé qu’une douzaine de manifestant·e·s s’étaient rassemblée·e·s à l’extérieur du centre, tirant des feux d’artifice et vandalisant des véhicules. Wiethorn a déclaré que lorsque la police est arrivée sur place, « 1 à 2 » tireurs ont tiré des dizaines de coups de feu sur les forces de l’ordre, touchant un officier au cou. Il a par la suite révisé cette affirmation pour déclarer finalement qu’un seul tireur avait tiré un nombre beaucoup plus faible de coups de feu, avec un total de 11 douilles retrouvée dans la zone en question. Les autorités ont également précisé par la suite que la « blessure » de l’agent n’était pas mortelle. Ce dernier a quitté l’hôpital quelques heures plus tard. Le tribunal n’a pas encore rendu public les dossiers médicaux de cette prétendue visite.
Par la suite, la police a perquisitionné neuf domiciles liés aux personnes arrêtées et lancé une chasse à l’homme pour retrouver l’un·e des accusé·e·s. Le 10 juillet, les autorités ont arrêté Benjamin Song, l’accusant d’avoir tiré avec un AR-15 sur les forces de l’ordre. D’autres perquisitions ont suivi. Elles ont visé au moins 20 domiciles en lien avec la manifestation.
Le 22 septembre 2025, Donald Trump a signé un décret intitulé « Designating Antifa as a Domestic Terrorist Organization » (« Désigner les antifas comme étant une organisation terroriste nationale »). Techniquement, une telle désignation n’existe pas dans la législation étatsunienne. À la suite de ce décret, des agents fédéraux ont frappé aux portes, perquisitionnés des domiciles et lancé des enquêtes de type « dragnet » (actions et mesures coordonnées mises en place pour récupérer des informations et appréhender des suspects à plusieurs endroits) visant des personnes dans tout le pays. Le mémorandum présidentiel national 7 (NSPM-7), publié le 25 septembre, ordonne aux forces de l’ordre de « démanteler et éradiquer les réseaux, entités et organisations encourageant la violence organisée, l’intimidation violente, les complots contre les droits et autres efforts visant à perturber le fonctionnement d’une société démocratique. »
Le gouvernement a invoqué à plusieurs reprises l’affaire de Prairieland pour justifier cette répression plus large. Les autorités ont fait valoir que les événements entourant la manifestation à Alvarado représentaient une menace existentielle pour les États-Unis. Elles entendent utiliser l’affaire de Prairieland pour criminaliser davantage les mouvements de protestation à travers le pays.
L’intérieur du centre de rétention de Prairieland.
Pour comprendre comment l’affaire de Prairieland a pu se produire, il faut se pencher sur les années qui l’ont précédée afin de voir comment la répression a évolué après le soulèvement lié à la mort de George Floyd.
Le gouvernement a tenté sans succès de réprimer la révolte de 2020 par la force pure et simple. Par la suite, il a cherché à s’attaquer un par un aux groupes démographiques qui avaient participé à la rébellion. Au cours des six années qui ont suivi ce soulèvement, les autorités fédérales, étatiques et municipales ont cherché à écraser les adolescent·e·s et les jeunes racisé·e·s, les anarchistes, les fonds collectifs pour payer des cautions, les manifestant·e·s anti-guerre, les immigrant·e·s, les « antifascistes » et les non-conformistes de genre par divers moyens. Pour comprendre le contexte de la répression au Texas, nous devons examiner cette tendance.
L’État teste ses outils sur des groupes marginalisés, puis les étend partout où il le peut.
Une sous-culture automobile chez les jeunes, axée sur les courses sauvages et les prises de contrôle des rues, s’est répandue dans tout le pays au cours des années précédant 2020. Les participant·e·s à cette sous-culture, principalement des jeunes hommes noirs et latino-américains, se sont régulièrement affronté·e·s avec la police qui interférait avec leurs événements collaboratifs et non monétisés.
Pendant les émeutes de 2020 liées à la mort de George Floyd, cette sous-culture a joué à plusieurs reprises un rôle essentiel dans l’organisation des manifestations. Les participant·e·s ont bloqué des routes, coordonné des caravanes à grande échelle et permis des déplacements rapides dans les zones métropolitaines, propageant les troubles bien au-delà des centres-villes. À mesure que les manifestations faiblissaient, des millions de personnes se sont mobilisées pour défendre les « manifestant·e·s », mais peu ont pris la défense des « drag racers » (les pilotes), même lorsque ces deux groupes se recoupaient.
Le fait de ne pas avoir défendu cette scène a eu de graves conséquences.
Au cours des cinq dernières années, les services de police à travers le pays ont mis en place des unités spécialisées dans la « course automobile illégale ». La répression de ces rassemblements de rue a entraîné l’incarcération de milliers de jeunes individus, dont beaucoup ont joué un rôle dans les manifestations de 2020, sans provoquer de réaction publique négative. Grâce à cette approche, l’État a réussi à mettre en place un modèle de surveillance et de criminalisation de masse sous le couvert de la sécurité routière et de l’ordre public. Puis en 2025, les lecteurs automatiques de plaques d’immatriculation ont permi de suivre les immigrant·e·s et les personnes souhaitant avorter. Ce qui avait commencé comme une répression des courses de rue est devenue une véritable infrastructure permettant de surveiller tout le monde.
Graffiti qui aurait été laissé lors de la manifestation au centre de Prairieland le 4 juillet 2025.
Depuis 2020, tous les grands mouvements de protestation aux États-Unis ont été confrontés à la brutalité policière et à des poursuites judiciaires politiquement motivées. De nouvelles formes de harcèlement, d’intimidation et de poursuites judiciaires suggèrent que le gouvernement à l’intention de réprimer toute forme significative de dissidence.
Entre 2021 et 2024, les autorités ont cherché à réprimer un mouvement populaire d’action directe qui s’opposait à l’implantation d’un centre de militarisation de la police à Atlanta, en Géorgie. Alors que des manifestant·e·s courageuses et courageux luttaient contre la construction de « Cop City », la police a fait des descentes dans des maisons, réprimé un référendum local, divulgué les coordonnées des signataires sur le site Internet du gouvernement, accusé des dizaines de manifestant·e·s de « terrorisme intérieur » et inculpé des organisatrices et organisateurs de collecte de fonds pour payer les cautions ainsi que 58 autres personnes arrêtées pour racket. La police d’Atlanta a également tué un manifestant, Manuel Esteban « Tortuguita » Paez Teran.
Depuis des années, les autorités fédérales cherchent à créer une base juridique pour utiliser ce type d’accusations contre les mouvements de protestation. En raison du soutien massif et des efforts de solidarité du mouvement, ainsi que de l’incompétence des autorités locales d’Atlanta, cette stratégie n’a pas porté ses fruits à l’échelle étatique. Malgré les accusations criminelles portées contre plus de 100 personnes et les accusations en lien avec les lois RICO portées contre 61 d’entre elles, le gouvernement n’a réussi à convaincre aucune personne de collaborer avec la police contre les autres accusé·e·s.
Cependant, toute cette violence et ces intimidations ont entravé la résistance au projet. C’était là l’objectif principal des autorités : utiliser la violence policière, le harcèlement judiciaire et les poursuites punitives pour réprimer un puissant mouvement social.
Au printemps 2024, des manifestations ont éclaté à travers les États-Unis contre l’invasion de Gaza soutenue par le gouvernement étatsunien, au cours de laquelle l’armée israélienne a systématiquement procédé au génocide des Palestiniens. Des étudiant·e·s et des membres de la communauté ont établi un campement de protestation à l’université Columbia. Des foules de personnes se sont rassemblées et ont tenté d’établir des campements de protestation similaires sur les campus à travers le pays. En réponse, la police a attaqué à plusieurs reprises les étudiant·e·s impliqué·e·s dans les campements de solidarité avec Gaza, utilisant des gaz lacrymogènes, des balles de poivre, des grenades assourdissantes, des tasers et d’autres formes de violence.
Plus tard cet automne-là, les gouvernements étatsunien et canadien ont désigné le Réseau de solidarité avec les prisonniers palestiniens Samidoun comme une « organisation terroriste » en raison de ses liens présumés avec le Front populaire de libération de la Palestine. Le gouvernement étatsunien a accusé le sponsor financier de Samidoun, l’Alliance for Global Justice, de diriger une « organisation caritative fictive ». Cela faisait écho à certains des termes utilisés pour décrire le Network for Stronger Communities, le sponsor à but non lucratif de l’Atlanta Solidarity Fund, la cible des lois RICO dans l’affaire Cop City.
Lorsque leur objectif principal est de terroriser la population, les autorités testent les limites de leur pouvoir en s’attaquant aux cibles les plus visibles.
Au cours de l’été 2025, une révolte contre les violences perpétrées par les agents de la police des frontières et des services de l’immigration et des douanes (ICE) a éclaté dans la ville de Los Angeles. Pendant les mois qui ont précédé cet événement, des groupes communautaires mexicains, salvadoriens et d’autres origines avaient développé leurs capacités à coordonner et à mobiliser les gens par le biais de débrayages, de marches, de séances d’information et de grèves limitées, comme la « Journée sans immigrant·e·s » de février. Les travailleuses et travailleurs agricoles d’Amérique latine se sont engagé·e·s dans une sorte de grève tournante, laissant l’agriculture industrielle avec des équipes de travail réduites au strict minimum, car beaucoup d’entre elleux étaient resté·e·s chez elleux ou avaient limité leur temps de présence dans les champs par peur d’être détenu·e·s ou arrêté·e·s. Cela a fait grimper le coût des produits alimentaires, sapant la côte de popularité de Trump.
Le 13 juin, alors que les émeutes et les affrontements se propageaient à travers le pays, les autorités fédérales ont arrêté Alejandro Theodoro Orellana pour avoir prétendument distribué des masques de protection aux manifestant·e·s. Les procureurs l’ont accusé de « complot en vue de commettre des troubles à l’ordre public », mais un tribunal a par la suite abandonné les poursuites.
Alors que les manifestations nationales s’essoufflaient, le gouvernement fédéral a déployé la Garde nationale, la Sécurité intérieure et les Marines américains à Los Angeles, Chicago, Washington, Memphis et à La Nouvelle-Orléans. En juillet 2025, ces expériences de répression avaient préparé le terrain pour l’affaire de Prairieland.
Le centre de rétention de Prairieland.
L’affaire de Prairieland est la dernière tentative en date visant à stabiliser un système ébranlé par de puissants mouvements populaires. Il s’agit d’une tentative visant à normaliser le traitement des infrastructures de protestation comme du terrorisme afin de reprendre le contrôle en terrorisant les accusé·e·s au moyen de poursuites punitives et en les isolant au moyen de détentions préventives et de campagnes médiatiques alarmistes, dans l’espoir d’établir de nouveaux précédents juridiques en matière de répression.
Les autorités tentent toujours de repousser les limites de ce qu’elles sont en capacité de faire. Lorsqu’elles ne parviennent pas à criminaliser un mouvement social, elles essaient à nouveau ailleurs. Même lorsqu’elles ne parviennent pas à établir les précédents juridiques qu’elles souhaitent, elles tirent profit de la manière dont leurs efforts perturbent les mouvements sociaux et effraient les manifestant·e·s potentiel·le·s.
Depuis des années, les efforts déployés par le gouvernement étatsunien pour réprimer les troubles ont régulièrement pris pour cible les anarchistes. Les tactiques et stratégies employées par ces dernières et derniers sont généralement efficaces, contagieuses et faciles à reproduire. Elles constituent donc un sérieux défi pour ceux qui cherchent à consolider leur pouvoir sur notre société.
Au cours de leurs opérations répressives, les autorités fédérales ont piégé des militant·e·s, perquisitionné des domiciles et propagé des théories du complot. Elles ont menti aux juges, aux médias et au grand public. Elles ont exercé une violence aveugle contre les manifestant·e·s et les défenseuses et défenseurs de diverses causes sociales. Chaque fois que cela était possible, elles ont cherché à établir des précédents juridiques qui leur donneraient davantage de poids à l’avenir. En 2017, par exemple, les procureurs de Washington, DC ont engagé une action en justice visant à faire considérer le simple fait de porter du noir lors d’une manifestation comme un acte de conspiration. Cette action a échoué. Lors des manifestations de 2020, les procureurs ont fait valoir que le simple fait d’être dans la rue était en soi une indication d’intention criminelle. Dans l’ensemble, cela a également échoué. Les procureurs de Géorgie ont tenté de faire valoir que le fait de participer à des manifestations contre Cop City, de faire des dons pour payer des cautions et de collecter des fonds en général constituait un acte de racket. Cette affaire a peu de chance d’aboutir, mais elle marque une intensification considérable de la répression.
Mais le gouvernement ne perd pas toujours.
Le 25 janvier, Brian DiPippa a commencé à purger une peine de 60 mois de prison pour avoir prétendument lancé un fumigène lors d’une manifestation contre des orateurs transphobes sur un campus universitaire de Pittsburgh. Casey Goonan, un anarchiste de la région de la baie de San Francisco, vient de commencer à purger une peine de 20 ans pour avoir incendié une voiture de police à l’université de Berkeley en représailles aux attaques policières contre les campements de solidarité avec Gaza.
Si tous ces cas font partie d’une seule et même tendance, s’ils peuvent être considérés dans un cadre général unique, alors seule une réponse ambitieuse et collective peut apporter une solution efficace.
Images de feux d’artifice qui auraient été tirés au centre de rétention de Prairieland pendant la manifestation du 4 juillet 2025.
« Partout dans le monde, les États et leurs forces de police choisissent parmi le même éventail de tactiques pour atteindre les mêmes objectifs. Les choix spécifiques qu’ils font varient en fonction de leur contexte, mais les outils à leur disposition et les objectifs fondamentaux sont les mêmes. »
Le maintien des hiérarchies et des inégalités a toujours nécessité la répression. Dans les sociétés capitalistes, où les inégalités sont criantes, la « criminalité » et les moyens de survie criminalisés sont devenus une partie importante de la vie quotidienne. Ces formes criminalisées de subsistance sont à leur tour utilisées par le gouvernement pour justifier des attaques généralisées contre les communautés en difficulté. Les mouvements sociaux qui s’opposent à ce type d’injustice sont particulièrement visés par la répression.
Si l’on examine la répression dans d’autres régions du monde au cours des années qui ont précédé l’affaire de Prairieland, on constate que des tendances similaires se sont développées à l’échelle mondiale.
En Russie, dans l’affaire Network de 2017, la police secrète russe a kidnappé des militant·e·s, placé des armes dans leurs voitures et les a torturé·e·s à l’électricité afin de les forcer à signer de faux aveux reconnaissant leur participation à un réseau terroriste fictif. Ces tactiques policières sont depuis devenues la procédure standard en Russie. En France, la répression du mouvement des Soulèvements de la Terre en 2023 montre comment les États en viennent à qualifier des mouvements entiers de « terroristes » lorsque la répression violente ne parvient pas à les dissoudre. De même, le gouvernement britannique a arrêté près de 2 700 personnes pour avoir brandi des pancartes déclarant leur soutien à Palestine Action, un réseau d’action directe qui s’oppose au soutien britannique aux forces de défense israéliennes. Le fait qu’un·e juge ait par la suite jugé cette interdiction d’illégale ne fait que souligner à quel point les formes contemporaines de répression repoussent les limites du système juridique existant.
Les tactiques déployées contre les accusée·e·s de Prairieland reflètent donc une tendance mondiale à la répression étatique visant les mouvements sociaux, souvent par des moyens qui étendent ou violent les lois déjà existantes. L’exemple russe montre les horreurs qui nous attendent si nous continuons dans cette voie.
Tou·te·s celles et ceux qui s’intéressent au changement social devraient suivre de près l’affaire de Prairieland. Les procureurs ont l’intention d’utiliser cette affaire pour criminaliser les manifestations devant les prisons, le fait de porter des vêtements noirs et d’utiliser des feux d’artifice lors de manifestations, le fait de retirer des personnes arrété·e·s des fils de discussion, le transport de tracts et de brochures anarchistes et le refus de dénoncer des coaccusé·e·s. S’ils parviennent à leurs fins, cette affaire pourrait créer des précédents qui auront un impact sur les manifestant·e·s pendant de nombreuses années.
À ce jour, sept accusé·e·s de Prairieland ont été contraint·e·s, sous la menace, de signer des accords de plaidoyer avec les procureurs. À des degrés divers, ces plaidoyers impliquent d’autres personnes dans des crimes. Les accusé·e·s ont été soumis·es à des mois d’isolement, à des transferts soudains, à des cautions punitives élevées fixées à 5 millions de dollars en moyenne, à des refus de pouvoir obtenir des médicaments, à un accès restreint à leurs avocats et à des intimidations. Plusieurs accusé·e·s ont déclaré avoir été soumis·es quotidiennement à des fouilles à nu répétées. Comme dans les affaires de torture en Russie, la pratique consistant à contraindre les accusé·e·s à signer des accords de coopération vise à saper les mouvements sociaux et la possibilité même de solidarité.
Une banderole lors d’un événement de soutien.
Partout dans le pays, les autorités fédérales et les autorités étatiques fidèles à Donald Trump testent des stratégies visant à réprimer la dissidence, tandis que les autorités étatiques démocrates cherchent des moyens de collaborer au maintien de cet « ordre » sans provoquer leurs électrices et électeurs. Au Texas, la police, les agents fédéraux et les juges expérimentent des méthodes qu’ils espèrent utiliser pour écraser tou·te·s celles et ceux qui aspirent à un changement social. Tout comme des dizaines de personnes ont été inculpées sur la base d’accusations sans fondement dans le cadre de la répression du mouvement Stop Cop City, les accusé·e·s dans l’affaire de Prairieland font l’objet de poursuites punitives, sont détenu·e·s sans caution, isolé·e·s de leurs avocats et du public, et terrorisé·e·s pour qu’iels signent des aveux de culpabilité.
Les meurtres de Renee Good et d’Alex Pretti nous montre ce qui nous attend au bout de cette route. Dans ces exécutions publiques extrajudiciaires, les pouvoirs législatif et judiciaire n’ont aucun rôle à jouer : le pouvoir exécutif choisit la cible, appuie sur la gâchette, puis déclare que les victimes étaient coupables de terrorisme. L’urgence et la détermination avec lesquelles les manifestant·e·s à travers les États-Unis ont réagi à ces meurtres devraient également servir d’exemple pour notre réaction à l’affaire de Prairieland.
À l’approche du procès, nous devons placer cette affaire au centre de l’attention publique en tant que préoccupation fondamentale de la résistance actuelle contre l’ICE. Pour inverser la tendance répressive, nous devrons soutenir tou·te·s les accusé·e·s qui refusent de coopérer.
Trump a l’intention d’utiliser toutes les forces à sa disposition pour conserver le pouvoir à tout prix : police, juges, tribunaux, agences fédérales et médias. Si son contrôle est menacé, il accusera tout le monde de terrorisme, car c’est un moyen de donner à son gouvernement un pourvoir illimité. En battant l’ICE dans les rues et en ralliant tou·te·s celles et ceux qui agissent pour résister à la montée de l’autoritarisme, nous pouvons rediriger l’indignation contre ceux qui terrorisent réellement les communautés à travers le pays et dans le monde entier : les politiciens, les riches et les mercenaires armés dont ils dépendent.
Le 4 juillet : Neuf personnes sont arrêtées, dont Nathan Baumann, Megan Morris, Joy Gibson, Zachary Evetts, Seth Sikes, Ines Soto, Elizabeth Soto, Savanna Batten et Maricela Rueda.
Le 5 juillet : Perquisition au domicile de Megan Morris ; Autumn Hill est arrêtée.
Tout au long du mois de juillet : Le FBI mène des perquisitions au domicile d’activistes, de leurs familles, de leurs ami·e·s et chez d’autres personnes.
Le 6 juillet : Des (Daniel Estrada Sanchez) est arrêté alors qu’il transportait des zines de son domicile à Garland vers Denton, au Texas. Les agents ont perquisitionné la maison de Des et l’appartement à Denton, au Texas. Aucune arrestation n’a été effectuée à Denton.
Le 8 juillet : Perquisition au domicile de Thomas. Les autorités interrogent Thomas, qui coopère. Selon la plainte pénale datée du 14 juillet : « Thomas a déclaré que le 5 juillet, le lendemain de la fusillade, il n’avait pas quitté la résidence de Churchill Way avant 20h, heure à laquelle il était parti rejoindre trois personnes à l’hôtel Days Inn de Cleburne, au Texas. Thomas a admis par la suite qu’iels s’étaient rencontrées pour discuter de la fusillade et faire sortir Song de la zone du centre de rétention de Prairieland, ce que Thomas a fait en allant chercher Song et en le ramenant à la résidence de Churchill Way. »
Zines saisis lors de la répression des accusé·e·s de Prairieland.
Le 10 juillet : John Phillip Thomas a été arrêté et détenu pour trafic d’êtres humains avec une caution d’un montant de 5 millions de dollars. Il a immédiatement fourni de nombreuses informations aux forces de l’ordre, ce qui a conduit à plusieurs autres arrestations.
Le 13 juillet : Lynette Sharp a été arrêtée et placée en détention provisoire avec une caution de 2,5 millions de dollars. Elle est accusée d’entrave à la justice dans une affaire de terrorisme.
Le 15 juillet : Dario Sanchez est arrêté. Benjamin Song est arrêté.
Le 16 juillet : Les ami·e·s et les familles des accusé·e·s rapportent que des agents ont fait irruption chez elleux, ont lancé des grenades assourdissantes, causé d’importants dégâts et arrêté sans motif leurs conjoint·e·s, les membres de leur famille et leurs colocataires. Dans un cas, des agents fédéraux ont plaqué au sol l’enfant d’un·e accusé·e et lui ont mis un sac sur la tête avant de l’arrêter et de l’emmener en prison. « J’étais terrifié·e, je ne comprenais pas ce qui se passait », a déclaré plus tard la personne arrêtée. Au cours de cet interrogatoire, les agents ont proposé à cette personne des pots-de-vin en échange d’informations, ce qu’elle a bien sûr refusé. La police a également tenté de la faire chanter en lui proposant de « faire disparaître le mandat d’arrêt » si elle coopérait avec l’enquête des forces de l’ordre.
Le 18 juillet : À ce jour, 15 personnes ont été arrêtées en lien avec la manifestation bruyante du 4 juillet, chacune faisant l’objet d’accusations combinées au niveau fédéral et au niveau étatique.
Le 7 août : Susan Kent est arrêtée et accusée « d’avoir participé à une activité criminelle organisée » et « d’avoir entravé la justice dans une affaire de terrorisme ».
Le 20 août : Dario est libéré sous caution, conformément à l’accord conclu avec le procureur général.
Le 28 août : Dario est à nouveau arrêté. Le procureur général a décidé d’ajouter d’autres chefs d’accusation et d’augmenter le montant de la caution afin de le contraindre à se rendre et à comparaître à une nouvelle audience. Dario est inculpé pour entrave à la justice dans une affaire de terrorisme et falsification de preuves matérielles.
Le 2 septembre : Dario est libéré.
Le 22 septembre : Dario a été arrêté une nouvelle fois pour « violation de sa liberté conditionnelle ». Les autorités ont affirmé que Dario avait effectué des recherches sur Google concernant des engins explosifs. Plus tard, les avocats ont révélé que c’était l’agent de probation de Dario qui avait effectué ces recherches.
Le 23 septembre : Rebecca Morgan et Lynette Sharp figurent parmi la liste des personnes détenues par les autorités fédérales.
Le 24 septembre : Dario est de nouveau libéré.
Courant septembre : Les autorités perquisitionnent le domicile d’Inès et Liz, confisquant des imprimantes et du matériel servant à la fabrication de livres.
Les 22 et 23 septembre : Comparution fédérale de 14 accusé·e·s.
Le 1er octobre : L’État du Texas inculpe 14 prévenu·e·s pour des chefs d’accusation relevant de la juridiction de l’État, ajoutant un chef d’accusation supplémentaire pour « participation à une activité criminelle organisée » pour les 14 prévenu·e·s. Deux prévenu·e·s ne font l’objet d’aucune inculpation au niveau étatique à la date du 11 octobre. Au total, 15 prévenu·e·s ont été inculpé·e·s pour des chefs d’accusation relevant de la juridiction de l’État ; au moins 13 personnes devront faire face à des poursuites simultanées au niveau fédéral et au niveau étatique et auront donc besoin d’une représentation juridique sur les deux fronts.
Le 15 octobre : Premières inculpations fédérales. Autumn Hill et Zachary Evetts sont inculpés par un grand jury fédéral pour trois chefs d’accusation de tentative de meurtre sur des agents et des employés des États-Unis, trois chefs d’accusation pour avoir tiré avec une arme à feu lors d’un crime violent et un chef d’accusation pour avoir fourni un soutien matériel à des terroristes.
Le 21 octobre : Jannette Goering est arrêtée.
Le 28 octobre : Seth Sikes, 22 ans, originaire de Kennedale, est inculpé pour avoir fourni un soutien matériel à des terroristes.
Le 6 novembre : Joy Gibson, Lynette Sharp, Nathan Baumann, Seth Sikes et John Thomas signent des accords de plaidoyer fédéraux pour un chef d’accusation de « soutien matériel à des terroristes » avant leur mise en accusation.
Le 13 novembre : Autumn Hill, Zachary Evetts, Meagan Morris, Ines Soto, Liz Soto, Savanna Batten, Maricela Rueda et Daniel Sanchez Estrada sont toutes et tous poursuivi·e·s au niveau fédéral dans le cadre de la même affaire. Tou·te·s les accusé·e·s, à l’exception de Sanchez Estrada, sont poursuivi·e·s pour émeute, soutien matériel au terrorisme, utilisation d’explosifs, tentative de meurtre et utilisation d’une arme mortelle. Sanchez Estrada est poursuivi pour « dissimulation frauduleuse d’un document » et « complot en vue de dissimuler un document ».
Le 24 novembre : Susan Kent est placée en détention fédérale. Rebecca Morgan et Susan Kent ont plaidé coupable devant la cour fédérale de Fort Worth pour un chef d’accusation de « soutien matériel à des terroristes », un crime grave. Elles encourent jusqu’à 15 ans de prison et seront condamnées en mars. Kent a plaidé non coupable des accusations portées par l’État pour « participation à une activité criminelle organisée » et « entrave à la justice dans une affaire de terrorisme », deux crimes graves de premier degré. Son procès est prévu pour mars.
Le 25 novembre : Des est libéré du centre de détention de l’ICE.
Le 4 décembre : Des se rend aux autorités fédérales.
Le 5 janvier : Lucy Fowlkes est arrêtée lors d’une opération conjointe du FBI et de la police de Weatherford. Elle est accusée de deux chefs d’accusation pour « entrave à une enquête antiterroriste » pour avoir refusé de faire une déposition aux shérifs du comté de Johnson.
Le 9 février : Tou·te·s les accusé·e·s sont transféré·e·s à la prison du comté de Tarrant, où iels sont placé·e·s à l’isolement. Les autorités confisquent tous leurs effets personnels avant le procès, y compris leurs notes préparatoires pour le procès.
La véritable « prairieland ».